Daniel Rouillard, enseignant à l'école secondaire du Triolet et co-porte-parole de la Coalition pour la défense du cours Monde contemporain, déplore que le ministre Sébastien Proulx ait écourté la durée de consultation concernant l'implantation du cours d'éducation financière.

Cours d'éducation financière : la durée réduite de la consultation dénoncée

Le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, publiait la semaine dernière dans la Gazette officielle son projet de règlement pour modifier le régime pédagogique afin d'implanter le cours d'éducation financière pour la rentrée automnale, amputant ainsi le cours Monde contemporain. On y apprenait du même coup que la durée de consultation, qui est normalement de 45 jours, serait raccourcie à 20 jours. Une décision que la Coalition pour la défense du cours Monde contemporain dénonce avec véhémence.
Pour justifier que le ministre ait écourté la durée normale de consultation, le cabinet de M. Proulx, en entrevue avec La Presse, a invoqué le respect des conventions collectives des enseignants.
« Je ne sais pas si c'est légal, parce que si le ministre a à changer un délai de consultation ou à carrément ne pas en faire, il doit invoquer une urgence. Mais là, l'urgence qu'il invoque, c'est que les écoles n'auront pas le temps d'implanter le cours à temps. C'est comme s'il disait : il y a une urgence parce que je suis en retard! » fait valoir Daniel Rouillard, enseignant à l'école secondaire du Triolet et co-porte-parole de la Coalition pour la défense du cours Monde contemporain.
« Les maisons d'édition n'ont rien produit, les formations ne seront pas faites à temps... Les gens du milieu sont vraiment insultés. Et c'est eux qui vont devoir donner le cours. (...) Je n'ai pas assez de mots pour vous dire à quel point les enseignants sont en colère », ajoute-t-il.
Comme prévu, deux des quatre unités (50 heures sur 100) de Monde contemporain demeureront obligatoires, tandis que les deux autres deviendront optionnelles, afin de faire une place à l'éducation financière, qui comptera pour deux unités. Une réduction substantielle du cours Monde contemporain qui est loin de faire plaisir aux enseignants.
« Les gens pensent que les pédagogues sur le terrain sont contre l'éducation financière, et que le ministre est pour, mais ce n'est pas ça du tout, assure M. Rouillard. Il n'y a personne qui est contre l'éducation financière. Là où il y a quelque chose qui ne fonctionne pas, c'est qu'on a le sentiment de se faire enfoncer quelque chose de force dans la gorge. »
« Ce qu'on déplore, c'est qu'on fasse une place à quelque chose qui est nécessaire, l'éducation financière, mais en coupant quelque chose de tout aussi nécessaire, Monde contemporain. C'est aberrant. »
Selon Daniel Rouillard, le contenu du cours Monde contemporain est plus pertinent que jamais, d'où l'importance de le conserver dans son intégralité.
« Les jeunes abordent l'information par les réseaux sociaux, mais si on ne les initie jamais à la nouvelle internationale et à des clés de lecture, ils ne comprendront jamais l'actualité, affirme-t-il. C'est le seul cours qui permet ça. »
« Selon nous, les deux cours [Éducation financière et Monde contemporain] se complètent : il y en a un qui est proche de l'élève, où on lui parle de cartes de crédit, de la signature d'un bail, etc., tandis que l'autre est décentré de l'élève, mais aborde des préoccupations très importantes qui le concernent tout autant, comme le traité de l'ALENA, la mondialisation, ce qui se passe avec la Syrie, le réchauffement climatique, etc. Ce ne sont pas les préoccupations premières de l'élève, mais ce sont des enjeux auxquels il doit être sensibilisé. »