Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Dre Mélissa Généreux, professeure-chercheuse à l’UdeS et médecin-conseil à la Direction de santé publique
Dre Mélissa Généreux, professeure-chercheuse à l’UdeS et médecin-conseil à la Direction de santé publique

Confinement: un défi majeur pour mobiliser (encore) les Québécois

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
La Tribune
Article réservé aux abonnés
À quelques heures d’annoncer de nouvelles mesures pour freiner la propagation du coronavirus, le gouvernement Legault a devant lui un défi majeur de communication pour garder les Québécois mobilisés dans cette importante lutte de santé publique.

C’est l’avis de la professeure-chercheuse à la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke et médecin-conseil à la Direction de santé publique Dre Mélissa Généreux. 

Car si elle reconnaît d’emblée que le rehaussement des mesures est inévitable d’un point de vue de lutte à la COVID-19 pour ne pas surcharger le système de santé, elle prévient qu’il faut s’attendre à des impacts psychosociaux importants sur la population, et en particulier sur les jeunes si le retour en classe passe par le télé-enseignement pour encore quelques semaines.

« On a accumulé un bagage d’une dizaine de mois où on a eu à faire des efforts, où on a eu cette sensation de perte de liberté et de stress imposés par tous ces changements. La possibilité que tout cela se prolonge encore, ça peut être inquiétant autant pour les adultes que les enfants, dit-elle. Est-ce que d’un point de vue psychosocial, ça va être bien reçu? Il y a de bonnes raisons de croire que non. Mais est-ce que c’est pour autant une mauvaise décision, je ne pense pas non plus. Il faut être réaliste. »

Selon elle, le message à marteler, c’est qu’il ne faut pas baisser les bras, qu’il faut rester solidaires, qu’on est dans les derniers sacrifices avant l’éclaircie et qu’il faut respecter les consignes pour ne pas gâcher les efforts des dix derniers mois.

Couvre-feu et cohérence

L’imposition d’un couvre-feu pourrait-elle être la mesure qui va faire déborder le vase?

« Ça vient frapper l’imaginaire, c’est certain. Je peux comprendre que les gens vont interpréter ça comme une approche un peu militaire. Couvre-feu, c’est le genre de terme qu’on utilise quand c’est grave, ou quand on veut vraiment être en mode contrôle ultime, mais dans les faits, ça ne devrait pas nous brimer tant que ça », énonce Mélissa Généreux.

« Techniquement, si on respecte les consignes, il n’y a pas grand-chose à faire passer 20 heures le soir. On devrait être chez soi. À part quelques personnes qui voudraient prendre l’air tard le soir, ça [un couvre-feu] va surtout restreindre ceux qui sortaient pour aller voir des amis, aller faire le party, ou qui ne respectaient pas les règles. Et ça, ça ne me déplaît pas. Ça envoie le message qu’on surveille et qu’on assure le contrôle un peu plus. Ne nous laissons pas impressionner par le mot. »

Alors que les voyages d’agrément durant le temps des Fêtes ont sans nul doute contribué à la démobilisation des Québécois, Dre Généreux invite aussi le gouvernement à faire preuve de cohérence dans ses directives. 

« Je comprends qu’il y a des décisions de compétences provinciales et des décisions de compétences fédérales et qu’une partie des incohérences vient de là, mais j’ai vraiment de la difficulté à comprendre. Dans un contexte où on vit d’énormes sacrifices ici, j’espère que les mesures plus répressives [annoncées mercredi] n’encourageront pas les gens à dire la seule chose qu’il nous reste, c’est de partir en voyage. Que puisque ce n’est pas interdit, que ça ne doit pas être si grave que ça. »

À la recherche d’un équilibre

Dans la foulée des enquêtes psychosociales auxquelles elle a collaboré au cours des derniers mois, Dre Généreux s’inquiète davantage à savoir si le gouvernement a bien soupesé les risques de garder les écoles fermées au-delà du 11 janvier.

« Tout est une question de recherche d’équilibre entre le risque COVID et le risque psychosocial, et par psychosocial, j’embrasse très large, explique-t-elle. Je ne parle pas juste de santé psychologique, anxiété, dépression, je parle aussi de risques de décrochage scolaire, de démobilisation de jeunes, de sédentarité extrême, d’insomnie, de problèmes de comportement ou même d’abus de substances. Tout ce qui peut découler en somme d’être isolés et de ne pas être stimulés. 

« En terme de déséquilibre, est-ce que le risque COVID dépasse le risque psychosocial à un point tel de devoir fermer les écoles encore quelques semaines, autant au primaire, secondaire, collégial, qu’universitaire, je me questionne. C’est peut-être là où je pense que le jeu n’en vaut pas la chandelle. »


« En terme de déséquilibre, est-ce que le risque COVID dépasse le risque psychosocial à un point tel de devoir fermer les écoles encore quelques semaines, autant au primaire, secondaire, collégial, qu’universitaire, je me questionne. C’est peut-être là où je pense que le jeu n’en vaut pas la chandelle. »
Dre Mélissa Généreux

Dre Généreux amène en argument que les cas déclarés en milieux scolaires sont minoritaires en Estrie, que les directions d’écoles sont agiles à les détecter et à faire ce qui doit être fait pour freiner les éclosions, que les mécanismes de contrôle qui ont été mis en place avec la santé publique depuis l’automne sont efficaces et fluides.

« De fermer les écoles, ce n’est pas tant ce qui va réduire la propagation des cas, du moins en Estrie, estime-t-elle. Mais en contrepartie on a un grand nombre de jeunes qui sont blessés psychologiquement. » 

Nouvelle enquête

Dre Généreux annonçait d’ailleurs mardi une nouvelle enquête « unique au Québec » qui sera menée en janvier auprès des élèves des universités, cégeps et « presque toutes » les écoles secondaires de la région de l’Estrie pour mesurer les impacts psychosociaux de la pandémie chez les 15-25 ans.

L’enquête réalisée à la demande du milieu scolaire sera menée par des étudiants en médecine dans le cadre d’un stage en santé communautaire, sous la supervision de la Dre Généreux, et elle compte bien en dévoiler rapidement les résultats, « pour influencer les décisions ».

« On va procéder dans la semaine du 25 janvier, quand tout le monde aura repris le beat des études, que ce soit en présentiel ou en télé-étude. Si les écoles sont fermées comme ça pourrait être le cas, je suis quand même assez inquiète de ce qu’on va mesurer », termine-t-elle.