Caroline Boivin, professeur de marketing à l'Université de Sherbrooke et cofondatrice de l'Observatoire de la consommation responsable de l'École des sciences de la gestion de l'UQAM

De plus en plus écoresponsables

À l’heure du zéro déchet et du Pacte pour la transition énergétique, les Québécois estiment que la consommation responsable est en croissance, qu’elle contribue positivement à l’économie du Québec et qu’elle génère des emplois.

C’est l’Observatoire de la consommation responsable de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM qui arrive à ce constat avec la neuvième édition de son Baromètre de la consommation responsable au Québec.

« On voit que la consommation responsable a maintenant plusieurs visages, résume Caroline Boivin, professeur de marketing à l’Université de Sherbrooke et cofondatrice de l’Observatoire. Il y a des comportements qui sont bien ancrés. On voit par exemple que la récupération et le recyclage font partie des mœurs des gens. 

« Il y a d’autres comportements qui sont plus en évolution. On voit que le local a pris vraiment sa place, peut-être aussi à cause des efforts des détaillants au cours des dernières années pour mettre de l’avant des produits québécois. 

« Mais on voit aussi de nouveaux comportements comme l’échange de biens usagés sur kijiji ou sur blackmarket, qui sont devenus assez répandus dans la population. Une grande proportion de la population l’utilise fréquemment. »

Mis sur pied en 2010, l’Observatoire réunit plus d’une dizaine de chercheurs et a développé différents outils de recherche et de transfert de connaissances dans le domaine de la consommation responsable. La 9e édition de son Baromètre a été compilée d’après un sondage mené par une firme externe auprès de 1005 répondants d’un panel web, entre le 27 septembre et le 5 octobre dernier.

Il en ressort que plus d’un consommateur sur deux (57,6 %) a le sentiment de consommer de manière responsable. Cela se mesure à travers une vingtaine d’habitudes dont certaines leur donnent l’impression de se distinguent de la norme comme l’utilisation de produits d’entretien ménager écologiques, l’achat d’aliments équitables, l’utilisation de sacs à ordure biodégradables et le compostage. 

Parmi les répondants, ce sont les jeunes (18 à 24 ans) qui se considèrent comme les consommateurs les moins écoresponsables. « On peut penser que c’est étonnant, commente Caroline Boivin, mais c’est un résultat constant depuis le début. Globalement les comportements des jeunes sont peut-être moins portés vers le côté écoresponsable, même si les écarts ne sont pas majeurs. En fait ils sont concentrés sur certains comportements comme la consommation collaborative, l’achat d’aliments biologiques ou l’achat de produits issus du commerce équitable. Ils sont plus nombreux à être intéressés par ce genre de produits là. »

Mme Boivin constate aussi que les femmes jugent sévèrement leurs propres comportements écologiques. « C’est une nouvelle question qu’on a posée cette année (...) et les femmes se sont jugées plus durement que les hommes. Par contre, quand on regarde en termes de comportements, il n’y a vraiment pas autant de différences. Elles ne sont pas moins responsables que les hommes, mais elles voient peut-être un peu plus le chemin qu’il reste à parcourir. »

Voiture électrique et rénovation

Parmi les autres faits saillants de l’étude, on souligne que la conduite d’une voiture électrique est le geste perçu comme le plus important pour réduire son empreinte carbone (57,3 %), tandis que la réduction de la consommation de viande rouge arrive en seconde place (37 %).

L’engouement pour le zéro déchet est aussi perceptible alors que 96,5 % des répondants estiment que la réduction des déchets devrait aujourd’hui concerner tous les citoyens et qu’ils sont nombreux à poser des actions proactives comme la diminution d’achats inutiles (71,3 %) et la consommation de produits en vrac (38 %).

Le Baromètre mesure par ailleurs un intérêt certain pour la rénorécupération, alors que 30 % des répondants qui ont fait de la rénovation ou de la construction dans la dernière année ont utilisé des matériaux de seconde main. 

On constate en revanche qu’il reste du chemin à parcourir en matière de jardinage écoresponsable puisqu’il se pose peu de gestes écologiques dans les jardins, même si 78,4 % des répondants ont déclaré avoir un espace vert et des plantes potagères à la maison.

Daniel Veilleux et Manon Thibodeau de la Coopérative funéraire de l’Estrie, Alexandre Couture de Sequoia Industries, Sébastien Richer de Bio-Solutions CR, ainsi que Pascal Lafond et Josiane Rondeau de Ascenseur de l’Estrie ont officialisé mercredi leur engagement à intégrer des pratiques d’affaires écoresponsables dans leurs organisations. Portes et Fenêtres Vallée à Frontenac est aussi du nombre mais n’est pas représenté sur la photo.

Cascades en tête des entreprises vertes

Depuis 2011, l’entreprise Cascades arrive en tête et de loin quand on demande aux Québécois de nommer spontanément une organisation perçue comme écologiquement responsable.

Les auteurs du 9e Baromètre de la consommation responsable se réjouissent toutefois de voir que près de 200 entreprises ou organisations différentes sont recensées à cette question.

« On voit que ce n’est pas seulement l’apanage de deux-trois entreprise au niveau de l’écoresponsabilité, c’est vraiment répandu », souligne Caroline Boivin.

Cela viendra sans doute inspirer les 22 entreprises estriennes qui sont engagées dans une démarche d’accréditation visant à officialiser l’intégration de pratiques d’affaires écoresponsables chez elles, via l’organisme à but non lucratif ADDERE, Service-conseil.

En marge de la publication du Baromètre, ADDERE a d’ailleurs souligné, mercredi, la remise de cette accréditation « On s’engage en développement durable » à cinq nouveaux récipiendaires.

Il s’agit de Portes et Fenêtres Vallée à Frontenac, d’Ascenseur de l’Estrie à East Angus, de Sequoia Industries à Saint-Denis-de-Brompton, de Bio-Solutions CR à Sherbrooke et de la Coopérative funéraire de l’Estrie.

« Ces entreprises posent déjà beaucoup de gestes mais ici et là et sans structure globale. Ce qu’elles s’engagent à faire, c’est de produire un plan d’action et structurer une démarche qu’elles vont mettre en œuvre dans un horizon de deux ans pour pouvoir conserver leur accréditation », explique Jean-Pierre Gouin, directeur général de ADDERE.

« C’est un outil de plus pour aider les entreprises à mettre en place des actions écoresponsables structurées pour mieux répondre aux attentes de leur clientèle et de leurs fournisseurs. »