Les regroupements de propriétaires et de locataires appréhendent la période des déménagements, pour laquelle le contexte demeure incertain. Déjà, des locataires qui devaient changer de logement le 1er avril refuseraient de le faire, selon le Regroupement des propriétaires d’habitations locatives.
Les regroupements de propriétaires et de locataires appréhendent la période des déménagements, pour laquelle le contexte demeure incertain. Déjà, des locataires qui devaient changer de logement le 1er avril refuseraient de le faire, selon le Regroupement des propriétaires d’habitations locatives.

Déménagements et COVID-19: la «chaise musicale» se complique

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
La Tribune
L’incertitude plane sur les propriétaires et locataires, alors que l’arrivée du printemps est habituellement synonyme de signature de baux et de préparation aux déménagements. Déjà, des propriétaires font face à des locataires qui refusent de bouger comme prévu le 1er avril, confirme le président et directeur général du Regroupement des propriétaires d’habitations locatives, Martin A. Messier.

« Comme il y a un effet domino incroyable dans tout ça, il va falloir trouver une solution, soutient Me Messier. On a un peu de cas maintenant, mais il y en aura plusieurs au premier juillet. C’est le jeu de la chaise musicale et il y a une paralysie qui risque de s’entraîner. » 

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De son côté, Normand Couture, le coordonnateur de l’Association des locataires de Sherbrooke (ALS), formule également plusieurs craintes. « Premièrement, les compagnies de déménagement doivent réduire leur personnel. Beaucoup déménageront le premier juillet, mais on ignore comment sera la situation à ce moment-là, et les déménagements en soi créent beaucoup de risques de propagation. Puis, on se demande comment on va travailler avec les personnes qui vont se retrouver sans logement. Par les années passées, la Ville s’occupait de les héberger, et nous on les accompagnait dans leur recherche de logement. On ne pourra pas fonctionner comme ça dans ce contexte. »

Pour la recherche de logements, le RPHL recommande d’ailleurs de privilégier les visites virtuelles. « Sinon, on dit “ gardez vos mains dans vos poches ” et conservez une distance », souligne Me Messier. 

Taux d’inoccupation 

Les nombreux citoyens qui ressortiront de cette crise fragilisés financièrement ne feront pas bon ménage avec le taux d’inoccupation actuel à Sherbrooke (2,3 %), qui est sous l’équilibre, fait remarquer Normand Couture. « Les propriétaires vont se montrer plus sélectifs en sachant qu’ils vont louer facilement. Même s’ils n’ont pas le droit légalement, c’est facile de dire qu’ils attendent la réponse de quelqu’un d’autre. »

Il estime cependant que le taux d’inoccupation ne poursuivra pas la courbe descendante qu’on prévoyait cette année. 

« L’an dernier, nous nous sommes retrouvés avec 14 ménages à la rue le 1er juillet. On pense que cette année ce sera la même chose, mais sans la crise, nous sommes bien au-delà de ce nombre. L’an dernier, beaucoup de personnes âgées déménageaient de leurs maisons vers un logement en ville. Avec ce qui se passe, nous pensons qu’ils ne bougeront pas. Mais nous ne pouvons pas être certains, tout change rapidement. » 

Après la santé des résidants, le nerf de la guerre du RPHL se trouve en ce moment dans le paiement du prochain loyer, dit Me Messier.  

« Les propriétaires sont inquiets pour les hypothèques. À Sherbrooke, nous avons beaucoup de petits propriétaires qui ont eux-mêmes perdu leur emploi. Il faut s’entraider. Il faut déjà commencer à parler avec nos locataires. Le mot d’ordre, c’est : communication, patience et empathie », note-t-il.

Jeudi, le RPHL a d’ailleurs formulé certaines demandes au cabinet de la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, tel qu’une aide financière accordée aux propriétaires. « Il faudrait aussi s’assurer que s’il y a une aide versée aux locataires pour leur logement, que ce montant soit bel et bien dirigé vers le paiement du loyer », plaide Me Messier.

Casse-tête et déménagement

Marise Nault a vu plus d’un de ses plans récemment bouleversé par la crise sanitaire, mais elle est loin de céder à la panique. 

Elle a récemment vendu sa propriété de Montréal, qu’elle doit libérer le 14 avril. Avant de prendre possession de sa nouvelle demeure à Sherbrooke en septembre, elle devait s’envoler pour des vacances à l’étranger pour cinq semaines, et ensuite aller travailler trois mois à Vancouver, où elle a eu une offre d’emploi pour l’été. 

« Tout se défait au fur et à mesure et je dois m’adapter. Je ne pars pas en vacances, et je ne sais pas ce qu’il en est pour la Colombie-Britannique. Je me retrouve sans domicile fixe pour le moment, mais ce n’est pas grave. Je vais me louer des Airbnb, il y a moyen de s’arranger. » 

Mme Nault tente actuellement de dénicher une compagnie de déménagement, sans succès pour le moment. « Je pensais que je pourrais me faire aider par de la famille et des amis, mais il y en a plein en quarantaine. J’ai commencé les démarches cette semaine. Je n’ai eu la réponse que d’une compagnie, qui n’était pas disponible pour mes dates », témoigne-t-elle sans perdre espoir.