Jessy Cazzaro, agent de développement d’entrepreneuriat collectif et analyste financier pour la CDEC; Maude M. Sévigny, chargée de projet en communications et pour le projet SISMIC pour le pôle entrepreneurial de l’Estrie; et Clément Molinère-Roy, conseiller aux initiatives à impact pour l’accélérateur entrepreneurial Desjardins de l’UdeS, veulent profiter de la rentrée collégiale et universitaire pour démystifier les entreprises d’économie sociale.

Démystifier un modèle économique méconnu avec l'incubateur d’entrepreneuriat collectif jeunesse SISMIC

Non, les entreprises d’économie sociale n’œuvrent pas nécessairement dans le communautaire, et oui, elles peuvent générer du profit, avance Maude M. Sévigny, chargée de projet pour l’incubateur estrien d’entrepreneuriat collectif jeunesse Sismic. C’est exactement pour démystifier cette avenue entrepreneuriale que l’incubateur est né en mai dernier, et qu’il invite officiellement les curieux à rencontrer ses experts en cette rentrée collégiale et universitaire.

« Il y a trois piliers qui soutiennent l’économie : le gouvernemental, le privé et l’économie sociale », insiste Maude M. Sévigny. 

Si un sondage de la firme Léger a révélé que 82 % des Québécois entre 18 et 34 ans jugent important d’évoluer dans une organisation qui vise d’abord et avant tout à répondre aux besoins de ses membres et de la communauté, il démontre également que seulement 15 % de ses répondants ont une bonne connaissance de l’entrepreneuriat collectif. 

On croit à tort que les entreprises d’économie sociale se spécialisent en environnement ou en lutte contre la pauvreté, par exemple, tout comme on les imagine toutes petites et formées de moins de 10 employés.

« On pense aussi que les employés y sont moins bien payés, ce qui n’est pas nécessairement le cas. Il y a aussi la fausse perception de la notion de profit en économie sociale. Ce n’est pas vrai que les entreprises ne font pas de profit. Elles en font, mais il y a redistribution des surplus », indique Mme Sévigny. 

Déjà, le Pôle d’entrepreneuriat collectif de l’Estrie, qui porte Sismic dans la région, a amorcé l’accompagnement de deux groupes de jeunes entrepreneurs, et il se montre prêt à en recevoir davantage. « Il y en a d’autres qui se joindront notamment dans le prochaines semaines. On s’est mis à recevoir plein d’appels cet été. Soit de partenaires qui veulent travailler avec nous, soit de jeunes qui veulent savoir comment on ils peuvent embarquer dans le projet et participer au parcours d’incubation. Il y a aussi des gens qui sont seuls qui nous ont approché. » 

Jessy Cazzaro, agent de développement de l’économie sociale et analyste financier à la CDEC de Sherbrooke, a d’ailleurs apporté son expertise aux ateliers. 

« La structure de la gouvernance semble peu apprivoisée, constate M. Cazzaro. Savoir comment ça se déroule de partir une entreprise sous ce modèle. Il y a aussi d’être capable de comprendre ce qui relève du rôle du C.A. et ce qui relève de l’administration. » 

Pour définir l’économie sociale, il désigne surtout la gestion démocratique et indique que les entreprises « répondent à un besoin du milieu par des individus du milieu pour des individus du milieu. » 

Sur les bancs d’école

Premier collaborateur s’étant manifesté au départ, l’Accélérateur entrepreneurial Desjardins (AED) de l’Université de Sherbrooke a décidé d’intégrer les coachs de Sismic aux cours d’entrepreneuriat qu’il chapeaute. 

« La directrice générale du Chantier de l’économie sociale, Béatrice Alain, a souligné que c’est un modèle qui n’est pratiquement jamais abordé dans les cursus scolaires », note Mme Sévigny.  

Alors que plus du tiers des jeunes sondés par la firme Léger envisagent très ou assez probablement devenir entrepreneurs et démarrer leur propre entreprise, il allait de soi pour les collaborateurs de faire découvrir aux étudiants cette structure — dont les valeurs pourraient, selon eux, aider à attirer la main-d’œuvre qui semble se faire si rare ces derniers temps. 

Les cours en question sont ouverts à toutes les facultés et l’un d’entre eux dérive même en formule extra-curriculaire, via le groupe Enactus. « Il faut amener les disciplines ensemble si on veut apporter des solutions concrètes à des problèmes complexes », indique Clément Moliner-Roy conseiller aux initiatives entrepreneuriales à impact pour l’AED. 

« Les étudiants ont cette quête de sens là, poursuit-il. On le voit dans presque tous les projets qui ont émergé dans les trois dernières années. Ce sont des projets qui, d’une façon ou d’une autre, avaient le potentiel de devenir des entreprises d’économie sociale. » 

Une plateforme sera d’ailleurs bientôt lancée à l’UdeS afin de jumeler les étudiants désireux de participer à de tels projets avec les porteurs d’idées. 

Une séance d’information organisée par la CDEC en collaboration avec le Pôle d’entrepreneuriat collectif de l’Estrie se tiendra le 18 septembre prochain à midi, au Carrefour de l’information de l’Université de Sherbrooke.