Amar Farkouh est le premier étudiant du Cégep de Sherbrooke à recevoir la bourse Loran.
Amar Farkouh est le premier étudiant du Cégep de Sherbrooke à recevoir la bourse Loran.

De réfugié de la Syrie à boursier de 100 000 $ au Cégep

Isabelle Pion
Isabelle Pion
La Tribune
Du chemin, Amar Farkouh en a parcouru depuis son départ de la Syrie en 2016. Arrivé à Sherbrooke comme réfugié avec sa famille, aujourd’hui citoyen canadien, le jeune homme de 20 ans devient le tout premier étudiant du Cégep de Sherbrooke à obtenir la bourse Loran, d’une valeur de 100 000 $, qui financera ses études universitaires.

Le dossier de l’étudiant en sciences de la nature a été sélectionné parmi 5194 candidatures à travers le Canada. Le lauréat, tout comme 35 autres récipiendaires, a été retenu pour sa détermination, sa volonté de rendre service à la communauté et son leadership, entre autres.

La famille Farkouh a quitté Damas parce que la vie en Syrie était devenue trop dangereuse. C’est l’église Saint-Éphrem, à Sherbrooke, qui les a parrainés, Amar, ses parents et son frère.

« On est arrivés à Sherbrooke le 11 février 2016. On l’a célébré la semaine dernière. On s’est installé et ça a été vraiment difficile pour la langue. On parlait l’arabe, un peu anglais. D’arriver dans une si petite région aussi… On a eu beaucoup de difficultés; je me rappelle, j’avais plein d’histoires à raconter (…) En famille, on se tient de façon très serrée. On se racontait nos difficultés, on essayait de se supporter. »

Son père et sa mère, qui étaient ingénieur et pharmacienne en Syrie, suivent des cours à l’Université de Sherbrooke pour pouvoir travailler de nouveau dans leur domaine.

« On est tous étudiants à la maison. On revient et on étudie tout le monde! » raconte-t-il avec un accent discret.

Le frère aîné d’Amar a dû refaire des cours à l’Université Bishop’s en pharmacie; il a ensuite été accepté à l’Université de Colombie-Britannique. « C’est mon inspiration. Lui et mes parents. On a tout quitté, on a fait des sacrifices, mais en même temps on a pu s’installer et on s’est intégré en quatre ans. »


« On a tout quitté, on a fait des sacrifices, mais en même temps on a pu s’installer et on s’est intégré en quatre ans. »
Amar Farkouh

Les Farkouh ont laissé leur famille derrière : les oncles et les tantes d’Amar, ses grands-parents... « J’avais 16 ans quand on est parti. J’avais une vie, des amis… Je garde encore contact. »

« Toute ma famille est restée là-bas. Ça a été encore plus difficile. Gérer l’intégration, apprendre la langue, et ton cœur est là-bas, avec ta famille… »

Amar Farkouh a commencé son parcours scolaire dans une classe d’accueil de l’école secondaire La Montée. Comme il a commencé sa scolarisation en mars, il a dû prendre les bouchées doubles pour apprendre le français, pour commencer sa quatrième secondaire à la rentrée suivante. « Il ne me restait que trois mois. Si je n’avais pas eu un bon niveau de français, mon parcours aurait été différent », raconte celui qui souhaitait s’inscrire en médecine. Pari réussi : Amar terminera ses études collégiales au printemps. Il a envoyé ses demandes d’admission dans des facultés de médecine de la province.

À travers ses études, Amar cumule les implications, comme bénévole pour l’organisme SAFRIE (Soutien aux familles réfugiées et immigrantes de l’Estrie) et il a coordonné des activités pour enfants à l’église Saint-Éphrem. « Au SAFRIE, je faisais l’aide aux devoirs chaque vendredi. J’aime travailler avec les enfants. C’est pour ça que je coordonnais les activités à l’église. Oui, on doit faire des devoirs, mais il faut que ce soit dynamique. Je faisais des jeux, des concours d’apprentissage… »

S’intéressant à la recherche, Amar participe à un projet sur la pollution lumineuse, aux côtés des professeurs Martin Aubé et Johanne Roby. C’est d’ailleurs cette dernière qui l’a incité à participer au concours.

Les 100 000 $ sur quatre ans lui donneront tout un coup de pouce. « Ça va m’éviter de m’endetter, surtout quand on est une famille d’immigrants et qu’on est tous des étudiants. « Il aura accès à un réseau incroyable de contacts, s’empresse-t-il d’ajouter. La bourse Loran est l’une des plus généreuses au Canada.