Le premier ministre François Legault a déchiré son plan d'autoriser deux rassemblements durant la période de Noël. 
Le premier ministre François Legault a déchiré son plan d'autoriser deux rassemblements durant la période de Noël. 

Contrat de Noël annulé: rassemblements interdits en zones rouges [VIDÉO]

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Noël est annulé. Ou presque. Plutôt les rassemblements de personnes de résidences différentes habitant en zones rouges, soit l’immense majorité des Québécois. François Legault l’a annoncé jeudi, déchirant son plan de deux rassemblements en quatre jours proposé il y a deux semaines.

On revient aux règles prescrites selon le système de paliers d’alerte régional représentés par des couleurs. Zone rouge : pas de rassemblement permis entre personnes de résidences différentes, sauf les personnes seules qui peuvent recevoir une personne à la fois. Orange : maximum six personnes. Jaune : 10.

Le volet touchant la fermeture des écoles tient par contre toujours. À partir du 17 décembre et réouverture le 5 janvier pour le primaire et le 11, au secondaire. Les journées d’enseignement prévues se feront à distance.

«On est obligé de se rendre à l’évidence, ce n’est pas réaliste de penser qu’on va réussir à réduire la progression du virus de façon satisfaisante d’ici Noël», a déclaré le premier ministre Legault, lors de son habituel point de presse de 13 h dans une salle voisine du parlement de Québec.

M. Legault annulait du coup son «contrat moral» annoncé le 19 novembre. Où il donnait droit aux Québécois de se rassembler à deux reprises entre le 24 et le 27 décembre, à condition de se soumettre à un isolement volontaire d’une semaine avant et après.

«Si c’était à refaire, je n’ouvrirais pas la porte à deux jours de rassemblements à Noël», a-t-il reconnu jeudi, faisant son mea culpa. «Mais en même temps, à l’époque, quand on a pris cette décision-là, on pensait sincèrement que c’était possible que la situation s’améliore.»

Hausse de 210 hospitalisations par mois

Voici la situation : sommet de 1514 nouveaux cas en une journée annoncé mercredi, puis encore 1470 jeudi. Pour une moyenne de 1377 Québécois de plus chaque jour atteints de la COVID-19 depuis une semaine.

Trente morts se sont aussi ajoutés jeudi, pour une moyenne de 27 décès causés par le coronavirus par jour depuis une semaine.

Entre les deux, le nombre d’hospitalisations dues au SARS-CoV-2 est rendu à 737, grimpant au rythme de 210 par mois. On en comptait 97 au 2 septembre, 307 le 2 octobre, 526 le 2 novembre et maintenant 737 selon les données du 2 décembre.

Vrai que la première vague a été beaucoup plus fatale. Le nombre de morts par jour au Québec dépassait à un moment la centaine, au printemps. La situation s’est améliorée dans les centres de soins de longue durée pour personnes âgées.


« On est obligé de se rendre à l’évidence, ce n’est pas réaliste de penser qu’on va réussir à réduire la progression du virus de façon satisfaisante d’ici Noël. »
François Legault, premier ministre du Québec

Reste que le personnel du système de la santé est déjà au bout du rouleau, 6600 travailleurs de la santé manquent déjà à l’appel à cause de la COVID-19 ou par retrait préventif.

Le premier ministre ne voyait pas d’autre porte de sortie pour sauver cet équilibre de plus en plus fragile.

«C‘est une décision gouvernementale, a-t-il précisé. Ce n’est pas une demande de la santé publique. C’est nous, [mercredi] soir, qui avons pris cette décision, en se disant : “Il faut être réalistes, il faut protéger notre personnel [de la santé].”  Évidemment, étant donné que c’est une mesure qui est plus restrictive, la santé publique est quand même d’accord avec cette proposition-là.»

Mais le directeur national de santé publique et son équipe penchaient pour attendre de rendre une décision finale le 11 décembre, comme annoncé mardi. La patience du patron n’aura pas été aussi longue.

Confiance au sens des responsabilités

Quant au respect de ces nouvelles consignes, M. Legault dit faire «confiance au sens des responsabilités de la grande, grande majorité des Québécois. Il n’y a personne au Québec qui a le goût d’avoir dans sa tête pendant tout le reste de sa vie qu’il a infecté quelqu’un de sa famille, un de ses amis et puis avec les conséquences possibles aussi graves que cette personne pourrait mourir», indique-t-il, tout en ajoutant que discussions avec les corps policiers se poursuivent en vue d’une surveillance accrue aux Fêtes.

Le premier ministre souligne qu’avec l’explosion de cas à plusieurs endroits dans le monde, «on est au pire moment de la pandémie, le pire moment des neuf derniers mois».

«Quand on regarde entre autres tout ce qui se passe aux États-Unis, ce qu’on nous dit, c’est que les trois prochains mois vont être les pires de la pandémie. Donc, il faut quand même digérer ça. C’est une nouvelle évaluation de la situation qui est faite aux États-Unis, puis on n’est pas très loin des États-Unis. On ne peut pas penser qu’on est sur une planète différente», poursuit-il.

M. Legault se donne comme mission de continuer à «expliquer les dangers» du virus. «Mais quand je vois le nombre de morts dans le monde au cours des derniers jours, je ne comprends toujours pas comment certaines personnes peuvent penser que ce n’est pas dangereux.»

Des régions où c’est permis

Le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie, certains secteurs des Laurentides, de l’Outaouais et du Nord-du-Québec sont toujours en alerte élevée (zone orange), tandis que la Côte-Nord, les Îles-de-la-Madeleine et l’Abitibi demeurent pour l’instant en préalerte (jaune).

Le reste du Québec vivra en alerte maximale jusqu’au 11 janvier, au moins. Ce qui donne 103 jours, incluant le 11, depuis le début du premier «défi 28 jours» lancé par le premier ministre et le ministre de la Santé, le 1er octobre.

Ajoutons qu’à moins d’un déplacement essentiel, il est interdit de partir d’une zone rouge pour aller se rassembler dans une zone orange ou jaune, puisque les mesures appliquées en zone rouge suivent ses résidents partout.