L’hôtel de ville de Windsor, à l’instar de la plupart des hôtels de ville au Québec, sinon tous, a été fermé au public jusqu’au 27 mars. Les assemblées de conseil vont se tenir à huis clos et les employés vont répondre aux citoyens par téléphone ou par courriel.
L’hôtel de ville de Windsor, à l’instar de la plupart des hôtels de ville au Québec, sinon tous, a été fermé au public jusqu’au 27 mars. Les assemblées de conseil vont se tenir à huis clos et les employés vont répondre aux citoyens par téléphone ou par courriel.

COVID-19 et municipalités: gestionnaires et élus rament à bon rythme

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
La Tribune
Le quotidien des administrations municipales a bien changé depuis une semaine. Entre les mesures décrétées de jour en jour par le gouvernement pour tenter de freiner la propagation de la COVID-19 et leur déploiement sur le terrain, il y a des gestionnaires et des élus qui rament à bon rythme.

« Pour moi la crise du coronavirus se joue sur deux tableaux : la protection de mes collègues et la protection de nos citoyens », témoigne d’emblée Anne Turcotte, directrice générale d’une petite municipalité estrienne.

La semaine dernière, coup sur coup elle a appris qu’avec les mesures d’isolement volontaire qui suivent le retour de voyage, ses deux collègues gestionnaires se sont retrouvés en quarantaine pour 14 jours, puis deux autres employés (sur un total de 14) qui ont des enfants ont dû prendre des mesures de conciliation travail-famille pour s’adapter aux écoles fermées. 

Après cela, il a fallu gérer l’interdiction de tenir des rassemblements publics puis la fermeture des bâtiments municipaux au public pour protéger l’équipe municipale et les citoyens. 

« On informe donc nos gens via notre site web et les médias sociaux sur le report de toutes nos activités municipales, culturelles et de loisir et nous fermons l’accès à l’hôtel de ville, au plus fort des paiements de taxes qui viennent à échéance le 20 mars », relate Mme Turcotte, « tout en sortant l’artillerie lourde pour faire en sorte de garder notre environnement de travail sain et salubre ».

Au moins, témoigne Anne Turcotte, les Municipalités ont appris lundi que le ministère des Affaires municipales les autorisait à tenir les séances du conseil à huis clos, tandis que les élus en isolement volontaire pourront voter par téléphone ou par visioconférence. « C’est une grosse affaire pour les Municipalités. J’ai poussé un soupir de soulagement. »

Malgré la nécessité de rester en veille et de réagir au quart de tour aux nouvelles directives, Anne Turcotte ne doute pas que les administrations municipales sauront traverser cette crise. Les nouvelles technologies, entre autres, leur sont d’un grand soutien pour communiquer et travailler à distance. 

« Tous les mardis matin, j’ai une réunion de coordination de mon équipe et cette semaine, on avait quatre employés sur cellulaires et on a fait notre réunion pareil », amène-t-elle en exemple.

Même constat à Windsor où la mairesse Sylvie Bureau s’est mise elle-même en isolement volontaire puisqu’elle est rentrée d’un voyage aux États-Unis lundi.

« On n’a pas le choix, dit-elle. Les directives gouvernementales ne sont pas là pour le fun, elles sont là pour être respectées. Je pense que c’est important. Si on ne veut pas que ça se propage, c’est à peu près la seule solution qu’on a, de tout bloquer. »

Avec le printemps qui est à nos portes, plusieurs petites municipalités auront bientôt un autre casse-tête à gérer, celui de l’interdiction d’ouvrir des centres d’hébergement en cas d’inondation.

« J’ai prévenu mon maire et il faut que je prépare une communication là-dessus cette semaine, annonce Anne Turcotte. Il faut dire à nos citoyens de faire le maximum pour avoir ce qu’il faut pour faire face à ce scénario. (…) Je ne sais pas comment ça va aller, mais je pense que ça va être chacun pour soi malheureusement pour cette fois-ci. »

+ LES CITOYENS COLLABORENT

Depuis dimanche, l’une après l’autre, municipalités, villes et MRC annoncent la fermeture de l’hôtel de ville, de la salle communautaire, de la bibliothèque. Fini les pratiques de hockey, les soupers-bénéfices et l’heure du conte du samedi matin. Les employés continueront de répondre aux citoyens, mais par téléphone ou par courriel. 

