Grâce à un don de 150 000 $ du Fonds de recherche Sylvain Poissant, une étude clinique sera menée à Sherbrooke pour démontrer que l’activité physique devrait faire partie intégrante des plans de traitement en oncologie. La nouvelle a été annoncée mercredi au centre sportif de l’Université de Sherbrooke par la professeure-chercheure Eléonore Riesco, Isabelle Dionne, doyenne de la faculté des sciences de l’activité physique, et Sylvain Poissant.

De la chimio et de l'activité pour combattre le cancer

De l’âge de 27 à 40 ans, Sylvain Poissant a été malade. Un premier diagnostic de cancer de la peau à un stade avancé a été suivi de quatre rechutes. Il s’est même exilé pendant cinq ans aux États-Unis pour être traité en protocole de recherche quand ses médecins ne pouvaient plus rien pour lui au Québec.

Pendant toutes ces années, le kinésiologue de formation a trouvé dans l’activité physique une façon de garder un peu de contrôle sur sa vie. « Mais je me suis aussi rendu compte que toutes les fois où je travaillais mal avec mon corps, que j’en faisais trop, toutes les fois la maladie est revenue. »

C’est avec l’objectif de définir comment prescrire l’activité physique en traitement complémentaire à la chimiothérapie qu’a été lancé mercredi une étude clinique financée par un don de 150 000 $ du Fonds de recherche Sylvain Poissant, et regroupant des chercheurs de la faculté des sciences de l’activité physique et de la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke. 

« Mon rêve ultime, c’est que la recherche permette de faire la démonstration que les prescriptions d’exercice dans un contexte de traitement contre le cancer devraient faire partie de la prise en charge », explique Eléonor Riesco, professeure-chercheuse à la FASAP et au Centre de recherche sur le vieillissement, et cochercheuse de l’étude avec le professeur-chercheur à la FMSS, Dr Michel Pavic.

« L’exercice peut vraiment avoir une visée thérapeutique lorsqu’il est combiné de la bonne manière et au bon moment avec les traitements. Actuellement, dans la littérature, les effets des différents types d’entraînement à privilégier, on ne les connaît pas. C’est ce que notre nouvelle recherche tentera d’explorer », ajoute-t-elle.

« Une fusion cérébrale »

Impliqué dans les activités de sensibilisation de la Société canadienne du cancer depuis quelques années déjà, Sylvain Poissant, devenu Sherbrookois par amour il y a trois ans, a pris connaissance des recherches qui avaient été menées à l’UdeS sur les retombées favorables de l’activité physique de type aérobie sur la fatigue liée au cancer.

Une première rencontre avec Eléonor Riesco a fini de le convaincre qu’il trouverait des oreilles attentives à ses ambitions ici. « Ç’a été une fusion cérébrale avec Eléonore, raconte-t-il en riant. Le fait que j’ai été malade si longtemps m’a forcé à mettre de côté les études et les projets de travail. Mais mon côté kinésiologue est toujours là, alors de pouvoir réactiver ça avec Eléonore, ça me touche beaucoup. C’est pour ça que j’ai choisi la Fondation de l’Université de Sherbrooke [pour donner à la recherche]. »

Les 150 000 $ sur deux ans alloués au projet proviennent d’un tournoi de sport amateur que Sylvain Poissant organise avec une armée d’amis et de bénévoles depuis sept ans pour promouvoir la prévention du cancer et faire avancer la recherche sur cette maladie qui emporte encore trop de gens.

Le Tournoi 3 Sports pour la vie se déroule chaque année en mai, à Candiac. Les 150 000 $ représentent deux éditions du tournoi.

Sylvain Poissant annonce déjà que la mobilisation ne s’arrêtera pas là. Il y aura une phase B, C et D à cette étude clinique, a-t-il promis mercredi, en remerciant d’entrée de jeu tous les bénévoles qui gravitent autour de lui et sans qui son désir d’amasser de l’argent pour la recherche ne serait pas possible.

« Ils m’ont vu jouer au hockey et retourner dans la chambre entre deux périodes pour vomir; ils m’ont vu courir; ils m’ont demandé ‘‘Sylvain, es-tu sûr que l’Everest, c’est une bonne idée’’ quand je suis allé au camp de base il y a deux ans même si mon médecin avait refusé de signer les papiers. C’est moi qui suis en avant aujourd’hui, mais sans eux, on n’aurait pas d’argent pour faire avancer la recherche. »

Une première activité de financement à Sherbrooke aura également lieu en mars. Les détails restent à venir.

+ ÉTUDE TECHNO

SHERBROOKE — L’étude clinique sur l’activité physique et le cancer sera menée par des chercheurs en kinésiologie, en oncologie, en imagerie et en immunologie. Quand l’approbation éthique sera obtenue, l’équipe recrutera 18 personnes en traitement d’un cancer colorectal métastatique et qui, sans être des athlètes de haut niveau, font déjà un peu d’exercice. En utilisant des technologies comme les montres intelligentes et les iPod pour mesurer différents marqueurs comme la dépense énergétique, la fréquence cardiaque et la fatigue, les participants subiront des entraînements par intervalles et en continu d’intensité modérée. D’autres mesures réalisées pendant et après l’exercice permettront aussi de fournir des pistes quant à l’effet potentiellement bénéfique de l’exercice de type aérobie sur la réponse immunitaire, un aspect fondamental dans la prise en charge d’un cancer. « C’est pas tout de faire de l’exercice, vulgarise la Pr Riesco. On veut savoir c’est quoi le bon timing. Juste avant le traitement? Juste après? 24 heures avant? Est-ce qu’on peut se permettre une intensité élevée ou si ce n’est pas une bonne idée? C’est des questions auxquelles on n’a pas de réponses actuellement. »