L’enseignant du Cégep de Sherbrooke Patrick Lafortune a lancé le projet Cancel ton cell, qui invite les étudiants à ranger leur appareil pendant leurs cours.

Délaisser son cellulaire le temps d’un cours

Placoter pendant la pause d’un cours, échanger, rire : la scène semble banale, mais elle est tend à disparaître, a constaté l’enseignant en éducation spécialisée Patrick Lafortune. Le professeur au Cégep de Sherbrooke a donc lancé le projet « Cancel ton cell », où il invite les étudiants à ranger leur cellulaire sur une base volontaire pour toute la durée du cours.

Lundi après-midi, dans une classe du Cégep de Sherbrooke : près d’une trentaine de cellulaires sont parfaitement alignés sur un bureau en avant de la classe. L’ensemble des étudiants ont accepté de se défaire de leur cellulaire pendant la durée du cours. 

Il y a trois ans, Patrick Lafortune a lancé comme défi à ses étudiants de laisser leur appareil dans leur sac ou encore de le ranger sur un bureau à l’avant. L’enseignant a été frappé par le phénomène social qui s’est installé depuis une dizaine d’années : même en présence l’un de l’autre, les étudiants ne se parlaient plus, trop occupés qu’ils étaient à regarder leur téléphone, qui est littéralement devenu « une extension physiologique » des jeunes. « Je trouvais ça trop important pour laisser ça aller. »

« Au début, il y a eu des grosses réactions : pas de cellulaire pendant trois heures, ça n’avait pas de sens. Mais il y avait une partie de la classe qui était intéressée, qui voyait un phénomène social important. »  Ses groupes se sont lancés et l’enseignant y voit toute la différence. « Pendant les pauses, les étudiants discutent davantage, vont marcher ensemble, se posent des questions et apprennent à se connaître... »

C’est aussi le constat que dressent les étudiants interrogés, qui sont bien conscients qu’ils passent trop de temps derrière leur écran. 

« Je trouve que c’est un beau projet. Ça nous donne au moins un moment dans la journée où on n’utilise pas notre téléphone! Ça nous aide à créer des liens plus vite en classe, à connaître les autres plus facilement. On est plus tissé serré! C’est vraiment plus humain », commente Zora Laventure, étudiante en éducation spécialisée. Elle dit voir une dynamique très différente entre son cours d’éducation spécialisée et ses cours de base, où les cellulaires sont permis. 

« Je pense que ça fait partie de mes valeurs de connecter avec les autres; quand tu es sur ton cell, ironiquement, tu es déconnecté de la réalité. C’est bon de prôner ça (la déconnexion) dans le monde où on vit actuellement », commente Stéphane Goulet, étudiant en éducation spécialisée. Spencer Smith dit être « d’une plus vieille époque », celle où les gens devaient se parler. L’étudiant veut s’investir dans un comité de sensibilisation qui pourrait donner un élan au projet de M. Lafortune. Il est question d’acheter des jeux de société pour le nouveau temps libre des étudiants. En entrevue, des étudiantes ont aussi fait valoir qu’elles avaient le « meilleur coach : Patrick Lafortune n’a qu’un iPod pour sa musique et prendre des notes. « Mon garçon est au secondaire et il est obligé d’avoir un portable. Ça, ça va. Mais le temps d’écran, chez nous, est assez encadré. »  

Un projet appelé à prendre de l’expansion

Le professeur a présenté récemment son projet à l’ensemble de ses collègues enseignants, qui ont montré « une belle ouverture ». « À plus petite échelle, dans le pavillon 3, j’ai des collègues d’autres départements qui tentent de l’appliquer, mais c’est très difficile. »

Patrick Lafortune insiste : il ne veut pas lancer un mouvement d’interdiction, il rappelle que « Cancel ton cell » se déploie sur une base volontaire. Pour lui, ces appareils ne sont pas « le diable », ils font simplement partie de la réalité. Certains collègues ont demandé si cela ne pourrait pas faire l’objet d’une politique de l’institution.

En ce moment, le Cégep de Sherbrooke laisse à la discrétion de ses enseignants la gestion des cellulaires en classe. L’institution a lancé une campagne de sensibilisation aux habitudes de vie socionumériques, qui touche une multitude d’aspects comme la cyber-réputation et la désinformation. Différents messages seront véhiculés. Le volet sur la sécurité des données viendra dans un deuxième temps, précise Christine Tremblay, conseillère en communication au Cégep de Sherbrooke.