« C’est certain que ce sont des directives sévères, mais si on ne fait rien, ça va se propager. C’est quand même une pandémie ce qui arrive », lance la mairesse de Windsor, Sylvie Bureau, en constatant qu’autant les employés que les citoyens coopèrent bien.

« Quand on a annoncé la fermeture de l’hôtel de ville lundi, il y avait un citoyen dans le portique, renchérit la directrice générale Anne Turcotte. ‘‘Pas de problème’’, m’a-t-il dit, ‘‘je vais téléphoner’’. On sent que les gens sont conscients de la situation. Ils comprennent et ils vont respecter la quarantaine s’ils reviennent de voyage par exemple. »

Dans cette municipalité, la FADOQ a d’emblée annulé ses activités. La fermeture de la bibliothèque avait été discutée avant que les directives tombent. Même chose pour les loisirs municipaux. « Tout le monde a pris conscience de la situation, surtout qu’on a une belle gestion de crise au Québec, souligne Anne Turcotte. On sent un vent favorable à toutes les décisions qu’on prend. »

+ DIRE ADIEU À UNE PROCHE EN TEMPS DE CRISE

En plus de gérer une municipalité en temps de crise sanitaire, Anne Turcotte doit composer avec le deuil de sa grand-mère, décédée samedi dans un CHSLD en Abitibi où elle résidait depuis plusieurs années. 

Atteinte de la maladie d’Alzheimer, la dame a pu avoir deux de ses enfants à son chevet pour son décès, explique Anne Turcotte, alors que le décret du gouvernement sur la fermeture des CHSLD aux visiteurs venait tout juste de tomber. 

« Ils ont attendu mes parents dans l’entrée du CHSLD avant de fermer les portes et de bloquer l’accès aux visiteurs », relate avec reconnaissance Mme Turcotte. 

Les funérailles seront également frappées de mesures particulières puisqu’il n’y aura pas de messe à l’église et que les familles ne pourront se recueillir qu’une à la fois auprès de la défunte. 

« C’est très particulier ce qui arrive, mais les gens dans tout ça ont trouvé des solutions pour s’adapter et rendre les mesures humaines pour pouvoir accompagner nos gens dans leurs dernières heures, tout en étant conscient qu’on ne veut pas mettre la vie des autres en danger. » 

DES BUREAUX MUNICIPAUX FERMÉS

À l’instar de plusieurs autres municipalités et MRC, la MRC des Sources ferme ses bureaux au public pour une durée indéterminée.

Cependant, les services sont toujours accessibles pour la population et pour les entreprises. 

« Nous assurons une veille continue sur la situation et nous sommes en lien étroit avec la Direction de la santé publique du CIUSSS de l’Estrie et l’Institut national de la santé publique afin de prendre les mesures nécessaires pour minimiser les impacts de cette situation sur nos employés et sur la population », assure dans un communiqué de presse Hugues Grimard, préfet de la MRC des Sources et maire d’Asbestos.

La MRC des Sources ferme également le Parc régional du Mont-Ham pour une durée indéterminée, tout comme la SADC des Sources. La SADC pourra cependant être jointe par téléphone. 

À Frontenac

La Municipalité de Frontenac a fait de même lundi avec la fermeture de son bureau municipal, de même que ses salles municipales et sa bibliothèque La Reliure.

Toutes les activités prévues sont ainsi annulées. L’équipe municipale demeure accessible par téléphone ou par courriel. Le paiement des taxes peut s’effectuer par chèque envoyé par la poste, ou déposé dans la boîte extérieure de courrier de la municipalité, ou encore par voie électronique.