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Le Magogois Samuel Bellefleur est responsable du démarrage du projet de la Ferme du Rigolet. Une exploitation agricole qui vise à diversifier l’économie du village nord-côtier de Tête-à-la-Baleine et à lui offrir un peu plus d’autonomie alimentaire. Sa conjointe, Frédérique Lévesque, est membre du CA de l’OBNL.
Le Magogois Samuel Bellefleur est responsable du démarrage du projet de la Ferme du Rigolet. Une exploitation agricole qui vise à diversifier l’économie du village nord-côtier de Tête-à-la-Baleine et à lui offrir un peu plus d’autonomie alimentaire. Sa conjointe, Frédérique Lévesque, est membre du CA de l’OBNL.

Cultiver les possibles pour l’autonomie alimentaire sur la Côte-Nord

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
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Sherbrooke — Vivre reclus, les Estriens Samuel Bellefleur et Frédérique Lévesque, qui habitent Tête-à-la-Baleine depuis octobre, commencent à bien s’y connaître. Et c’est d’ailleurs en se familiarisant avec la situation de ce petit village nord-côtier de près de 100 âmes, accessible uniquement en bateau ou en avion, qu’ils se sont lancés dans le démarrage d’un projet fort innovant : la Ferme du Rigolet, un organisme à but non lucratif qui veut allier autonomie alimentaire de la communauté et avancement des connaissances sur l’agriculture nordique.

Cultiver des légumes en serre et en champ, expérimenter sur la culture d’orpin rose et d’arbustes fruitiers et diversifier l’économie de la région : les idées sont nombreuses à occuper l’esprit du Magogois Samuel Bellefleur, qui est responsable du démarrage du projet. 

« On est à l’étape de chercher des terrains à louer, de remplir des demandes et de faire prendre forme au projet. Mais ce n’est pas mon projet, il faut que ce soit le projet du village et qu’il puisse continuer une fois que je serai parti. Je crois que ça fonctionne : on voit que ça intéresse déjà les gens », explique celui qui se consacre pour le moment à temps plein et bénévolement pour la Ferme du Rigolet, et qui a mis sur pied une campagne de sociofinancement pour lui donner son coup d’envoi. 

Mme Lévesque, sa conjointe, est pour sa part membre du CA provisoire de l’organisme en même temps de remplir un mandat pour la radio communautaire. 

C’est d’ailleurs en raison du contrat d’un an que Mme Lévesque que tous deux ont décidé de s’installer à Tête-à-la-Baleine pour un an. Mais c’est avant même d’y mettre les pieds que M. Bellefleur a vu s’aligner les étoiles pour enfin offrir un projet agricole à cette communauté. « J’ai entendu dire qu’on essayait depuis des années d’implanter un projet agricole, mais que ça ne marchait jamais. C’est toujours très lent démarrer des projets, ici. Il y a peu de ressources, tout est plus compliqué. J’ai dit “ go, je le fais, et je vais mettre le temps qu’il faut pour que ça marche ”. » 

Le territoire de Tête-à-la-Baleine, saturé de mornes et de forêts, est bien peu propice à l’agriculture traditionnelle. Mais M. Bellefleur est prêt à relever le défi. Sur cette image : une tourbière, quelques ilôts de forêt boréale et, au fond, des mornes de l’île du Petit Mécatina.

Le match était donc parfait pour celui qui détient une maîtrise en gestion intégrée de l’environnement, de la biodiversité et des territoires du Centre universitaire de formation en Environnement (CUFE), et qui collabore aujourd’hui avec le Centre d’expérimentation et de développement en forêt boréale (CEDFOB) de Baie-Comeau pour ce projet.  

Le centre avait fait germer l’idée de projets de recherche, notamment celui de la culture d’orpin rose, une plante indigène dont les racines peuvent être infusées, mais c’est en arrivant sur place que M. Bellefleur a surtout voulu mettre de l’avant le besoin de produire localement. 

« Il n’y a rien sauf de la pêche, ici. Pour moi, la partie autonomie alimentaire est vraiment la plus importante partie du projet, soutient-il. On veut pouvoir fournir les habitants en légumes et peut-être en fruits autant que c’est possible. Mais c’est certain que ce ne sera jamais tout, on va toujours devoir faire venir de la nourriture. »

Le village de Tête-à-la-Baleine compte environ 100 habitants. Aucune route ne le rejoint.

Nourris par les voies de l’eau et des airs

Aucune route ne rejoint le village de pêcheurs de Tête-à-la-Baleine. Résultat : les produits alimentaires arrivent au gré des bateaux. Sauf l’hiver. « À partir de janvier, le bateau ne peut plus se rendre. Alors l’épicerie fait tranquillement des réserves au congélateur, qu’elle va ressortir en hiver. Sinon, les fruits et légumes arrivent par avion », témoigne M. Bellefleur. 

Même qu’au moment où La Tribune lui téléphonait, le bateau n’avait pas pu passer depuis une semaine en raison de problèmes mécaniques. Un premier avion venait de déposer une partie de sa cargaison d’urgence. 

Le territoire de cette région, saturé de mornes et de forêts, est en effet bien peu propice à l’agriculture traditionnelle, mais M. Bellefleur est prêt à relever le défi. « En arrivant ici, j’ai vu que les gens avaient des petits potagers sur leurs terrains, et que c’était possible quand le terrain était préparé. On a trouvé un agronome, et on va pouvoir déterminer de quoi auront l’air nos cultures. Comme les terrains disponibles sont des espaces naturels, on devra aussi probablement demander des autorisations auprès de certains ministères. On espère que ce ne sera pas trop long. » 

La campagne de sociofinancement de la Ferme du Rigolet avait récolté plus de 3500 $ sur son objectif de 5000 $ au moment d’écrire ces lignes.