De chercheur à vulgarisateur

En tant que microbiologiste et infectiologue, le Dr Alex Carignan savait bien qu’une pandémie risquait de survenir dans les prochaines années. Mais personne n’aurait pu prédire que la pandémie d’un nouveau type de coronavirus irait aussi vite, qu’elle entraînerait de telles conséquences sur l’ensemble de la planète. Pas même les infectiologues les plus chevronnés comme ce clinicien-chercheur du CIUSSS de l’Estrie-CHUS qui possède aussi une maîtrise en épidémiologie.

« Ce nouveau type de coronavirus s’est répandu comme une trainée de poudre sur la planète », indique Alex Carignan.

Des personnes infectées par la COVID-19 sont arrivées très vite en Estrie, qui est rapidement devenue l’une des régions les plus touchées du Québec dès la mi-mars, quand le virus faisait encore une entrée timide sur la Belle Province.

Le Dr Alex Carignan, comme l’ensemble de son équipe et de ses confrères de travail en infectiologie au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, a été frappé de plein fouet par cette vague déferlante.

« Au début, il y avait tellement de questions et on avait très peu de réponses. D’un point de vue humain, c’était très difficile. On sentait l’inquiétude de nos collègues, des équipes de soins, des patients... Les gens se tournaient beaucoup vers nous en infectiologie pour avoir des réponses, mais on n’en avait pas tellement », se rappelle le Dr Carignan.

Le microbiologiste et infectiologue se souvient d’un soir où il a quitté l’hôpital tellement épuisé qu’il s’est mis à pleurer aussitôt à l’abri dans son véhicule. « Humainement, ç’a été une période difficile », rapporte-t-il.

Le temps a passé, les réponses ont commencé à prendre forme, les projets de recherche se sont multipliés, les difficultés rencontrées au début de la crise se sont atténuées. Et le Dr Carignan s’est imposé dans l’univers médiatique du Québec comme un chercheur incontournable et rassurant, un rôle que le médecin originaire de Bécancour n’avait pas prévu du tout.

« La caméra est sur moi, mais j’aime comparer mon rôle à celui d’un entrepreneur dans un projet de maison. Oui je mets les choses en place, mais sans la présence de l’électricien ou du plombier, mon travail ne vaudrait rien. C’est important pour moi de valoriser le travail d’équipe, il y a plusieurs personnes importantes autour de moi », insiste-t-il.

Car en plus de tout le boulot à abattre à l’hôpital, le clinicien-chercheur a aussi entrepris plusieurs projets de recherche de façon éclair sur la COVID-19.

« Dans ce contexte, ça n’a jamais été aussi rapide de mettre des projets sur pied et de trouver du financement. Il s’est passé 40 jours entre notre première idée sur la perte de l’odorat comme symptôme de la COVID et la publication scientifique. C’est fou! » s’étonne-t-il encore.

Et dans toute cette période folle, jamais Alex Carignan n’aurait voulu perdre de vue le plus important pour lui : sa famille.

« J’ai deux filles de 8 et 10 ans. Ma conjointe est en congé sabbatique et pouvait faire du télétravail. Une chance, parce que ç’aurait été encore plus difficile d’arriver à tout faire! Ma présence auprès de mes enfants demeure très importante pour moi », souligne-t-il.

Avant que la crise sanitaire surprenne la planète, le professeur de l’Université de Sherbrooke (UdeS), le chercheur du Centre de recherche du CHUS et le médecin spécialiste du CIUSSS du l’Estrie-CHUS avait bien d’autres projets en cours et était déjà fort occupé. En effet, les intérêts du Dr Carignan sont axés principalement sur l’épidémiologie des infections émergentes au Québec ainsi que sur l’immunisation.

Il s’intéresse notamment à la maladie de Lyme. En 2019, 461 cas humains de maladie de Lyme ont été rapportés au Québec, en comparaison à 32 en 2011, et une majorité de ces cas sont rapportés en Estrie et en Montérégie. « Les conséquences sur la santé peuvent être graves si la maladie n’est pas traitée à temps », soutient le Dr Carignan.

Il est présentement à la recherche de financement pour élaborer une Chaire de recherche hospitalo-facultaire sur la maladie de Lyme et les infections émergentes, car les tiques peuvent aussi transmettre de nombreuses autres maladies aux humains.

Intérêts pour la science... et les gens

Ce sont des intérêts envers la science et envers les êtres humains qui ont conduit Alex Carignan vers la médecine. « Ado, j’ai travaillé dans des magasins de sport, j’ai été préposé aux bénéficiaires pendant le cégep. La médecine était ce qui, à mon sens, permettait la meilleure combinaison entre la science et les gens », indique-t-il.

Son intérêt pour les maladies infectieuses est venu dès ses premiers pas à l’Université de Montréal où il a étudié la médecine. Mais il a fallu attendre un peu plus tard pour qu’il bifurque officiellement vers la microbiologie. « J’ai commencé ma spécialisation à l’UdeS en médecine interne et j’ai changé de programme en cours de route pour la spécialisation en microbiologie et infectiologie. C’est un travail très varié, autant par les patients que l’on rencontre que par les tâches : on travaille en prévention des infections, on voit des patients, on fait de la recherche... » indique-t-il.

Repères

  • Diplômé de microbiologie médicale et infectiologie à l’UdeS en 2008
  • Maîtrise en épidémiologie à la University of London au Royaume-Uni
  • Conjoint de Julie Perron
  • Père de Éliane et Flavie, 8 et 10 ans