Brigitte Boucher-Paré a écrit un livre, Ils étaient douze dans le nid, sur sa vie, son grand amour et ses douze trésors.

«De l’amour en masse pour 12»

Quand elle a rencontré l’homme de sa vie, Brigitte Boucher-Paré avait 16 ans. Ce fut un coup de foudre. Elle l’a reconnu comme si elle l’avait déjà vu avant leur première rencontre. Ils étaient étudiants en musique au cégep. C’était en 1979. Jamais elle n’avait envisagé ou même rêvé d’être mère avant lui. Quarante ans plus tard, ils sont parents de 12 enfants, âgés de 12 à 35 ans.

«Jusqu’à ce que je rencontre mon mari, je disais que je n’aurais jamais d’enfants. Après, lorsque j’ai eu 18 ans, on s’est marié. Tout ce qui m’importait était de vivre toute ma vie avec lui et qu’il soit la première chose que je vois en me réveillant», raconte celle qui se souvient de la jeune femme fleur bleue qu’elle était.

Le jeune couple a vécu les neuf premières années de leur mariage chez les parents de son mari, Jean Paré. La grand-mère de ce dernier habitait aussi à la même adresse. «Mon chum était enfant unique. Il était indépendant, faisait ses choses en enfant unique, tout seul. De mon côté, je viens d’une famille très chaleureuse de quatre enfants sociables et toujours en train de rire. Les premières années du mariage, je me suis sentie seule et j’ai réalisé que Jean n’avait pas besoin que tout mon amour soit dirigé vers lui. C’est là que je me suis dit qu’en ayant un enfant, je pourrais partager mon surplus d’amour et m’occuper de quelqu’un.»

Leur première fille voit le jour en 1983. L’histoire se répétera douze fois. Plus les trois bébés qu’elle a perdus en cours de grossesse. Brigitte Boucher-Paré trouve son bonheur dans cet acte de prendre soin de ces petits êtres humains.

«Quand les enfants grandissent, déjà à 3 ou 4 ans, ils ne nous appartiennent plus. Dans le sens où on découvre leur personnalité bien à eux. Et un côté de moi s’ennuyait du petit bébé qui se laissait prendre tout le temps. Chaque fois que j’en voulais un autre, Jean me disait que si c’était ça qui me rendait heureuse, c’était parfait. Qu’on allait juste travailler un peu plus tard. Et j’avais de l’amour en masse pour douze», note la mère de famille, précisant que la grand-mère de Jean qui habitait avec eux, mère de dix enfants, a été une inspiration.

Outre l’amour, la générosité et l’entraide sont au cœur des relations familiales. «Ils s’appellent entre eux pour s’aider. Un des enfants peut demander à un autre de faire un virement Interac pour l’aider à payer son loyer. Il le remboursera et respectera ses engagements. Et au pis aller, si jamais il ne peut pas, mes enfants ne sont pas matérialistes, alors ils ne se chicaneront pas pour une question d’argent. Celui qui a prêté se dira que l’autre en avait plus besoin que lui.» 

Les plus vieux sont les parrains et marraines des plus jeunes. Ils donnent aussi parfois des conseils parentaux à Brigitte et Jean, qui sont onze fois grands-parents, mais toujours parents de deux adolescents. 

Les parents n’ont jamais eu leurs douze enfants sous le même toit. «Le maximum a été de dix, je pense. Plus les conjoints des plus vieux. On aimait mieux avoir les enfants pas loin. Quitte à permettre aux conjoints d’être là. C’était un moindre mal pour éviter de les voir partir trop tôt.»

Pour les garder proches d’elle, Brigitte a aussi fait l’école à la maison à quatre de ses enfants. Toujours pour être près d’eux, Brigitte prend une chambre à elle et laisse Jean dormir bien tranquille pour qu’il soit en forme pour travailler. « J’allaitais mes enfants, alors ils ont tous dormi avec moi pendant cette période. Et même si chacun avait un lit à lui, plusieurs campaient avec moi et le bébé chaque soir. On s’endormait ensemble en se racontant des histoires ou en regardant la télé. Même si je n’avais pas de temps en tête-à-tête avec chacun d’eux, je me disais que ce temps en était un privilégié. Des petits moments que je n’oublierai jamais. »

Même les premiers pas et le premier «maman» du douzième enfant l’ont émerveillée. «C’est toujours différent. Mais le dernier, j’ai eu un pincement, car c’était les derniers premiers pas d’un de mes enfants.» 

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Questions pratico-pratiques

Q À douze enfants, doit-on être un parent sévère?

R Mon mari était plus exigeant au début, car les premiers enfants, on s’imagine tous qu’ils vont être des prix Nobel de physique ou des athlètes olympiques. Mais moi, je ne suis pas autoritaire ni disciplinée. Alors souvent je le ramenais. Je lui disais : les notes qu’ils ont à l’école ne leur paraissent pas dans le visage lorsqu’ils sont adultes, c’est leur comportement qui importe. Et leur évolution en fonction de leurs capacités.

Q À douze enfants, il doit y avoir achalandage à l’heure des douches et du bain?

Jusqu’à environ 10 ans, ils prenaient leur bain, souvent ensemble. Je me suis déjà vue donner le bain à cinq en même temps. Je me rappelle parce que les cinq avaient la picote. Je les lavais chacun individuellement pendant que les autres jouaient ensemble. Du plus vieux au plus jeune. Car une fois lavés, je les sortais et si j’avais sorti le plus jeune en premier, je n’aurais pas pu le surveiller. Des fois, je leur donnais deux bains par jour.

Q À douze enfants, est-ce que chacun a sa chambre?

On avait divisé le sous-sol pour que chacun ait son espace. Ils étaient un ou deux par chambre. Mais ils finissaient souvent sur le plancher en camping dans ma chambre.

Q À douze enfants, combien de fois par jour vous trompez-vous de nom?

Souvent! C’est souvent le nom du plus tannant qui ressort en premier, car on est habitué de dire : fais pas ça, ou arrête ça!

Q À douze enfants, est-ce qu’on leur donne de l’argent de poche?

Non, ils n’ont jamais eu d’argent de poche, mais n’ont jamais manqué de rien. Mes enfants n’étaient pas très exigeants. Et les plus jeunes héritent des choses des plus vieux.

Brigitte Boucher-Paré pose avec ses cinq filles tandis que son conjoint Jean Paré est entouré de leurs sept garçons.

Ils étaient douze dans le nid...

Brigitte Boucher-Paré a écrit un livre sur sa vie, son grand amour et ses douze trésors. «On vieillit et on ne sera pas toujours là. Les pages nécrologiques sont remplies de gens de nos âges qui partent parfois sans préavis. Comme je n’ai pas travaillé à l’extérieur, je ne peux pas laisser à mes enfants un héritage tangible ou pécuniaire. Alors je me suis dit que j’allais leur laisser leur histoire et leur témoigner à quel point je les ai aimés», explique-t-elle.

Du début de l’histoire d’amour à aujourd’hui, l’histoire est racontée avec humour. «Tellement de fois dans ma vie, je me suis dit que j’avais deux choix. Soit craquer et devenir complètement folle ou soit rire de la situation. J’ai toujours aimé rire alors j’ai choisi la deuxième option», note l’auteure tout sourire, précisant que le livre est rempli de petites anecdotes drôles qui aideront ses enfants, mais aussi bien des parents à mettre en perspective leur propre expérience parentale.