Très proche de sa grand-mère Yvette Morin, Megan Morin-Gendron dénonce la sévérité des règles entourant les visites de gens en fin de vie imminente. Des règles « incohérente avec le déconfinement actuel au Québec » qui l’ont empêchée d’être au chevet de sa grand-mère au moment de sa mort.
Très proche de sa grand-mère Yvette Morin, Megan Morin-Gendron dénonce la sévérité des règles entourant les visites de gens en fin de vie imminente. Des règles « incohérente avec le déconfinement actuel au Québec » qui l’ont empêchée d’être au chevet de sa grand-mère au moment de sa mort.

Cri du cœur pour assouplir les règles touchant les gens en fin de vie

Dans un contexte où les jeunes du primaire vont à l’école, les centres commerciaux sont ouverts, l’ouverture des piscines publiques est planifiée, les marches de milliers de personnes en hommage à George Floyd sont permises, Megan Morin-Gendron dénonce la rigidité des règles entourant les visites des personnes en fin de vie dans les CHSLD. Une rigidité incohérente et incompréhensible, souligne-t-elle.

La jeune femme de 21 ans déplorait, en entrevue lundi, que sa famille doive faire un choix à savoir qui aurait le privilège de dire adieux à sa grand-mère qui habite en CHSLD. Comme dans tous les CHSLD, il est permis d’accueillir un ou deux visiteurs à la fois, pour un maximum de 3 personnes par période de 24 heures.

« Ma grand-mère est en fin de vie. Elle n’a pas mangé ni bu depuis dix jours. C’est une question de jours ou peut-être d’heures », expliquait la petite-fille de Yvette Morin, Megan.

Entre le moment de l’entrevue et l’écriture de ses lignes, Yvette Morin est décédée. Tôt mardi matin, elle rendait son dernier souffle en présence de sa fille et sa petite-fille. Mais en l’absence de son époux des 57 dernières années.

Au cours des derniers jours de vie de Mme Morin, pour respecter les règles, uniquement le mari de Mme Morin, sa fille unique et sa petite-fille Megan se sont relayés au chevet de la résidente du CHSLD de Farnham.

« Elle a aussi huit frères et sœurs et de nombreux neveux et nièces dont elle était très proche qui auraient souhaité lui rendre une dernière visite. Mais mon grand-père, ma mère et moi ne voulions pas prendre le risque de ne pas être à ses côtés lors de son grand départ. Et si on permettait à un autre visiteur de venir la voir, un de nous devait attendre 24 heures avant de retourner la voir », explique Megan.

La jeune femme est consciente que plusieurs aînés sont morts sans pouvoir dire adieux de vive-voix à leurs proches pendant la pandémie. Et elle s’en scandalise qualifiant la situation d’impardonnable.

Maintenant que le Québec se déconfinne graduellement, elle implore les responsables de la santé publique d’être plus permissifs sur les visites des gens en fin de vie imminente.

« Je lance un cri du cœur pour que des changements soient apportés pour nous aider à vivre ces moments déchirants et si difficiles. Étant moi-même immunosupprimée, je suis la première à prendre toutes les précautions qui vaillent. Toutefois, je déplore l’incohérence du déconfinement versus les lois appliquées pour nos ainés en fin de vie. Je déplore avec tous les mots possibles et je demande à la santé publique avec le peu de force que j’ai de revoir ses règlements », a écrit Megan dans une lettre ouverte adressée à M. Legault et M. Arruda.

Le CIUSSS de l’Estrie répond

« Il faut savoir avant tout que ces directives sont des orientations nationales. Ce n'est donc pas le CIUSSS de l'Estrie - CHUS qui fixe ces règles; nous appliquons les directives ministérielles », explique Félix Massé, conseiller en communication au CIUSSS de l’Estrie CHUS.

Megan en est consciente. « C’est important de ne pas viser les employés du CHSLD, puisqu’ils ne font que respecter les règlements. De plus, lundi soir, l’équipe s’est acharnée pour chercher des options dans les règlements reçus et ont même fait des appels pour essayer de nous accorder le droit d’être 3 dans la pièce... mais en vain », souligne-t-elle.

Le CIUSSS de l’Estrie CHUS se dit sensible à ces situations où les familles des personnes en fin de vie doivent conjuguer avec les défis que pose la pandémie. « Il faut savoir que ces règles visent à protéger les milieux de vie d'éventuelles éclosion », rappelle le conseiller en communication.

« Ma grand-mère est une femme si extraordinaire, elle représente mon enfance, l’amour inconditionnel, des souvenirs si puissants. Et si elle part pendant mon absence, je ne pourrais me le pardonner », écrivait Megan dans sa lettre ouverte.

Avec sa mère, la jeune femme a eu le privilège d’accompagner sa grand-mère jusqu’à la fin. Mais elle aurait aimé partager ce moment avec son grand-père, conjoint de toujours d’Yvette Morin.