Le Dr Arnaud Gagneur, néonatalogiste au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, est en train de faire un entretien motivationnel en maternité pour l’immunisation des enfants, c’est-à-dire qu’il rencontre des parents qui viennent juste d’avoir un poupon afin de leur parler des vaccins et pour répondre à leurs questions.

Déboulonner les mythes sur la vaccination

Faire vacciner ses enfants, oui ou non? La décision des parents est souvent basée sur la science, mais souvent aussi sur les émotions. Devant un manque d’informations fiables, les parents se trouvent dans le doute. Et dans le doute, ils s’abstiennent. « Ce qu’on sait, c’est que les parents prennent la décision qu’ils jugent la meilleure pour le bien-être de leur enfant », nuance le Dr Arnaud Gagneur, néonatalogiste au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Pendant longtemps, l’Estrie a été une des régions où la vaccination a rencontré le plus de résistance selon les statistiques québécoises. Or les choses se sont stabilisées. La couverture vaccinale complète chez les enfants de deux ans, incluant le rotavirus, se situe à 68,3 % en Estrie selon les plus récentes données et grimpe à 77 % sans le rotavirus.

« L’hésitation à donner les vaccins a toujours existé partout dans le monde et le mouvement prend de l’ampleur parce que les gens ont besoin de comprendre pourquoi on fait les choses. Ils ne veulent plus qu’on leur impose des choses à faire sans qu’ils en comprennent le sens », indique le Dr Gagneur.

Autre difficulté, les réseaux sociaux apportent aujourd’hui tout un flot d’informations qui arrivent toutes sur un pied d’égalité. Difficile parfois de faire la part des choses entre les sources d’informations fiables et celles qui le sont moins... ou même pas du tout.

Mais les vaccins sauvent des vies. Concrètement. Dr Gagneur en a eu la preuve tangible alors qu’il travaillait en France il y a une dizaine d’années. Il a alors soigné un bébé de six mois qui est finalement décédé de sa méningite à méningocoque dont il aurait pourtant été protégé s’il avait été vacciné. Par après, le médecin a demandé à sa maman pourquoi elle n’avait pas fait vacciner son fils. Elle lui a tout simplement répondu : « Je ne savais pas que ça existait. »

« Moi comme médecin, j’ai des techniques compliquées pour sauver des bébés, mais malgré ça, je n’ai pas réussi à le faire! Le vaccin, le moyen le plus simple de protéger ce bébé, était juste là, disponible. La réponse de la maman m’a complètement chagriné. Il fallait faire plus en amont », explique le médecin qui travaille aussi au Centre de recherche du CHUS et à l’Université de Sherbrooke.

Rencontre à la maternité

Le chercheur s’est demandé pourquoi on n’irait pas rencontrer les parents là où ils séjournent tous, à la maternité, dans les jours suivant la naissance de leur poupon.

Et c’est ce programme qu’il a mis en place.

« La stratégie Promovac, qui est devenue le Programme EMMIE (Programme d’entretien motivationnel en maternité pour l’immunisation des enfants), consiste en une rencontre d’information offerte aux parents lors de leur séjour post-partum à la maternité. À ce moment-là, la question de la vaccination est concrète parce que le bébé est là. Mais en même temps, les vaccins sont offerts à deux mois de vie. Ça laisse du temps aux familles pour réfléchir et prendre une décision », indique le Dr Gagneur.

La base du programme EMMIE est simple : des conseillers en vaccination, formés, vont rencontrer les parents pour les informer et pour répondre à leurs questions sans préjugés. Le besoin est là. « 43 % des parents ne se sentent pas suffisamment informés sur les vaccins pour prendre la décision de faire vacciner leur enfant avant l’intervention du conseiller », illustre le Dr Gagneur.

« Nous sommes là pour apporter de l’information, pas pour tordre des bras. Oui, nous sommes très clairement en faveur de la vaccination, mais nous sommes là pour défaire les fausses croyances, les craintes, pour les recevoir sans jugement pour aider les parents à cheminer dans leur réflexion », indique-t-il.

Les résultats étaient si positifs dans le cadre du projet de recherche initial que l’approche sera bientôt implantée dans toutes les maternités du Québec. Et elle sera possiblement reprise ailleurs dans le monde au cours des prochains mois.

« On ne connait pas d’autres pays qui ont mis en place un tel programme basé sur le dialogue. C’est en Australie qu’on est les plus durs : si les enfants ne sont pas vaccinés, les parents ne reçoivent carrément pas les allocations familiales », rapporte-t-il.

Le Dr Gagneur ne croit pas aux mesures aussi draconiennes où en viennent à s’opposer les pros et les anti-vaccins. Avec une stratégie d’opposition, tout le monde finit campé sur ses positions. « Avec notre approche motivationnelle, ça permet aux gens d’être respectés dans leurs craintes et leurs hésitations et personne ne tape sur personne. On a ainsi réussi à amener des gens très opposés aux vaccins à changer d’idée », indique le médecin.

Il raconte ainsi l’histoire d’une maman d’un très grand prématuré. La veille de son départ de l’hôpital, en désespoir de cause, l’équipe médicale a fait appel au Dr Gagneur pour venir parler à la maman de la vaccination jugée essentielle pour protéger son bébé aussi petit que fragile.

« La discussion a duré une heure. La maman a apprécié la façon dont la discussion a été amenée et je lui ai bien dit que j’allais respecter sa décision parce qu’elle allait prendre celle qu’elle croyait la meilleure pour son bébé. On lui a laissé le choix, on ne l’a pas jugée. Et le lendemain, mes collègues m’ont appelé pour me demander ce que j’avais bien pu lui dire : le bébé a quitté l’hôpital après avoir reçu tous ses vaccins! » rapporte le néonatalogiste avec le sourire.