La journaliste et autrice Marie-Ève Martel a discuté de journalisme avec les dizaines de citoyens venus assister à la rencontre mensuelle sherbrookoise de CreativeMornings, vendredi matin.

Crise des médias : aux citoyens de faire leur part

Crise médiatique, fake news, rôles des journalistes, neutralité des nouvelles, solutions au manque de financement : les questions, doutes et inquiétudes ont fusé des toutes parts lors de la conférence-discussion donnée par la journaliste et autrice Marie-Ève Martel au CreativeMornings mensuel de Sherbrooke. Une curiosité précieuse pour la conférencière, qui croit justement qu’une partie de la solution se trouve entre les mains des citoyens.

« Les journaux ont besoin du soutien de la communauté, parce que c’est pour elle qu’ils travaillent », soutient la journaliste du quotidien granbyen La Voix de l’Est.

Dans sa présentation, qui survolait plusieurs thèmes abordés dans son essai Extinction de voix : plaidoyer pour la sauvegarde de l’information régionale, publié l’année dernière, elle a rappelé que les journalistes ont pour mission de rendre digestes et claires des informations qui ne sont pas toujours intelligibles ou facilement accessibles. 

« Les médias sont là pour vous quand vous n’avez pas le temps d’aller au conseil de ville [...]. Parce que des citoyens qui ne sont pas bien informés, ce sont des citoyens qui ne peuvent pas toujours prendre les bonnes décisions », résume-t-elle.

Selon elle, ce rôle est d’autant plus important avec la montée des fausses nouvelles, mais aussi avec l’augmentation du volume d’informations qui circulent. Elle appuie ce propos d’une statistique : pour chaque journaliste, il y a six relationnistes dont le travail consiste à faire circuler de l’information au mieux orientée, au pire, manipulée. « Notre travail est de rectifier les faits, mais ce qu’on fait, les journalistes, se noie dans un océan de contenu », s’inquiète Marie-Ève Martel.

Son conseil pour arriver à faire la part des choses : « Vous deviendrez un meilleur consommateur de nouvelles si vous cherchez à aller plus loin et à varier vos sources ! »

Problème de fonds

Pour la journaliste, si les médias ont du mal à tirer leur épingle du jeu, c’est avant tout un problème de ressources. « Même si ça a l’air gratuit, une nouvelle, ça ne l’est pas ! » rappelle-t-elle, en évoquant notamment le temps consacré à la vérification de faits, à la recherche, aux entrevues et ainsi de suite.

Or, l’arrivée du Web a bousculé le modèle d’affaire des médias, où l’argent consacré au travail journalistique est principalement tiré de la vente d’espaces réservés aux annonces. En rendant les articles disponibles sur Internet, les journaux ont cru que les annonceurs suivraient puisque le public s’en trouvait élargi, mais ils ne savaient pas encore que les revenus publicitaires seraient plutôt « vampirisés par Facebook et Google », retrace la conférencière.

Selon elle, une partie de la solution réside dans l’aide financière provenant du gouvernement — du moment que l’indépendance des médias n’en soit pas affectée —, mais les citoyens aussi devraient se sentir concernés et faire leur part.

« Je pense que l’information est un bien public et qu’elle mérite d’être soutenue par tout le monde dans la société », insiste-t-elle.

Pourtant, à l’heure actuelle, moins d’un Canadien sur neuf paierait pour ses nouvelles, une tendance qui ne devrait pas s’améliorer de si tôt puisque les lecteurs ont développé l’habitude d’avoir un accès gratuit à la majorité des plateformes de nouvelles.

L’autrice et journaliste aura d’ailleurs l’occasion de plaider sa cause auprès du gouvernement, l’automne prochain, lors de la commission parlementaire chargée d’étudier la crise des médias d’information.