Patrick Lagacé invite les médias à donner une visibilité importante aux histoires dénonçant des entraves au droit du public à l’information. Sur la photo, Patrick Lagacé, chroniqueur à La Presse et au 98,5 FM, Pierre Tourangeau, auteur du mémoire de la FPJQ : «Espionner c’est brimer la démocratie» déposé devant la Commission Chamberland, Marie-Maude Denis, animatrice de l’émission Enquête à Radio-Canada, Claude Carignan, sénateur à l’origine du dépôt du projet de loi S-231 et Monic Néron, journaliste au 98,5 FM.

Congrès de la FPJQ: aux journalistes de «se dégêner»

Les journalistes ne doivent pas avoir peur de parler des enjeux de leur métier. C’est l’un des points centraux mis de l’avant au congrès de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, qui se terminait dimanche à l’hôtel Delta de Sherbrooke.

« Il faut se dégêner et parler des histoires où il y a entrave au droit du public à l’information, signale Patrick Lagacé, chroniqueur à La Presse et au 98,5 FM. Quand il y a un déversement toxique qui pollue l’environnement, on n’hésite pas à en parler, mais quand des organismes publics essaient activement d’entraver le droit du public à l’information en nuisant au travail des journalistes, c’est à l’ensemble des citoyens qu’ils s’attaquent. Il ne faut pas hésiter à faire des articles et des dossiers là-dessus. »

« On est extrêmement pudique et il y a cette mentalité où on ne veut pas devenir l’histoire, exprime pour sa part Marie-Maude Denis, animatrice de l’émission Enquête à Radio-Canada. Il y a un questionnement à avoir et il faut peut-être changer nos façons de faire. Notre plus grande erreur, c’est de penser que le public ne s’intéresse pas au journalisme, mais c’est faux. »

Patrick Lagacé a d’ailleurs invité les médias à donner une visibilité importante aux histoires dénonçant des entraves au droit du public à l’information.

Protection des sources

En plus d’avoir fait couler beaucoup d’encre à l’automne 2016, le scandale d’écoute électronique de journalistes dont ont été victimes entre autres Patrick Lagacé et Marie-Maude Denis a changé les méthodes de travail de nombreux journalistes. Patrick Lagacé a fait l’objet de 24 mandats de surveillance demandés par le Service de police de la Ville de Montréal tandis que la Sûreté de Québec a eu accès aux relevés téléphoniques de Marie-Maude Denis.

« J’ose espérer qu’avec le temps cette chasse aux sorcières va s’effriter, mais entre-temps, c’est un message très refroidissant qui a été envoyé à toutes les sources, confirme Mme Denis. Depuis le scandale, plusieurs de mes appels commencent par ‘‘on est-tu écouté par la police?’’ C’est une blague, mais avec un fond d’inquiétude réelle. C’est extrêmement grave ce qui s’est passé. »

Mme Denis a spécialement perçu ce refroidissement dans le milieu policier.

« Il ne faut pas se leurrer, les policiers qui parlent aux journalistes, c’est la plupart du temps une discussion validée avec leurs supérieurs. Il y a probablement même un rapport qui sera produit sur l’échange. Ce n’est pas toujours vrai, mais c’est mon expérience depuis le scandale. Je recevais beaucoup plus d’appels non autorisés avant. C’est un des effets nocifs du scandale. »

Patrick Lagacé estime que le projet de loi S-231 du sénateur conservateur Claude Carignan est un grand pas en avant dans la protection des sources. Une fois en vigueur, la loi S-231 permettra à un journaliste de s’opposer à la divulgation d’un renseignement ou d’un document auprès d’un tribunal pour protéger une source.

« On ne saura jamais qui a choisi de ne pas parler par peur d’être démasqué par des enquêtes policières, admet M. Lagacé. Mais le projet de loi du sénateur Carignan, c’est immense. On verra les impacts dans le temps. »

Un métier incompris?

L’incompréhension du public envers le métier de journaliste est bien réelle, mais ne constitue pas une injustice selon Patrick Lagacé. « Plusieurs métiers sont incompris comme ceux de policier et de politicien. Je reçois des milliers de courriels par année et, bien souvent, si les gens ne font pas confiance aux journalistes, c’est parce qu’ils ne sont pas d’accord avec nous. Pour bien des gens, si on écrit une chronique qui contredit leur vision du monde, on n’est pas un bon journaliste et on n’est pas digne de confiance. »

« Les gens vont bien souvent critiquer les journalistes et c’est parfait comme ça, ajoute-t-il. Nous ne sommes pas au-dessus de la critique, mais les gens ne voient pas à quel point il y a un système et des ressources qui sont consacrées à faire en sorte que les journalistes ne sachent pas la vérité. Ils pourraient donc être un peu plus indulgents. »

« Le métier de journaliste est sous-apprécié, résume Marie-Maude Denis. Mais peut-être que les gens qui ont une opinion négative des journalistes ne savent pas tout le travail sérieux qui est fait pour informer la population. De notre côté, il faut être irréprochable, car la confiance du public est très fragile. »