Mélissa Généreux, médecin-conseil à la Direction de la santé publique de l’Estrie et professeure à la faculté de médecine de l’UdeS.
Mélissa Généreux, médecin-conseil à la Direction de la santé publique de l’Estrie et professeure à la faculté de médecine de l’UdeS.

Comprendre les impacts du traitement médiatique de la pandémie

Isabelle Pion
Isabelle Pion
La Tribune
Quels sont les impacts psychosociaux sur la population du Québec, du Canada, mais aussi à l’international, engendrés par la crise du coronavirus et la tonne d’informations qui circulent? Quels sont les impacts du traitement médiatique de la pandémie?

Une enquête menée par une équipe de l’Université de Sherbrooke, dirigée par la professeure Mélissa Généreux, permettra de mieux comprendre les effets sur les populations.

Comment, par exemple, l’information véhiculée par les médias traditionnels et les médias sociaux influence les comportements? illustre Dre Généreux, professeure à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’UdeS (FMSS). On a assisté à toutes sortes de réactions dans les derniers jours, de l’anxiété en passant par des achats impulsifs « d’articles essentiels ». « C’est la première fois qu’on fait face à cette pandémie. Parfois, on peut être le vecteur de l’information erronée. C’est cette explosion d’information qui peut influer sur la peur et influencer les différentes réactions », note Mélissa Généreux, aussi médecin-conseil à la Direction de la santé publique de l’Estrie.

Les réactions guidées par la peur (mépris, blâme, désinformation) peuvent empirer une situation déjà très complexe.

Selon Dre Généreux, lorsque les médias (traditionnels ou sociaux) relaient une information peu basée sur la science, les risques pour que la peur s’amplifie jusqu’à échapper à tout contrôle augmentent, de même que ceux associés à des impacts psychosociaux majeurs et durables.

L’enquête permettra aussi de voir comment on peut améliorer le partage d’information, par exemple du côté de la santé publique.

« Les médias sociaux sont là : doit-on les utiliser davantage? Au lieu de se dire que ce n’est pas correct, comment peut-on profiter des médias sociaux pour engager un dialogue, être présente davantage comme autorité de santé publique? » illustre Dre Généreux.

Les impacts sur la population seront évalués par l’entremise d’un sondage populationnel au Québec et au Canada, mais aussi aux États-Unis, en Angleterre, à Hong Kong, aux Philippines et en Nouvelle-Zélande. Au total, ce seront environ 12 000 adultes qui seront sondés. « Ce qui nous intéresse, ce sont les grandes tendances d’un pays à l’autre. »

Le coup de sonde sera mené en deux temps : une première fois ce printemps, probablement en avril, et ensuite environ trois mois plus tard, pendant la période estivale. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) est intéressée par l’exercice, note Dre Généreux.

Les deux périodes où les questionnaires seront transmis pourraient varier.

« Cela dépendra de l’évolution de la situation. On peut penser qu’on n’est pas dans le pic », note Dre Généreux. Les gens pourraient être sondés par courriel ou par panel web, par exemple.

Avec les données, les chercheurs pourront notamment voir si les gens réagissent différemment au Québec et au Canada.

Une analyse quantitative et qualitative du discours sur les médias sociaux, par exemple avec les mots #coronavirus sur les pages officielles des autorités des différents pays, est aussi prévue.

Mélissa Généreux trace un parallèle entre la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic et la pandémie. « Il faut toujours apprendre de ces catastrophes », note-t-elle en soulignant que la pandémie s’avère « une autre forme de catastrophe ».

L’équipe multidisciplinaire de l’UdeS est composée de spécialistes en médecine, en communications et en politique.

Le projet de recherche a reçu un financement de 500 000 $ des Instituts de recherche en santé du Canada.

L’équipe de l’UdeS est composée notamment de Marc D. David, Marie-Ève Carignan, Gabriel Blouin-Genest, Olivier Champagne-Poirier et Mathieu Roy.