Pendant un mois, l’artiste Deborah Davis a vécu dans un navire pris dans les glaces, au large du Groenland.

Deborah Davis de retour du Groenland

Vivre dans un bateau pris dans les glaces au large du Groenland alimentera l’artiste Deborah Davis des mois et des mois durant. Le retour au quotidien a été « presque violent » - un terme un peu excessif, s’empresse d’ajouter l’artiste - pour celle qui a vécu l’expérience d’une résidence artistique au Groenland. Parmi ses réflexions sur ce périple, le temps retrouvé avec une telle expérience de déconnexion.

Deborah Davis s’est retrouvée avec cinq autres personnes à bord du Manguier en mars. La candidature de la Sherbrookoise a été choisie parmi plus de 200 candidatures et elle était la seule Canadienne à bord du navire pour vivre la résidence « Artistes en Arctique ».

Pendant trente jours, les artistes sélectionnés ont partagé des corvées et un quotidien sans eau – ils devaient traverser la banquise pour se rendre au village d’Akunnaaq, notamment pour prendre leur douche environ deux fois par semaine. Les moments de création étaient greffés à ces journées au ralenti.

La peintre et graveuse ne cache pas qu’elle avait un peu le tournis lorsqu’elle est rentrée chez elle. « Là-bas, tout est conditionné par des choses aussi simples que des éléments de la nature. Et un mode de vie complètement au ralenti. Mais on revient ici, c’est plus hostile. Je ne sais pas si c’est le bon mot... avec l’asphalte, les maisons partout, les poteaux... C’est presque violent », lance-t-elle en s’empressant d’ajouter que ce terme est peut-être excessif. Et puis, au moment de l’entrevue mardi dernier, Deborah Davis n’en était qu’au jour 3 du retour.

« On dirait que j’ai trouvé ça plus facile aller faire ça, malgré les difficultés. Et c’est aussi que dans le retour, je n’ai pas nécessairement envie de me réadapter à tout ça! Internet, j’ai été déconnectée pendant un mois. Ça en donne du temps dans une journée! »  Cela lui a fait redécouvrir les bonheurs d’un crayon et d’un papier.

« La façon dont j’ai été bouleversée d’avoir été déconnectée pendant un mois, ça me change moi... et mon travail. Ça change ce que j’ai envie d’illustrer, ma quête, ma démarche. C’est un terreau fertile. »

Cette déconnexion lui amène de la poésie, confie-t-elle. « J’ai écrit beaucoup à la main (...) On ne fait plus ça. Écrire une lettre que tu vas poster et attendre l’hélicoptère qui va venir chercher ta lettre, il y a quelque chose de vraiment poétique... L’écriture à la main, ça amène l’idée de prendre du temps... »  

Non, celle qui a son atelier à la Fabrique ne disparaîtra pas du jour au lendemain des réseaux sociaux. Après tout, Facebook est une belle vitrine pour ses œuvres. Mais sa vitesse de réponse aux incessants courriels et textos pourrait fort bien changer.

Là-bas, elle a pu côtoyer les Groenlandais du petit village d’environ 70 habitants d’Akunnaaq, pêcher la morue, s’inquiéter de la présence potentielle d’ours polaire, montrer la gravure dans une école du village, et admirer la lumière sans pareille.

Elle revient notamment avec de nombreux croquis.

« Une des sphères que je trouve la plus intéressante et qui m’a fait vivre de grandes remises en question, c’est la promiscuité. L’envers de la médaille, c’est que c’est un lieu restreint, on a été 30 jours les six ensemble. On dort, mange toujours ensemble... »  Inévitablement, dans un environnement aussi restreint, les tensions surviennent. Et puis il y a les différences culturelles qui pèsent dans la balance. « Tout est exacerbé à cause du milieu de vie », lance Deborah.

Il l’inspirera longtemps, ce périple? Au moins deux ans, avance celle qui a longtemps été habitée par les paysages de l’Islande et ses moutons. La Sherbrookoise a un faible pour l’hiver, les grands espaces, la nordicité. Lorsqu’elle a vu le projet de résidence passer, elle savait que c’était pour elle.

« Pour aller en Arctique, ça prend une capacité d’adaptation. Ça, je savais que je l’avais. C’est une des qualités que ça prend. »

De cette résidence naîtra un livre regroupant les différents artistes du projet, dont Deborah. Celui-ci paraîtra à la fin de l'été. Pour plus d’informations : https://lemanguier.net/