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Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
Le confinement, avec la conciliation travail-famille, pousse plusieurs parents au bout du rouleau.
Le confinement, avec la conciliation travail-famille, pousse plusieurs parents au bout du rouleau.

Confinement sous pression

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CHRONIQUE / Je ne sais pas si vous regardez encore les graphiques sur la pandémie. La courbe de contamination est deux fois plus élevée que lors de la première vague et on est loin de l’aplatir. Ça ne va pas du tout et on ne peut pas attendre après la vaccination. Sauf que la population est tout autant sur le bord de craquer. À qui François Legault peut-il demander un effort supplémentaire? Un sacrifice de plus?

Pour donner une idée, au sommet de la première vague, le Québec tournait autour de 800 nouveaux cas par jour. Cette moyenne correspond aux plus bas chiffres quotidiens depuis début octobre, et encore! Depuis la mi-décembre, c’est plus de 2000 cas par jour. En proportion, il y a moins de décès, mais il y en a encore. Plus de 300 dans les sept derniers jours. Plus de 1300 personnes hospitalisées, près de 200 en soins intensifs. Disons-le franchement, la pandémie est hors de contrôle. Le gouvernement Legault ne peut pas rien faire. D’où les annonces prévues ce soir.

Entre vous et moi, je serais pour un confinement plus strict. Vraiment plus strict. Sauf que c’est plus facile à dire qu’à faire. Parce que ça ne va pas bien dans les chaumières non plus.

Détresse à la maison

En seulement deux heures sur Facebook, j’ai recueilli plus de 100 témoignages de parents au bout du rouleau, qui en arrachent, sur le bord de craquer. En les lisant, j’ai eu le motton à quelques reprises.

Les situations et les enjeux varient un peu, selon une situation monoparentale ou non, l’âge des enfants, le nombre d’enfants, l’occupation professionnelle, le revenu familial, mais il y a un élément qui revenait : la pression de devoir tout faire.

Je paraphrase un des commentaires reçus : « Te sentir poche comme parent qui ne stimule pas assez son enfant et avoir peur pour son développement. Te sentir poche comme travailleuse parce que tu dois t’occuper de ton enfant. Te sentir poche comme partenaire parce que tu rattrapes ton retard du boulot dans ton temps libre et que tu n’as donc pas de temps pour ton couple. Te sentir poche parce que tu n’as pas le temps de prendre soin de toi. Avoir l’impression d’arriver à ne rien faire. »

Autrement dit, on demande quelque chose d’impossible. On demande d’accumuler dans le même espace-temps le travail, l’éducation des enfants, la gestion des enfants en dehors de l’éducation, s’endurer entre les quatre mêmes murs sans pause, continuer à faire du sport et écouter des spectacles en ligne, cuisiner, etc.

Et là, je ne parle même pas des défis techniques. Ce ne sont pas toutes les familles qui ont plusieurs ordinateurs. Tu fais comment pour gérer l’éducation à distance, les réunions en ligne et tout le reste avec un seul ordinateur ou quand ta connexion Internet n’est pas bonne?

Je ne parle pas non plus du défi de l’espace. Deux adultes et deux enfants dans un 5 et demi, mais qui vont au travail ou à l’école, ont des sorties, c’est différent que les quatre qui sont toujours là et qui ont besoin d’espace pour travailler et étudier!

Ni des cas particuliers. Un enfant qui a un handicap ou une maladie qui demande un soutien particulier , un soutien qui disparaît avec l’éducation à distance et que le parent ne peut pas remplacer.

S’adapter au confinement

Après avoir lu tout ça, je me suis demandé : se donne-t-on vraiment les moyens de « réussir » ce confinement?

On gagnerait, collectivement, à ralentir la cadence. Accepter d’en faire moins pour diminuer la pression.

On a beau vouloir que nos enfants n’aient pas de retard dans leur éducation, la réalité c’est que la plupart ne pourront pas, dans les circonstances, atteindre les objectifs habituels, même en brûlant les parents et les profs.

Dans un tel contexte, peut-on vraiment s’attendre à ce qu’un parent puisse vraiment donner du temps plein à son employeur sans craquer?

Et si, collectivement, on acceptait de diminuer la pression? Accepter qu’on ne puisse pas livrer les mêmes projets avec les délais habituels, qu’on ne puisse pas produire autant de biens, qu’on ne puisse pas tout faire.

Comme État, le gouvernement peut revoir les objectifs en éducation et réfléchir au rattrapage les années suivantes, créer un soutien financier pour permettre une conciliation travail-famille-confinement, se donner les moyens de se confiner.

Le coût d’un tel soutien financier serait moindre que le coût des burn-out, des dépressions, des crises d’anxiété, des contaminations, etc.

Comme citoyennes et citoyens, on peut aussi être plus compréhensifs avec les profs et avec les entreprises.

Tout le monde se sent à bout de souffle, alors pourquoi continuer à se mettre autant de pression? Au lieu de demander aux gens de s’adapter dans leur confinement pour en faire autant, on devrait plutôt adapter notre mode de vie au confinement.

On n’a pas les moyens de perdre du monde, on n’a pas la capacité de s’ajouter du temps dans une journée, mais on a toute la richesse nécessaire pour combler des pertes de revenus.