« Je n’accepte pas la logique de devoir payer pour faire de la culture biologique alors que ceux qui endommagent les sols le font gratuitement. Déjà, c’est beaucoup plus coûteux d’utiliser des engrais biologiques. » - Donald Laplante

Cultures biologiques : le producteur payeur

Bien qu’il soit d’une méticuleuse attention pour rendre sa production de bleuets aussi biologique que possible, le propriétaire des Jardins Nicavi, Donald Laplante, refuse d’entamer des démarches de certification biologique.

« Je n’accepte pas la logique de devoir payer pour faire de la culture biologique alors que ceux qui endommagent les sols le font gratuitement. Déjà, c’est beaucoup plus coûteux d’utiliser des engrais biologiques », s’exaspère-t-il.

C’est aussi l’avis de l’agronome Maxime Laplante, également président de l’Union paysanne (UP), un organisme qui a pour but de regrouper en une force collective organisée et représentative ceux qui sont en faveur d’une agriculture paysanne et de la souveraineté alimentaire. 

« C’est une demande formelle de l’Union paysanne que les frais de certification biologique soient remboursés par le gouvernement, note Maxime Laplante. On n’accepte pas que les producteurs biologiques doivent payer un permis. »

Lui-même en processus de certification biologique pour sa culture de céréales, Maxime Laplante doit débourser 400 $ pour l’année de précertification. « Je ne suis pas d’accord avec la logique, mais à quoi bon faire les dépenses biologiques si je n’ai pas le revenu?, s’indigne-t-il. En ce moment, je débourse de l’argent sans avoir encore ma certification. L’an prochain, ça devrait me coûter quelque part entre 1000 $ et 1400 $. »

Il atteindra sa certification en 15 mois, mais s’il avait utilisé des pesticides et des engrais sur sa terre dans le passé, trois ans auraient dû s’écouler avant la remise de son certificat.

« C’est sans compter la perte de 25 pieds de chaque côté de ton terrain quand ton voisin utilise des pesticides. Par-dessus le marché, si tu loues de la machinerie agricole, il faut payer pour le nettoyage avant de l’utiliser. Tous ces frais pour ne pas se faire contaminer par les utilisateurs de pesticides. » 

Maxime Laplante a d’ailleurs récemment rencontré le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, Laurent Lessard, pour lui faire part de cette demande. 

« Ce n’est pas calculé scientifiquement, mais selon mes estimations, le remboursement des frais de certification, selon le nombre de producteurs biologiques actuel, coûterait environ 2 millions $ au gouvernement », lance le président de l’UP. 

Peu cher payé, selon lui, si on compare ce nombre aux 15 millions $ que la Politique bioalimentaire 2018-2025 du MAPAQ vise à investir en production agricole, en production aquacole, dans les pêcheries et en transformation alimentaire. 

Même s’il croit qu’une ouverture pour le biologique se laisse sentir, l’agronome estime que cette politique manque nettement d’ambition pour le secteur de l’agriculture biologique. « Elle veut doubler la superficie en production biologique d’ici 2025. Si on double la proportion de producteurs qui sont biologiques au Québec, on n’arrive qu’à 7 %. Toute la planète va virer au biologique et on va être les petits derniers? Il me semble plutôt que cette politique serait une belle occasion de rembourser les frais de certification biologique aux producteurs et de les encourager à passer au bio. » 

Au Québec, la certification biologique peut s’obtenir par le biais de six organismes privés accrédités à cet effet. Chacune de ces entités détermine sa propre grille tarifaire pour les inspections annuelles et le travail administratif menant à l’émission du certificat. Certains, comme Québec Vrai, ajusteront les frais en fonction de la valeur des ventes d’un producteur agricole, tandis que du côté d’Ecocert Canada, on s’ajuste plutôt à la superficie du terrain cultivé. 

Donald Laplante planifiait depuis longtemps sa retraite. Dès l’an prochain, 
il ouvrira à l’autocueillette sa bleuetière et son jardin, qui sont situés à Rock Forest.

Retraite et retour à la terre sont les plans de Donald Laplante

Donald Laplante a toujours rêvé « du grand espace » et d’un retour à la terre. Cette année, son projet de retraite se concrétise réellement, puisque la bleuetière qu’il chouchoute depuis 3 ans porte fruit pour la première fois. 

« Quand je travaillais chez Fontaine, on m’a offert plusieurs cours de préparation à la retraite. On comprend vite qu’une retraite, ça se prépare », partage celui qui porte un nom quasi-prédestiné. 

Même s’il n’est retraité que depuis 2016, il a acheté sa terre de Rock Forest en 2000, pour tranquillement y construire une grange et la maison qu’il habite aujourd’hui. 

Démarrer une bleuetière n’est pas aussi simple qu’il le paraît, cependant. Heureusement, des agronomes de la MAPAQ l’ont assisté quand est venu le temps de préparer la terre et de mette en place un système de drainage efficace. « Et il faut que ce soit beau, aussi! C’est très important pour moi », avance le jovial M. Laplante.

« Vous pensez que je ne vais pas continuer, hein? avoue-t-il avoir lancé à ceux venus le guider à l’époque. Vous allez voir, je suis un persévérant. »  

Désireux de gagner son pari, il a ensuite assouvit sa curiosité grâce à des études en production horticole, qu’il a terminées au moins de juin au Centre de formation professionnelle de Coaticook (CRIFA). « Le Donald d’il y a un an n’est vraiment plus celui d’aujourd’hui », s’étonne-t-il, rempli d’éloges sur l’expertise et la dévotion des quatre professeurs du programme.

La passion ne lui manque pas à lui non plus : il concocte lui-même ses engrais naturels à l’aide de gazon, de trèfles et d’orties. 

Pas d’insecticides non plus, note-t-il, soucieux de son environnement. « Je ne suis pas un expert, mais ce que j’ai compris, c’est que l’insecte attaque ce qui est faible, vieux ou malade. Si ton plan est en santé, il n’y aura pas de problème. »

Pour les maintenir en santé, explique-t-il, il faut surtout s’assurer qu’ils soient bien arrosés, sans qu’ils demeurent dans l’eau, et qu’ils soient nourris de bonnes doses d’azote, élément que contiennent en grande quantité ses engrais verts. « Je les fait analyser pour connaître leur composition, et ensuite je décide de ce que je donne à mes plants, en quelle quantité et à quel moment », raconte-t-il. 

L’an prochain, sa bleuetière d’environ 550 plants, importante part de son entreprise les Jardins Nicavi, sera ouverte à l’autocueillette. Il prévoit aussi permettre la cueillette de fèves et d’ail, ainsi que d’autres fruits et légumes qu’il aura insérés dans son jardin. « Je déborde d’idées! » s’exclame-t-il.