Raphaëlle Paradis-Lavallée, doctorante en psychologie à la Faculté des lettres et sciences humaines de l'Université de Sherbrooke.

Consentement sexuel : les mots pour le dire

Que se passe-t-il au sein d'un couple lorsque les deux partenaires ne veulent pas avoir les mêmes activités sexuelles au même moment? Ou encore lorsque les partenaires ne s'entendent pas sur les pratiques sexuelles qui les intéressent?
C'est à ces questions et à leurs conséquences sur la vie de couple que Raphaëlle Paradis-Lavallée, doctorante en psychologie à la Faculté des lettres et sciences humaines de l'Université de Sherbrooke, a voulu répondre lors d'une conférence donnée mercredi midi devant une soixantaine d'auditeurs réunis à l'Agora de l'information.
Pour la clinicienne, la notion de consentement dans le couple comporte son lot de zones grises où la pression, la culpabilité et même la violence entrent souvent en ligne de compte.
« Ce que les recherches démontrent, de façon assez conservatrice, c'est que 50 % des couples vivraient au moins un épisode de violence sexuelle ou de coercition sexuelle dans leurs relations, explique Raphaëlle Paradis-Lavallée. Donc, quand on dit que c'est exagéré, il serait plutôt juste de dire que c'est la norme davantage que l'exception. »
Comment un couple peut-il s'en sortir? « La voix que je préconise, c'est d'avoir des discussions explicites, claires, verbales. Il faut vraiment discuter sur ce que j'aime, ce que je n'aime pas, sur ce que l'autre aime. Quelles sont mes limites, mes besoins? Il faut en arriver à créer un espace dans le couple où les refus sexuels peuvent être clairement exprimés. Une des pistes que je suggère, c'est d'exprimer le refus de façon rassurante. Par exemple, en disant : Non, chéri, je n'ai pas envie ce soir, mais je t'aime quand même, viens, on va se coller... ».
L'absence de dialogue dans lequel les besoins et les frustrations ne sont pas clairement exprimés peut conduire à diverses formes de pressions, d'insistance, culpabilisation ou de manipulation.
« Même si ce n'est pas dans notre intention, il arrive qu'on exerce de la pression sur notre partenaire. Il faut donc être vigilant et à l'écoute du vécu de l'autre », insiste Mme Paradis-Lavallée. « Ce n'est pas parce qu'on ne pense pas avoir voulu agresser l'autre qu'on ne l'a pas agressé. »
Selon elle, il existe peu de données disponibles sur la façon dont les couples gèrent la notion de refus dans leur vie sexuelle.
« Ce qu'on voit dans la littérature scientifique, c'est qu'en général, les refus sexuels vont être associés à une moins grande satisfaction conjugale. Les gens ont tendance, lorsqu'il y a beaucoup de refus dans le couple, à être moins satisfaits de leurs relations amoureuses. Mais cette tendance dépend beaucoup du type de refus. Si le refus est rassurant, ça annule un peu l'effet d'insatisfaction », constate Raphaëlle Paradis-Lavallée.