Le psychologue pour enfants David Poulin-Latulippe ira pratiquer son métier dans le Grand Nord deux semaines par mois.

De Sherbrooke au Grand Nord pour aider les jeunes

David Poulin-Latulippe, un psychologue pour enfants de Sherbrooke, s’envolera vers le Nord afin de prendre soin de jeunes inuits. Deux semaines par mois, ce père de famille de cinq enfants s’envolera vers Kangiqsualujjuaq pour aider la population locale en misant sur la psychologie par le jeu.

Que ce soit dans les jeux de rôles ou de figurines, les enfants parlent de leur vie, explique M. Poulin-Latulippe. Les psychologues entrent donc dans ce monde afin de créer un lien avec l’enfant. L’enfant se sent donc compris et peut s’exprimer.

C’est donc pour aider les enfants inuits que M. Poulin-Latulippe ira passer une douzaine de jours par mois dans le Grand Nord pour donner un service à un peuple qu’il qualifie de très accueillant. « Il y a des sensibilités dans le Grand Nord par rapport à la manière dont on parle des services sociaux et dont on parle des Inuits. Ce peuple est tellement accueillant et résilient. Ce ne sont pas tous les Inuits qui ont des problèmes sociaux », remarque le psychologue.

M. Poulin-Latulippe traitera également un problème qu’il considère comme un trauma générationnel. « Les grands-parents de ces enfants ont connu les pensionnats et la colonisation. C’est deux générations en arrière, ce n’est pas très loin. Leurs parents ont les rebonds de ça et transmettent des choses aux enfants à travers leurs attitudes parentales. »

« Autour de 1950, un corps policier qui trouvait que les chiens qui erraient dans les villages étaient insalubres a pris la décision d’abattre tous les chiens de traîneaux dans les villages, poursuit-il. Les Inuits et les chiens de traîneaux travaillaient main dans la main et ils les ont perdus. Ils ont été obligés d’acheter des motoneiges. Ce n’est pas seulement ça qui les a transformés, mais ça a été un enjeu majeur. Quand je discute avec les Inuits, plusieurs me disent qu’ils ne l’ont pas encore digéré. De la manière que ça s’est fait, ça a laissé une autre marque par rapport aux Blancs. »

Projet pilote

Le psychologue sherbrookois fera la première rotation de son projet pilote dès lundi. « Je pars le 15 octobre et le projet pilote est en vigueur jusqu’à la fin du mois de mars. Je suis en collaboration avec la psychologue qui est déjà là-bas. Elle n’aura plus besoin d’aller dans le petit village de Kangiqsualujjuaq (George River), un village d’environ 1000 habitants. C’est là que je vais passer deux semaines par mois pour me concentrer sur la psychothérapie avec les enfants inuits », décrit celui qui pratique à Sherbrooke dans le privé.

M. Poulin-Latulippe est déjà allé deux fois dans le Grand Nord afin de prêter main-forte aux gens des services sociaux. « C’est un modèle intéressant pour les autres psychologues qui travaillent au privé et qui voudraient aller donner un coup de main là-bas », renchérit-il.

Sacrifices

Bien sûr, David Poulin-Latulippe devra faire quelques sacrifices pour aller aider les enfants inuits.

« C’est d’accepter que je ne vais pas voir mes enfants et ma conjointe 12 jours par mois. Il y a un ajustement par rapport à mes patients ici que je vais moins voir. Tout le monde embarque dans le bateau. Mes proches me disent : "Oui, vas-y, let’s go, c’est un beau projet, mais hé boy, on va s’ennuyer!" C’est sûr que ça va donner un peu plus de corvées à ma conjointe, donc c’est un petit sacrifice pour tout le monde », raconte celui dont les enfants sont âgés entre 2 et 18 ans.

Est-ce que ça vaut la peine? « Je pense que oui! On l’essaye. On dit qu’on fait une première rotation de six mois, on va voir comment ça se vit. Si ça se vit bien et que le projet est renouvelé, on va continuer, si c’est trop difficile pour tout le monde, on va réviser. On est tous un peu fébriles actuellement, mais c’est très positif comme projet, même si on a peur de 

Manque

Aussi bons soient-ils, les services sociaux doivent s’ajuster à un cruel manque de main-d’œuvre dans le Grand Nord. « Il y a quelques postes de psychologues de disponibles au Nunavik, mais il n’y a pas d’application. La DPJ est à la recherche d’un psychologue depuis deux ans. Les services sociaux sont mis en place, il y a plein de beaux programmes, mais il n’y a pas de thérapie avec les enfants », résume-t-il.

« Je travaille sur un projet pilote avec la directrice du CLSC à Kuujjuaq, indique M. Poulin-Latulippe. Notre projet est en train d’aboutir. J’irais faire de la psychothérapie deux semaines par mois dans le Grand Nord et je continuerais ma pratique ici les deux autres semaines.