Denis Pellerin, émotif, a affirmé qu’il ne se pliera pas aux exigences de la mise en demeure acheminée par trois candidates du Renouveau sherbrookois.

Denis Pellerin juge qu'on veut l'intimider

Le candidat à la mairie Denis Pellerin ne s’excusera pas davantage pour les propos qu’il a tenus sur Facebook concernant trois candidates du Renouveau sherbrookois. Il n’a pas, non plus, l’intention de verser les 30 000 $ en dommages qui lui sont réclamés dans une mise en demeure datée du 30 octobre.

Rappelons que les candidates Danielle Berthold, Mariette Fugère et Geneviève Hébert réclament des excuses à Denis Pellerin, en plus de 10 000 $ en dommages chacune pour une déclaration faite sur la page Facebook d’Entrée Libre en lien avec le débat organisé par ODACE.

« Salutations aux trois (seules) candidates soumises au parti du maire qui ont reconnu l’importance d’ODACE dans la vie démocratique sherbrookoise », avait écrit M. Pellerin.

« C’était un simple commentaire qui a été mal perçu. On m’a fait part que c’était un commentaire déplacé, alors dès que je suis retourné chez moi, j’ai présenté mes excuses sur la même plateforme en m’expliquant auprès des trois personnes impliquées et de toutes les femmes », se défend Denis Pellerin.

C’est le qualificatif « soumises », utilisé pour décrire les trois femmes, qui se trouve au cœur de la mise en demeure, un qualificatif décrit comme sexiste, misogyne et inapproprié. « Je voulais dire qu’il y a une ligne de parti, qu’elles suivent les indications du maire. Il n’y a pas que des femmes dans cette situation, mais à la présentation d’ODACE, il n’y avait que des femmes qui étaient présentes. On a dénaturé mes propos. »

Denis Pellerin estime que Bernard Sévigny, le chef du Renouveau sherbrookois, ne mène pas une bonne campagne. « Alors on a pris trois mots dans une déclaration pour essayer de faire lever le débat. Pour moi, c’est une poursuite bâillon dans le but de m’envoyer jouer ailleurs. »

M. Pellerin a répondu à la mise en demeure, mercredi, en disant qu’il faut dénoncer l’intimidation et le harcèlement. Il affirme que la mise en demeure en question constitue, pour lui, de l’intimidation et que les candidates « semblent avoir caché que j’ai déjà présenté mes excuses publiquement dès que j’ai été mis au courant. Je ne sais pas quels dommages elles ont pu avoir en trois ou quatre heures, mais ce n’est certainement pas 30 000 $.

« Si le maire Sévigny se sent à l’aise d’attaquer le quatrième candidat dans les sondages pour se donner de la popularité, il peut le faire. Moi je vous dis que dans deux semaines, on n’en parlera plus. Et si ça va devant les tribunaux, ça me fera une expérience de plus. Je n’ai jamais fait ça, moi, aller devant un tribunal. »

Selon le sondage de Segma Recherche mené pour La Tribune et Cogeco 107,7 FM, Denis Pellerin récoltait 2,8 % des intentions de vote des Sherbrookois la semaine dernière.

Les candidats Pascal Cyr, Maxim Beauregard-Dionne et Roy Patterson, de même qu’une représentante de Sherbrooke Citoyen, étaient présents au point de presse de M. Pellerin mercredi.

« Franchement, je trouve que c’est gênant autant pour les trois dames que pour l’avocat qui a rédigé la mise en demeure. Je connais suffisamment M. Pellerin pour dire qu’il n’a jamais voulu discriminer les trois candidates en question. Ce n’est pas quelqu’un de misogyne. Le mot soumis dans le dictionnaire peut vouloir dire obéissance. Ça n’a rien de sexuel dans le contexte. Je trouve la demande exagérée et ça sombre dans l’insignifiance », a réagi Pascal Cyr.

