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Un autre confinement total serait « catastrophique » pour les entreprises manufacturières exportatrices du Québec, croit l’homme d’affaires et consultant en exportation Pierre Harvey.
Un autre confinement total serait « catastrophique » pour les entreprises manufacturières exportatrices du Québec, croit l’homme d’affaires et consultant en exportation Pierre Harvey.

Confinement: le secteur manufacturier craint «un suicide économique»

Alain Goupil
Alain Goupil
La Tribune
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Un autre confinement total serait « catastrophique » pour les entreprises manufacturières exportatrices du Québec, croit l’homme d’affaires et consultant en exportation Pierre Harvey. Ce dernier implore le premier ministre François Legault de faire preuve de modération dans l’application de nouvelles mesures qui pourraient être annoncées mercredi.

Alors que plusieurs spécialistes en santé publique montrent du doigt les entreprises manufacturières comme sources d’éclosion de la COVID-19, le milieu manufacturier espère que le gouvernement Legault tiendra compte des répercussions qu’aura une éventuelle « mise sur pause » comme celle du printemps dernier.

« Le remède ne doit pas être pire que le bobo », prévient Pierre Harvey, pdg de Harvey International, qui accompagne des PME québécoises et canadiennes dans leurs projets d’exportation aux États-Unis, notamment dans les États de la Nouvelle-Angleterre.

M. Harvey rappelle que 70 % des produits d’exportation fabriqués au Québec sont destinés au marché américain. Dans cette optique, un second confinement total est impensable, dit-il. « Ce serait un suicide économique, rien de moins. »

Pierre Harvey

Selon lui, si François Legault décide d’imposer de nouvelles restrictions aux entreprises manufacturières exportatrices, il doit « le faire de façon modulée », en tenant compte des conditions beaucoup moins strictes imposées aux entreprises concurrentes du côté américain.

« Lorsqu’on regarde en Nouvelle-Angleterre par exemple, le New Hampshire n’a aucune restriction, malgré le fait qu’ils ont plus de cas qu’au Québec. Au Massachusetts, on y est allé avec des mesures plus ciblées en réduisant par exemple le nombre d’employés sur place à 25 % du personnel sur la chaîne de production », cite en exemple Pierre Harvey. « Même en Angleterre, où on vient d’annoncer un confinement total, on laisse du manufacturier fonctionner. »

Selon lui, une telle modulation pourrait très bien s’appliquer aux entreprises québécoises.

« C’est vrai que la chaîne de production peut présenter des enjeux par rapport aux éclosions, reconnaît Pierre Harvey. Mais il y a moyen, par exemple, de prioriser certaines commandes à plus court terme, avec moins de personnel, tout en faisant en sorte que les employés de marketing ou du développement des affaires travaillent à distance. »

Ce que craint Pierre Harvey, c’est qu’un confinement total permettra aux entreprises américaines de s’emparer instantanément des parts de marché que détiennent actuellement les manufacturiers québécois aux États-Unis et au Canada.

Des effets à long terme

Comme des milliers d’autres propriétaires de PME au Québec, Ian Mourant appréhende lui aussi les mesures qu’annoncera François Legault, mercredi soir.

M. Mourant a acheté l’an dernier de l’Atelier CV, situé dans l’arrondissement de Brompton. L’entreprise, qui se spécialise dans la mécanosoudure, compte neuf employés.

Plusieurs petits entrepreneurs, comme Ian Mourant, de l’Atelier CV, situé dans l’arrondissement de Brompton, appréhendent une autre fermeture de l’économie.

L’incertitude entourant une éventuelle fermeture de l’économie entraîne son lot d’inquiétude, admet l’entrepreneur.

« Déjà, le simple fait d’être entrepreneur n’a rien de sécurisant, dit-il, mais dans le contexte actuel, c’est encore pire », raconte l’homme d’affaires âgé de 46 ans, qui craint une autre mise sur pause comme celle du printemps dernier.

« C’est bien beau être sur pause, mais pendant ce temps-là, il faut continuer à payer nos bâtisses, nos comptes, nos impôts, etc. Et les revenus qui nous servent à payer tout ça ne sont plus là », dit-il en soulignant l’impact négatif de la pandémie sur la valeur des entreprises.

« Quand ton entreprise ne roule pas, ton investissement ne prend pas de valeur non plus. Certains réussissent à survivre, mais dans les faits, c’est très nocif pour l’entreprise et sa valeur. »

L’impact d’une fermeture risque aussi de se faire sentir sur le carnet de commandes à moyen et long termes, estime M. Mourant.

« Aujourd’hui, les délais de livraison sont très courts. Les clients n’ont pas le temps d’attendre. Si on ferme trois ou quatre semaines, le client qui avait commandé une pièce pour le mois de mars, va quand même vouloir l’avoir au mois de mars. Ça va créer une pression énorme sur la production », prévoit M. Mourant, qui précise ne pas en vouloir aux dirigeants politiques advenant que le gouvernement décide de fermer à nouveau les entreprises.

« Je sais que ce sont des décisions extrêmement difficiles à prendre. Je n’aimerais vraiment pas être dans leurs souliers actuellement. »