La Sherbrookoise Vanessa Courville n’a pas peur de prendre la parole pour défendre la cause des femmes. Pertinente la Journée internationale des femmes, selon elle? « Tout à fait. C’est la journée de l’homme 364 jours par année! »

De la boxe à la 4e vague féministe

Vanessa Courville a pratiqué la boxe pendant 14 ans. Elle a même été sacrée championne canadienne de boxe amateur. Encore aujourd’hui, elle cultive une passion pour ce sport. Mais en plus de se frotter à ses adversaires dans le ring, elle a affronté toutes ces années des inégalités entre elle et ses camarades masculins. Des inégalités qui ont tranquillement tracé sa voie vers le militantisme féministe.

La Sherbrookoise fait aujourd’hui partie des quelques visages québécois associés à la nouvelle vague du féminisme. Léa Clermont-Dion, Lili Boisvert, Judith Lussier, Pénélope McQuade... elles sont peu nombreuses à oser prendre la parole dans la sphère publique pour dénoncer la réalité des femmes en 2019. Elles combattent entre autres les violences sexuelles, le harcèlement, les inégalités au travail et l’invisibilité des femmes dans les institutions.

Le nom de Vanessa Courville a circulé abondamment dans les médias à l’été 2018 à la suite de sa démission de son poste de directrice de XYZ. La revue de la nouvelle. La raison de son départ? Elle refusait de cautionner un texte dont la chute raconte une scène d’agression sexuelle. Sa sortie publique pour dénoncer les représentations des corps violés en littérature lui a valu son lot d’appuis... et de commentaires désobligeants la qualifiant d’« hystérique », de « bonne sœur » ou de « folle ». Le referait-elle aujourd’hui? Oui, sans aucun doute, affirme-t-elle.

À l’occasion de la Journée internationale des femmes, La Tribune a rencontré Mme Courville pour discuter de ce qu’on appelle « la nouvelle vague féministe », associée à la résurgence de l’intérêt pour le féminisme depuis quelques années.

« Parole libérée »

« Ce renouveau du féminisme est marqué par une parole libérée, entre autres possible grâce à l’usage des réseaux sociaux. Il s’agit de groupes de femmes qui se réunissent et qui, lors de prises de parole, reçoivent le soutien de cette communauté. Ces femmes réalisent qu’elles ne sont pas seules et ces prises de parole mènent à des mouvements comme #MoiAussi et #AgressionNonDénoncée », illustre celle qui est également chargée de cours à l’Université de Sherbrooke.

« De très grands combats collectifs ont été gagnés au fil des ans grâce au militantisme de grandes femmes, mais il reste encore de nombreux combats plus intimes qui touchent chaque femme », poursuit Mme Courville, en précisant que ces combats intimes intègrent généralement toujours la sphère collective.

« Le renouveau c’est que les femmes ont une tribune pour s’exprimer et être entendues dans cette sphère collective. Maintenant c’est la justesse de leur propos qui est mise de l’avant et non leur autorité à titre de journaliste ou chroniqueuse », affirme-t-elle.

Les réseaux sociaux sont toutefois une arme à double tranchant, prévient Mme Courville.

« Ce sont des outils émancipateurs, mais également destructeurs. Les femmes savent ce que ça coûte prendre la parole. Quand on remet en question le consensus, ça choque, ça ébranle les structures de notre société. Mais la prise de parole permet de rendre visibles au grand jour ces structures et les systèmes qui banalisent les injustices et la violence faites aux femmes »

La Sherbrookoise est consciente que la réalité des Québécoises est enviable à bien des égards pour d’autres femmes à travers le monde.

« Le Québec est une toute petite bulle où les choses avancent un peu plus vite. Par exemple, le féminisme est enseigné dans nos universités depuis 30 ans, mais c’est toujours difficile en France. Au Québec on mène d’autres types de lutte telles que les agressions sexuelles, la parité et l’équité salariale qui ne sont toujours pas atteintes », fait valoir la chargée de cours qui voit le futur avec optimisme.

« Ma génération et les suivantes sont sensibilisées à ces enjeux et je crois qu’elles ne laisseront plus passer d’écarts », croit-elle.

Pour l’avenir, la militante souhaite un féminisme inclusif, pluriel, qui laisse de la place à la diversité. « Et une solidarité forte entre les femmes ».