Grandement préoccupée par la situation financière de Valoris, la Municipalité de Cookshire-Eaton a conduit un rapport d’analyse pour tenter d’évaluer la situation du côté du centre de tri qui est empêtré dans de lourdes dettes depuis sa création en 2008.

Cookshire-Eaton demande des comptes à Valoris

La mairesse de Cookshire-Eaton, Sylvie Lapointe, est inquiète et déçue de l’administration de Valoris. Non seulement le conseil d’administration a annulé à la toute dernière minute une rencontre prévue entre les deux parties, mais le rapport d’analyse des activités de Valoris effectué par la Municipalité n’inspire pas confiance aux élus de Cookshire-Eaton jusqu’à maintenant.

Après l’annonce de la hausse des tarifs d’enfouissement de 133 à 237 $ (78 %) la tonne en juillet dernier, la municipalité de Cookshire-Eaton a demandé une rencontre avec le président, le vice-président et le directeur général du centre de tri Valoris afin de prévoir son exercice budgétaire pour l’année 2020. Bien que leur demande ait été initialement acceptée, Valoris a remis la rencontre à la mi-octobre, et ce à une semaine d’avis. 

« Le refus de Valoris de nous rencontrer est très décevant, nous avons plusieurs questions sur leur plan d’affaires et leur plan de redressement et nous voulons des réponses, dit Sylvie Lapointe. Les hausses de tarifs de 78 % du tonnage nous ont engendré des dépenses additionnelles de 200 000 $ pour notre municipalité, donc nous voulons savoir à quoi nous attendre l’année prochaine avant de préparer notre budget pour 2020. »

« Leur refus de dernière minute nous désole, notre budget sera déjà complété au moment de la rencontre qu’ils nous offrent, poursuit la mairesse. Seul Robert Roy [NDLR Vice-président de Valoris et préfet de la MRC du Haut-Saint-François] a eu la décence de venir s’entretenir avec nous, mais nous n’avons pas eu de réponses concrètes à nos questions. Nous aurions aimé pouvoir parler avec M. Lussier en personne, même s’il n’avait pas de réponses à nous fournir. »

Le président de Valoris et maire de Sherbrooke, Steve Lussier, a réagi à la sortie publique de la municipalité par voie de communiqué. 

Tout en se montrant compréhensif de la situation de Cookshire-Eaton et des autres municipalités membres de Valoris, il n’a pas l’intention de donner des informations sur les orientations futures et sur le plan de redressement du centre de tri avant que les membres du conseil d’administration en prennent connaissance.

« Il est tout à fait normal qu’une municipalité veuille préparer l’année financière qui s’en vient de manière rigoureuse. C’est justement pour cette raison que nous voulons leur fournir la meilleure information possible. De plus, il serait irresponsable de notre part de s’avancer sur les différentes orientations de Valoris sans en parler aux membres du conseil d’administration d’abord », explique M. Lussier dans le communiqué de presse émis par le centre de tri

Sylvie Lapointe

Rapport d’analyse

Grandement préoccupée par la situation financière de Valoris, la Municipalité de Cookshire-Eaton a mandaté son directeur général pour évaluer la situation de la gestion des matières résiduelles et faire des projections pour les années à venir, alors que le centre de tri est empêtré dans de lourdes dettes depuis sa création en 2008. 

« Les raisons pour lesquelles on se penche sur la situation financière de Valoris sont nombreuses. Tout d’abord, on va devoir mettre en place une taxe spéciale pour Valoris, admet Sylvie Lapointe, et nos citoyens vont réagir fortement, avec raison, à l’imposition de cette taxe spéciale, donc nous voulons nous assurer que la situation va se redresser. »

« Est-ce que les tarifs vont augmenter encore pour payer la dette de 44 M$ ? Nous ne pouvons pas nous concentrer seulement sur le présent et l’avenir, il faut aussi cerner les erreurs qui ont été commises par le passé pour éviter de les refaire, conclut la mairesse. Nous constatons pour le moment que Valoris est un gouffre sans fond et que les municipalités en paient les conséquences, mais nous voulons des réponses à nos questions pour cibler de meilleures pratiques et trouver des solutions pour stabiliser les coûts de ce service. »

Weedon renchérit

La situation est semblable du côté de Weedon. Les autorités municipales souhaitent obtenir une rencontre avec les représentants de Valoris le plus tôt possible, mais leurs tentatives ont échoué jusqu’à maintenant. 

« On cherche nous aussi à obtenir une rencontre avec Valoris, le directeur général de la municipalité travaille là-dessus depuis quelque temps, affirme le maire Richard Tanguay. Comme nos efforts sont infructueux, on va passer par le préfet pour avoir des informations. On n’a pas le choix de vivre avec la hausse des tarifs à la tonne cette année, mais on veut des explications pour s’assurer que ce n’est pas un phénomène qui va se répéter d’année en année. »

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« Le CA doit être consulté d’abord »

Le préfet de la MRC du Haut-Saint-François et vice-président de Valoris, Robert Roy, a tenu à rencontrer les élus de Cookshire-Eaton pour entendre leurs craintes, sans toutefois pouvoir leur fournir d’informations, car le conseil d’administration du centre de tri n’a pas encore adopté ses orientations.

En entrevue avec La Tribune, Robert Roy a expliqué pourquoi les responsables du centre de tri ont dû annuler leur rencontre avec les représentants de Cookshire-Eaton au début du mois et pourquoi il a accepté de s’entretenir seul avec la mairesse Lapointe et son équipe, un geste qui a encouragé ces derniers.

« D’une part, je crois qu’il est très important de parler avec les représentants des municipalités et d’être présent pour tenter de résoudre leurs problèmes, c’est mon rôle en tant que préfet d’écouter et d’aider mes citoyens », accorde-t-il. 

« Je comprends la déception de la municipalité, mais nous ne sommes pas prêts à fournir ces informations pour la simple et bonne raison que les orientations de Valoris n’ont toujours pas été décidées et adoptées par le conseil d’administration. J’ai voulu les rencontrer malgré tout, car mon rôle est de défendre mes municipalités, mais je dois aussi respecter mon conseil d’administration. »

La prochaine réunion du conseil d’administration, qui fournira son lot de pistes de réponses, aura lieu le 22 août à 14 h 30 aux bureaux de Valoris. Un autre évènement d’importance aidera Valoris à déterminer ses objectifs, soit le dévoilement de la nouvelle Politique québécoise de gestion des matières résiduelles (PQGMR), signale M. Roy.

« Quand le gouvernement va donner ses nouvelles directives pour le PQGMR, on va être en mesure de savoir sur quoi concentrer nos efforts et comment arranger notre budget pour 2020. D’ici là, il est difficile d’établir nos directives budgétaires pour la prochaine année. »