Le conseiller de Lennoxville David Price quittera la vie politique après les élections du 5 novembre.

David Price : « Lennoxville fait partie de moi »

Après deux décennies ou plus passées dans l'univers politique, quatre ténors de la vie municipale siégeront pour la dernière fois à l'hôtel de ville de Sherbrooke lundi. Ils passeront le flambeau au moment où la table du conseil comptera non pas 20, mais 15 élus. En route vers la fin de leurs mandats respectifs, les quatre hommes politiques reviennent sur leur carrière, se rappellent les bons comme les moins bons moments, et se tournent vers une retraite active. La Tribune propose un portrait de ces politiciens chaque jour d'ici le 2 octobre.
Ce sera la deuxième fois, lundi, que David Price quittera la politique municipale. La deuxième fois qu'il interrompt complètement sa carrière politique. C'est que la politique ne le laisse pas se retirer. Cette fois, la retraite a bel et bien sonné et il semble que personne ne le convaincra de briguer les suffrages à nouveau.
Élu comme conseiller de Lennoxville en 1989, David Price devenait maire en 1993. Il a par la suite fait le saut en politique fédérale, suivant Jean Charest au parti progressiste-conservateur en 1997 avant de passer chez les libéraux. Défait en 2004, il a effectué un retour comme conseiller municipal de la ville fusionnée en 2009.
« Ce sont toujours les circonstances qui m'ont mené là où j'étais. Je n'avais aucun intérêt pour la politique. J'étais un entrepreneur en électricité qui s'impliquait dans la communauté. Robert Downey et moi trouvions qu'il n'y avait pas grand-chose qui se passait, côté business, dans Lennoxville. Nous avons cofondé la Chambre de commerce de Lenn-Ascot. Parce que nous n'avions pas de voix au conseil, nous avons décidé de présenter quelqu'un. Et c'était moi », raconte M. Price.
Rapidement, on le considérait comme le maire de la ville parce qu'il siégeait à tous les comités francophones avec la Ville de Sherbrooke.
En 1997, il apportait son soutien à Jean Charest pour trouver un candidat conservateur dans Compton-Stanstead. Le candidat s'est désisté. « Jean m'a dit : c'est toi qui vas y aller. »
David Price ne pensait pas l'emporter parce qu'il n'était pas connu dans la circonscription. Les électeurs l'ont fait mentir.
En 2009, c'est sa connaissance de la réalité de Bishop's qui l'a ramené au conseil. En 2013, le travail qu'il restait à accomplir, et le manque de relève, l'ont convaincu de revenir... et de promettre à sa conjointe que ce serait la dernière fois. Il se dit d'ailleurs peiné de voir que ses deux collègues conseillers d'arrondissement, Linda Boulanger et Claude Charron, convoitent maintenant son siège. Parce qu'ils ne pourront forcément pas gagner tous les deux.
La politique ne l'aura pas tellement changé de son travail au quotidien. « Mon rôle dans mon entreprise, c'est de régler des problèmes. La politique, c'est exactement ça. On prend un problème après l'autre et on trouve des solutions. Je suis un gars de défi. »
En matière d'inspiration, David Price cite Jean Charest. « J'ai changé de parti pour le suivre. Je l'ai toujours vu comme quelqu'un de straight, d'honnête. »
Il a aussi changé d'arrondissement, lui qui est né dans l'est de Sherbrooke, où sa famille était établie depuis au moins quatre générations. En 1967, il a adopté Lennoxville. Malgré le temps qui passe, il n'a jamais cessé d'être inquiet pour le caractère unique de son arrondissement d'adoption. « J'ai toujours cette inquiétude derrière la tête. On comprend que c'est un petit arrondissement, avec très peu de voix. Mais le statut bilingue est un avantage pour attirer des entreprises. »
Se qualifiant comme un élu low profile, David Price n'a pas de grandes déceptions politiques, sauf peut-être l'enfouissement des fils électriques à Lennoxville, qui n'a pas été réalisé. « Quand je suis arrivé, c'était trop tard. Les fonds étaient engagés ailleurs. Maintenant, ce sera impossible de le faire pour longtemps. »
À l'opposé, sa fierté réside dans le village étudiant. « La Ville de Sherbrooke n'a jamais compris, mais nous savions que ça fonctionnerait. »
Sinon, il sera heureux de voir la 410 aboutir, un projet évoqué depuis plus de 40 ans selon lui.
La politique a-t-elle changé à travers le temps? « Avant, les décisions se prenaient et les choses se faisaient rapidement. Il n'y avait pas toutes ces étapes. Et les conseillers allaient sur les chantiers voir comment ça se passait. Aujourd'hui, ils n'ont plus le droit. »
M. Price n'a pas encore pris le temps de réaliser que sa carrière politique arrive à sa fin. Mais il y aura certainement de la nostalgie quand ses collègues proposeront la levée de l'assemblée lundi. « Lennoxville fait partie de moi. »
Il trouvera maintenant plus de temps pour se consacrer à son passe-temps, le tournage sur bois, et demeurera engagé dans la communauté.