Les commerçants sont déçus de voir leurs nombreuses initiatives de collecte de contenants consignés être rejetées par le gouvernement du Québec. La récupération  de canettes et de bouteilles vides devra reprendre de manière habituelle dès le 8 juin en région et le 22 juin sur l’île de Montréal.
Les commerçants sont déçus de voir leurs nombreuses initiatives de collecte de contenants consignés être rejetées par le gouvernement du Québec. La récupération  de canettes et de bouteilles vides devra reprendre de manière habituelle dès le 8 juin en région et le 22 juin sur l’île de Montréal.

Contenants consignés : détaillants d’alimentation dans l’incompréhension [PHOTOS]

Sabrina Lavoie
Sabrina Lavoie
La Tribune
Reprendre les contenants consignés en magasin en respectant les mesures de santé et de sécurité? La question se pose chez les détaillants d’alimentation à la suite de la fin de l’entente, qui n’aura duré que quelques semaines, leur demandant d’amasser les canettes et les bouteilles vides lors de grandes collectes extérieures ou encore sur des sites semi-permanents.
Les Estriens se sont débarrassés de leurs consignes, en fin de semaine.

Le 11 mai dernier, une entente était signée entre le gouvernement du Québec, RECYC-QUÉBEC, les détaillants, les dépanneurs et l’Association des brasseurs du Québec sur la reprise progressive des activités de consigne à l’extérieur des marchés d’alimentation.

Le contexte actuel de la COVID-19 a nécessité la mise en place de nouvelles initiatives afin de poursuivre la récupération des contenants consignés et ainsi répondre à la demande urgente des brasseurs. Or, le 28 mai, on annonçait la fin de cette entente obligeant les commerçants à reprendre les activités de consignation à l’intérieur à partir du 8 juin.

Installation de roulottes temporaires, déplacement de gobeuses à l’extérieur, organisation de grandes collectes au profit d’organismes locaux, mobilisation de plusieurs bénévoles : « les efforts sont là », soutient l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADAQ).

« Je ne comprends pas pourquoi on ne laisse pas le temps de préparer le terrain aux commerçants et de mettre en place d’autres activités de collectes extérieures avant de baisser les bras. [...] On va vraiment mettre en péril la gestion des opérations en magasin et la santé des employés parce qu’on doit ramasser plus de bouteilles brunes? » demande Stéphane Lacasse, directeur aux Affaires publiques et gouvernementales de l’ADAQ.

M.Lacasse explique que les brasseurs tels que Labatt, Molson et Sleeman ont besoin d’environ sept millions de bouteilles chaque semaine pour répondre à leur besoin quotidien. Avant la pandémie, c’est près de trois millions d’entre elles qui étaient collectées hebdomadairement dans les épiceries et les dépanneurs. 

« On s’attend de nous à ce que tout redevienne à la normale, mais tout est différent. On ne peut pas pallier le manque qui provient de la fermeture des bars et des restaurants. Il me semble que l’on pourrait investir dans la publicité et solliciter les Québécois davantage avant de dire que les collectes extérieures ne fonctionnent pas assez bien », précise M. Lacasse. 

Motifs d’espace et de salubrité

De son côté, le propriétaire du IGA Couture de Sherbrooke, René Couture, estime avoir fait sa part en collaborant avec le gouvernement et en respectant les nombreuses règles de salubrité ordonnées par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). Il précise toutefois que l’après-COVID-19 demande des changements d’organisation importants pour les détaillants du secteur de l’alimentation.

Il précise avoir aménagé des sites temporaires à l’extérieur, installé une remorque dans son stationnement de la rue King Est et avoir engagé des employés pour s’occuper de la consigne sur ces emplacements semi-permanents. Il est d’avis qu’il est impossible pour le moment de reprendre la consigne à l’intérieur tout en respectant les mesures de santé et de sécurité.

« On nous a fait croire que l’on pouvait s’installer comme ça jusqu’en octobre. J’ai dépensé des milliers de dollars, raconte M. Couture. Ce qui est important c’est de reprendre la consigne et de rembourser les consommateurs. Je ne vois pas l’urgence de rentrer les déchets à l’intérieur alors que l’on s’efforce à tout garder propre. »

« De plus, la consigne occupe beaucoup de pieds carrés dans nos supermarchés. De mon côté, l’emplacement intérieur qui était consacré aux contenants consignés avant la pandémie sert maintenant au montage des commandes téléphoniques et en ligne qui ont considérablement augmenté. [...] De la place, il y en a plus », affirme le propriétaire.

« Les Québécois font preuve d’une grande générosité »

D’ailleurs, afin de permettre à des familles sherbrookoises dans le besoin de recevoir un dépannage alimentaire, la fondation Rock-Guertin a organisé diverses grandes collectes, en partenariat avec les marchés d’alimentation de la région.

« Quelque chose de beau est ressorti de tout ça, selon M.Couture. Les Québécois font preuve d’une grande générosité lors des collectes communautaires », révèle-t-il.

Le directeur général de la fondation Rock-Guertin, Denis Fortier, affirme avoir été témoin de cette « grande vague de solidarité ». Les récentes collectes, faites en collaboration avec les marchés IGA, Super C et Métro, lui ont permis d’amasser un montant de près de 10 000 $ par semaine, qui serviront notamment à la préparation des paniers de la rentrée.

« Chaque semaine, les gens ont très bien répondu à l’appel. On évalue la situation avec les épiciers pour recommencer l’expérience pendant l’été », explique M. Fortier, qui avoue ne pas comprendre, lui non plus, l’urgence de reprendre les activités de consignation comme à l’habitude. 

L’ADAQ indique qu’elle ignore les raisons qui ont poussé le gouvernement du Québec à revenir sur l’entente préalablement signée.

« Les détaillants sont de bonne foi. Ils ne comprennent pas et ils sont déçus », résume Stéphane Lacasse.