Le sergent Benoit Huard

« Dans quel enfer j'étais! »

Benoit Huard ne regrette pas sa mission et repartirait demain matin s'il le fallait. Mais... « Quand je repense à ma mission, je me dis : ouf, dans quel enfer j'étais! »
Le major Étienne Marcoux  a eu la chance de rencontrer sa future épouse Alexandra dès son retour d'Afghanistan.
Peu de moments de congé, peu de sommeil, stress intense et fréquent : le rythme était souvent presque infernal pour les militaires canadiens qui ont passé entre six mois et un an dans ce pays asiatique.
Au retour, le choc. Un arrêt brutal, comme si un train en marche fonçait directement dans un mur.
« Ça prend un temps pour ralentir. À la fin de la mission, nous avons des vacances obligatoires avant de rentrer à la maison et ça m'a fait du bien. Je pense que j'ai bien réussi à gérer mon retour », souligne le sergent Benoit Huard, qui avait à l'époque trois enfants et qui a maintenant quatre filles de 15, 14, 8 et 4 ans.
Choc post-traumatique
D'autres ont eu moins de chance, comme c'est le cas du major retraité Marc Dauphin qui, lui, n'a pu éviter le mur et les effets secondaires du choc post-traumatique.
« Un militaire que je connais a reçu une balle dans la tête pendant un affrontement, il a survécu sans trop de séquelles... et il est revenu de la guerre sans choc post-traumatique, il va très bien aujourd'hui. On ne peut pas toujours prévoir comment vont se passer la mission et le retour à la maison », mentionne celui qui a eu la chance d'être bien entouré à son retour - et encore aujourd'hui.
Étienne Marcoux a eu la chance de vivre une histoire d'amour dès son retour d'Afghanistan avec une amie que lui avait présentée un de ses camarades quelques mois auparavant.
« À mon retour, j'avais plusieurs semaines de vacances et j'ai rencontré Alexandra. J'avais du temps pour nous organiser plein de petits week-ends. On s'est mariés en 2013, on vient d'avoir notre deuxième enfant... J'ai été chanceux. L'Afghanistan a définitivement été une expérience positive pour moi », mentionne le major qui travaille pour les Forces armées canadiennes à Yellowknife maintenant.
Vincent Morin a également gardé quelques traces afghanes enfouies au plus profond de lui-même.
« Je n'aime pas les grosses foules. On garde aussi une hypervigilance, c'est certain. Mais je dors bien la nuit », souligne celui qui est retourné faire de la formation aux militaires afghans à Kaboul en 2013.
« Ça coûte cher d'aller à la guerre. On y laisse tous un petit quelque chose... », résume Marc Dauphin.
À un pas de la mort
« Chaque fois que tu mets un pied à terre, tu penses au danger. Chaque fois. Et comme sergent responsable d'une équipe, tu ne t'inquiètes pas seulement pour ton propre pied, mais pour dix pieds », lance Benoit Huard.
Le sergent Huard a vécu toute sa mission sur un poste avancé, bien loin de la base relativement sécuritaire de Kandahar Air Field (KAF). Son pain quotidien? Patrouiller dans les villages afghans pour y assurer la sécurité. Sur cette terre hostile où une partie de la population en voulait à la vie de ces étrangers pourtant venus apporter la paix et la sécurité, le danger se cachait à chaque pas : une bombe artisanale pouvait être planquée n'importe où, n'importe quand.
« Une fois, j'ai aperçu quelque chose et j'ai crié à un de mes gars d'arrêter d'avancer tout de suite. Un pas de plus, et il était parti ce jeune-là. Aujourd'hui, il est père de deux enfants », se souvient le sergent Huard.
Premier convoi sur les routes afghanes, premier « contact » avec l'ennemi : l'adjudant-maître Vincent Morin n'aura pas attendu longtemps avant de faire la connaissance avec les balles afghanes. « Je me souviens très bien de comment on était prêts à y faire face. Tous mes soldats ont vraiment bien réagi », dit-il avec une fierté encore apparente, dix ans plus tard.
Le major Étienne Marcoux a obtenu un prolongement de sa mission en Afghanistan et est devenu le gestionnaire d'un projet de 65 M$ : l'installation d'un réseau informatique pour l'armée afghane dans la région de Kaboul.
« On allait vérifier les différents sites où les installations avaient été faites. J'ai été chanceux je dois avouer : je n'ai pas eu de problème pendant ma mission même si j'ai passé beaucoup de temps sur des routes non sécurisées », souligne celui qui a reçu une mention élogieuse de commandement, décernée afin de reconnaître les exploits ou activités qui dépassent les exigences des fonctions normales.
« C'est un cliché, mais c'est vrai. Là-bas, les gens vivent avec presque rien dans des huttes en terre, les enfants jouent avec presque rien, mais s'amusent quand même : ça, moi, je l'ai vu. Alors quand les gens bougonnent parce que la file est longue à l'épicerie ou à cause de "l'enfer du trafic", moi je mets les choses en perspective », souligne le militaire de 38 ans qui vient tout juste de voir naître son deuxième garçon.