Le professeur Abdelouahab Mekki Berrada prévoit que le consommateur commencera à intégrer l’achat en ligne dans ses habitudes quotidiennes.
Le professeur Abdelouahab Mekki Berrada prévoit que le consommateur commencera à intégrer l’achat en ligne dans ses habitudes quotidiennes.

Covid-19 : vers un changement d’habitudes?

Tommy Brochu
Tommy Brochu
La Tribune
Les habitudes de consommation des Québécois pourraient changer si le coronavirus Covid-19 frappait la Belle Province, croit le professeur de marketing de l’Université de Sherbrooke Abdelouahab Mekki Berrada. Selon lui, en cherchant à éviter les lieux publics, les citoyens seraient plus enclins à magasiner leurs produits de base en ligne et garderaient cette habitude après la crise.

« Ce que nous montrent les études, c’est qu’on va se jeter sur l’épicerie en ligne, assure le spécialiste du commerce électronique. Il sera intéressant de constater les chiffres au cours des prochaines semaines. Par exemple, on voit du désinfectant au quotidien. Pour ce produit, le consommateur a été prêt à changer son comportement. Si j’ai été satisfait [à l’acheter en ligne], pourquoi ne le refais-je pas demain? Les gens vont changer tout doucement leur façon d’acheter. » 

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Le Pr Mekki Berrada pense que cette transition se fera lorsque tout rassemblement de personnes sera à éviter. « En Europe et en Asie, c’est la panique totale. Il y a des rayons de magasins qui sont complètement vides, car les gens s’approvisionnent. Ça crée des conditions favorables pour le commerce en ligne », analyse-t-il.

Abdelouahab Mekki Berrada prévoit que le consommateur commencera à intégrer l’achat en ligne dans ses habitudes quotidiennes. « On voit, durant le temps des fêtes, une montée exponentielle du commerce en ligne qui est naturelle. Juste cette année, ce type de commerce avait gagné entre trois et cinq points par rapport à l’an dernier. En général, cette dynamique d’achat en ligne chute à partir du mois de janvier. On revient à des chiffres assez standards. Cette année, c’est l’inverse. On est encore sur la même vague en termes d’achat en ligne », décrit-il.

« C’est une aubaine pour le commerce en ligne, enchaîne-t-il. Si des gens ont toujours été réticents, si ça devient vital, il ne peut pas sortir de chez lui et doit quand même faire son épicerie. »

Pour lui, cette crise n’a rien à voir avec celle de la grippe A (H1N1) qui avait frappé en 2009. « Ce n’est pas la même chose. Le commerce en ligne ne connaissait pas les jours qu’il connaît aujourd’hui. Les achats en ligne commençaient à peine », résume-t-il.

Produits à risque?

Pour le microbiologiste et professeur à l’Université de Sherbrooke Alex Carignan, le risque de consommer des produits chinois ou italiens, même si ces pays sont plus durement touchés par la vague de coronavirus, est minime. 

« Le risque est minime. Il y a des conditions très froides dans les cargos. Maintenant, il ne faut pas stigmatiser la Chine, car ça semble beaucoup plus sous contrôle. Dans des conditions où il y a des variations de température et d’humidité, la durée de vie du virus est de quelques heures », explique celui qui est également chercheur à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke et médecin au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Pour les aliments comme les fruits et légumes, le Pr Carignan conseille de les laver comme à l’habitude. « C’est pour éviter les éclosions de gastroentérite et de E-Coli, entre autres. Ce sont parfois des légumes qui ont été irrigués avec du purin ou des eaux contaminées, donc on a avantage à laver nos aliments. Mais c’est complètement en dehors du coronavirus. Je ne dis pas qu’il n’y en a pas, mais la raison principale de laver nos fruits et légumes, ce n’est pas pour le coronavirus. Ce n’est pas impossible que le virus survive sur des aliments manipulés par quelqu’un infecté, mais c’est mineur comme mode de transmission. »