Maxim Beauregard-Dionne abondait dans le même sens. « Il y a un enjeu qui touche la démocratie, nonobstant la partisanerie. On essaie de bâillonner quelqu’un avec une poursuite que je juge abusive parce qu’il s’est déjà excusé. D’ajouter une connotation sexuelle à quelque chose qui n’en a clairement pas une, j’ai un profond malaise avec ça. On voit que c’est plus par vengeance politique que réel malaise moral. »

«Ça m'a choquée au plus haut point», dit Berthold

« En 2017, des propos de cette forme sont inacceptables au Québec », rapporte la conseillère Danielle Berthold au sujet de la publication Facebook de Denis Pellerin. « Qu’on dise que trois candidates sont soumises ou soumises au parti du maire, c’est la même connotation et je trouve ça épouvantable. »

Mme Berthold ne décolère pas deux jours après qu’une mise en demeure eut été acheminée à M. Pellerin, en son nom et en celui de ses collègues Mariette Fugère et Geneviève Hébert. « Quand j’ai vu la publication, j’ai commenté : Attention, M. Pellerin. Il a eu le culot de venir me voir au débat de la Chambre de commerce pour me dire un beau bonjour. Il m’a chuchoté à l’oreille, après que je lui ai dit que ça n’avait aucun sens ce qu’il avait écrit : Ah ben, j’ai atteint mon objectif. Si ce n’était pas prémédité son geste, c’est assez spécial. C’est à ce moment-là que l’avocat du parti a décidé qu’il fallait que ça s’arrête. »

Danielle Berthold rapporte avoir entendu parler de cette controverse dans son porte-à-porte. « Nous ne sommes plus dans les années où il fallait se battre pour le droit de vote des femmes. J’espérais qu’on ne soit pas là en 2017. C’est un manque de respect total envers la femme. Ça n’incite pas beaucoup les femmes à se présenter en politique. [...] Ce sont des mots qui ne se mettent pas dans la bouche d’un homme aujourd’hui. Ça m’a choquée au plus haut point. »

« Ce n’est pas parce qu’on adhère à un parti qu’on est soumises! » ajoute-t-elle.

Bernard Sévigny, chef du Renouveau sherbrookois, se range derrière ses candidates pour dénoncer la situation et estime qu’il fallait envoyer un signal fort.

« Ce n’est pas moi qui ai mis M. Pellerin en demeure. Et manifestement, ça mérite des excuses publiques et il y a un montant d’argent demandé par les candidates. À un certain moment, il faut envoyer un signal fort. Quand les candidates nous en ont parlé, elles étaient déterminées à envoyer un signal fort. »

M. Sévigny salue d’ailleurs la démarche de ses candidates. « En 2017, en politique, on fait tous les efforts pour attirer des femmes. Le Renouveau sherbrookois réussit bien. C’est un parti de femmes avec une majorité de candidates. Quand quelqu’un tient des propos à l’égard de ces femmes-là en disant qu’elles sont soumises au parti du maire, il y a une terminologie, des expressions qui sont allées trop loin. Ce n’est pas vrai qu’on va tolérer un langage ordurier à l’égard des femmes. [...] Quand on va aussi bas que de dire que des candidates se sont soumises au parti du maire, il y a une ligne en deçà de laquelle il ne faut pas aller. C’est tolérance zéro. »

La chef de Sherbrooke Citoyen, Hélène Pigot, a réagi dans un communiqué. « Même si le commentaire de M. Pellerin était très maladroit — l’expression “ femmes soumises ” est plutôt péjorative — M. Pellerin a tout de suite reconnu son erreur et fait amende honorable. Je suis une femme, et j’ai tout de suite compris que M. Pellerin les qualifiait de “ soumises au parti ”. C’est un commentaire politique avant tout. Ce qui m’inquiète cependant, c’est l’agressivité de cette mise en demeure et son côté profondément intimidateur. La démocratie n’est pas servie par des plaintes et des mises en demeure en pleine campagne. Cela risque d’alimenter le cynisme de la population », écrit-elle.