Le propriétaire de la boutique Le Coureur, Joël St-Louis.
Le propriétaire de la boutique Le Coureur, Joël St-Louis.

Courir solidairement au secours des personnes âgées [VIDÉO]

Isabelle Pion
Isabelle Pion
La Tribune
La pandémie force tout le monde à revoir ses habitudes, y compris les adeptes de la course à pied. À la boutique Le Coureur, la crise a permis de tisser tout un réseau de livraison solidaire auprès des personnes âgées.

La boutique de la rue King Ouest, qui poursuit la livraison de ses propres produits malgré la fermeture au public, est en voie de devenir un centre névralgique de livraison... d’épiceries.

Avant la crise, plusieurs coureurs pratiquaient la course partagée, c’est-à-dire qu’ils amenaient avec eux, lors de leur promenade, des personnes à mobilité réduite installées dans une sorte de poussette adaptée.

Les mesures de distanciation sociale ont toutefois mis un frein à cette activité. Pourquoi alors ne pas utiliser l’équipement pour faire l’épicerie de personnes âgées? s’est dit le propriétaire de la boutique Le Coureur, Joël St-Louis.

« On s’est dit qu’on commencerait avec la résidence VÜ. Les gens passent leurs commandes, on a une banque de coureurs. Hier (mardi), on a fait quatre livraisons », raconte-t-il.

« Notre rayon, c’est dans notre quartier. On va le développer à mesure au fil des jours. Ça diminue les délais de livraison, ça décharge les épiceries », commente M. St-Louis, qui rappelle qu’à certains endroits, la livraison pouvait s’étirer.

Pour le moment, trois épiceries sont prévues dans les trajets, mais les livreurs n’hésitent pas à faire des détours.

« Il y a une dame qui m’a dit : j’aime beaucoup le pain des Vraies richesses. Est-ce trop loin pour vous? » raconte celui qui lui a répondu par la négative. La dame en question a passé une bonne commande, que le « livreur » lui a amenée à bon port. M. St-Louis raconte qu’une autre dame lui a dit : « J’ai 94 ans, je ne mange pas beaucoup. Je devrais vous rappeler dans deux semaines! »

Les commandes sont payées à l’avance et des mesures d’hygiène ont été mises en place.

August Myers a participé à la première journée de livraison, mardi, à la résidence VÜ.

August Myers a participé à cette première journée de livraison, mardi. L’activité lui permet de se tenir en forme tout en rendant service, même s’il n’a pas vu les personnes qu’il a aidées pour des raisons de sécurité.

« Joël a toujours de bonnes idées pour aider la communauté, pas seulement la communauté de coureurs. Les journées passent un peu plus vite », raconte l’employé de la boutique de la rue King Ouest. « Deux km ici et là, mélangés à mon entraînement, ça fait une bonne journée. »

Après une seule journée de livraison, « ça roule tempête », note le propriétaire de la boutique. Celle-ci emploie 18 employés, dont une dizaine à temps plein.

La résidence VÜ regroupe 400 résidents; il s’agit presque d’un village en soi, image le directeur général Paul Leclerc. « Je me trouve très privilégié », dit-il au sujet de cette initiative, dont le maillon à la base est Mary-Lou Butterfied, qui coordonne des clubs de course au Coureur et dont la mère est réceptionniste à la résidence.

« Quand tout ça a débuté, ça a créé beaucoup de stress et d’anxiété chez les personnes âgées », note M. Leclerc. La résidence tente néanmoins de garder les aînés actifs malgré l’isolement. Une récréologue diffuse des vidéos à la télé, que les résidents peuvent voir en syntonisant un poste. L’équipe fait aussi la distribution de mots croisés.

Au final, il n’y a pas que les personnes âgées qui sont ravies de ce geste d’entraide. Les coureurs aussi.

« C’est réconfortant d’aider les gens. Quand la vie va vite, on ne trouve pas toujours le temps », commente Joël St-Louis.