Dr Arezki Tagnit-Hamou

Croire par-dessus tout au développement durable

Lorsqu’il est arrivé à Sherbrooke au début des années 90, le développement durable n’était pas un concept très courant dans la recherche et le développement de nouveaux bétons. C’est pourtant un élément qui a motivé le Dr Arezki Tagnit-Hamou dans ses recherches à l’Université de Sherbrooke.

Le professeur de génie civil et directeur du groupe de recherche sur le béton et sur le ciment de l’Université de Sherbrooke assure aujourd’hui que ses travaux font grandement avancer les connaissances à travers le monde. 

« Historiquement, on a devancé la technologie en développant des bétons en avance sur leur temps. Très tôt, je me suis orienté dans le développement durable dans le milieu du béton. À l’époque quand je parlais de développement durable dans le monde du béton, c’était presque ésotérique. Le monde des matériaux n’était pas orienté vers le développement durable, mais depuis ce temps beaucoup de chemin a été fait », explique le professeur Tagnit-Hamou. 

Rapidement, il développe une expertise en microstructure et physico-chimie des ciments et des bétons, ainsi qu’une expertise en développement de nouveaux matériaux cimentaires avec une empreinte écologique la plus faible possible. 

C’est derrière cette philosophie que le chercheur s’est concentré à caractériser la CalSiFrit. Cette nouvelle manière de concevoir le béton, en substituant le ciment Portland par un ciment à base de brasque 100 pour cent recyclée, permet de diminuer grandement les émissions de gaz à effet de serre. 

« On ne doit plus se fermer les yeux. C’est la globalisation dans le marché, mais aussi dans les GES. Nous sommes tous concernés. Que nous habitions dans un quartier riche ou pauvre, l’air que l’on respire est de la même importance », lance-t-il. 

Après le développement du nouveau béton basé sur la CalSiFrit, la Société des alcools du Québec (SAQ) est entrée en contact avec le Dr Tagnit-Hamou afin de trouver une manière de valoriser le verre dans la conception de nouveaux matériaux. 

« Le verre, c’est de la silice. Si vous prenez du sable, vous pouvez en faire du verre. Mais le sable est cristallin et le verre est amorphe et désorganisé. Et c’est cette caractéristique qui permet de créer la colle du béton », explique le titulaire de la chaire SAQ sur la valorisation du verre dans les matériaux. 

Cette technique ne permet pas seulement de diminuer l’empreinte écologique, mais offre une qualité de béton qui aurait une bien plus grande durée de vie. 

Le nouveau béton à base de poudre de verre a commencé à être testé à Montréal en 2011 et la Ville a fait l’annonce au printemps dernier qu’elle allait utiliser ce béton dans huit projets de réfection de trottoirs sur son territoire, ce qui représenterait pas moins de 500 000 bouteilles de verres valorisées. 

Alors pourrions-nous un jour ne compter que sur du béton écoresponsable? Le Dr Tagnit-Hamou le croit, mais pas d’ici encore un bon nombre d’années, prévient-il. 

« Je ne crois pas que de mon vivant on pourra vivre dans sur une planète où uniquement le béton à base de verre sera utilisé partout. C’est un milieu très conservateur et il faut dire qu’il faut aussi passer par une phase de normalisation. Ça fait des années que le ciment Portland est répandu partout sur la planète. Mais chose certaine, les choses vont en s’améliorant », insiste-t-il. 

AU-DELÀ DU BÉTON

Pour le professeur Tagnit-Hamou, il est plus que temps de passer à l’action en matière de développement durable, et ce dans l’ensemble des recherches scientifiques. 

« Il faut vraiment que chaque industrie fasse du développement durable. On a dépassé le moment de seulement en parler, il faut se mettre à appliquer l’ensemble des solutions possibles. Je pense que les technologies vertes existent, mais il faut maintenant les mettre en action », affirme-t-il. 

Cette conscience écologique, le professeur l’entretient depuis déjà très longtemps. Pour lui, il va de son devoir d’être en avance sur son temps afin de transmettre les nouvelles tendances à ses étudiants. 

Si c’est le monde du génie civil qui fait partie intégrante de son quotidien, ce n’était toutefois pas nécessairement la route qui lui semblait tracée depuis le tout début. 

« J’ai été amené en génie civil par rapport aux besoins inhérents dans ce domaine, mais autres que ce qui se faisait traditionnellement dans ce domaine. À l’origine j’ai un diplôme de génie chimique, et puisqu’il y a énormément de chimie dans le ciment, je me suis expertisé dans la microstructure des ciments », explique-t-il. 

Cette année, le professeur Tagnit-Hamou visitera de nombreux laboratoires à travers le monde afin d’aller à la rencontre d’autres chercheurs à l’international. 

REPÈRES : 

Il a complété son doctorat en Hongrie en génie civil. 

Il est arrivé à Sherbrooke en janvier 1990 afin d’y compléter un postdoctorat. 

Il a deux enfants, une fille et un garçon. 

Il se passionne aussi pour le travail du bois. 

La collaboration avec ses étudiants est ce qui le motive le plus.