La Ville de Sherbrooke pose les bonnes actions en lien avec la valorisation des matières résiduelles assure Denis Gélinas.

Compostage Québec crée de la frustration

Une directive gouvernementale empêchant désormais la Régie intermunicipale de gestion des déchets de la région de Coaticook d’accepter des sacs de compostage jusque-là autorisés crée une vive insatisfaction dans certaines municipalités desservies par l’organisme.

La Régie de gestion des déchets de Coaticook a obtenu un nouveau certificat d’autorisation après des travaux effectués pour améliorer ses installations. Or, le certificat en question lui impose de nouvelles balises en ce qui a trait aux sacs utilisés par les citoyens pour composter : seulement ceux fabriqués en papier sont maintenant tolérés tandis que les autres doivent être bannis.

« On a été assujetti à un autre type de réglementation pendant une dizaine d’années, souligne le directeur général de la Régie de Coaticook, Francis Lussier. Notre agrandissement fait en sorte qu’on doit se conformer à cette nouvelle règle. »

Selon les informations recueillies, la règle émanant du gouvernement du Québec aurait pour objectif de limiter au maximum les odeurs émanant des sites où l’on effectue du compostage. Elle pourrait également accroître la qualité du compost obtenu par les organisations qui exploitent ces sites.

Au cours des derniers jours, la Régie de gestion des déchets de Coaticook a informé plusieurs de ses membres, sinon la totalité d’entre eux, qu’elle est forcée de se conformer à cette règle. « On est conscient que ce sera une grosse marche à monter, mais on ne peut pas aller à l’encontre de ce que demande le gouvernement. Il faudra sensibiliser les citoyens pour changer leurs façons de faire », note M. Cloutier.

« Ça n’a pas de sens »

Mairesse de Magog et présidente de la Fédération canadienne des municipalités, Vicki-May Hamm soutient pour sa part que la directive émise par Québec n’a tout simplement « pas de bon sens ».

« Ça va nous nuire énormément, lance Mme Hamm. Il y a des gens qui sont vraiment difficiles à convaincre parce qu’ils n’ont pas le goût de faire du compostage. Mais là on nous annonce que ça deviendra plus compliqué encore pour les citoyens parce que des sacs très populaires parmi la population, en plastique ou qui ressemble à ça, sont bannis. »

Coordonnatrice de l’environnement à la Ville de Magog, Josianne K. Pouliot affirme pour sa part qu’elle perd un « argument efficace » pour inciter les gens à composter. Ce genre d’argument est important pour les municipalités, qui ont été invitées à réduire de manière drastique l’enfouissement de matières résiduelles d’ici 2020.

« On aura besoin de solutions pour que les gens nous suivent, soutient Mme Pouliot. Peut-être qu’il faudra approcher les Cascades de ce monde pour avoir des sacs en papier à un prix abordable, car pour l’instant ce qui existe sur le marché n’est pas très attirant pour les citoyens. »

Et tout ça survient alors que la Ville de Magog, qui est membre de la Régie de Coaticook, souhaite amener les institutions, commerces et industries à participer aux efforts fournis par le milieu pour détourner les matières compostables du site d’enfouissement. « On veut que ça soit simple pour les utilisateurs », insiste la coordonnatrice de l’environnement de la Ville de Magog.

Un malaise à la FQM

Président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Jacques Demers confie que la FQM continuera à discuter avec le gouvernement du Québec afin que des pistes de solution soient trouvées.

« On a un malaise avec l’approche du gouvernement en ce moment, admet-il. S’il faut que les gens lavent continuellement leur bac brun parce qu’ils ne prennent plus de sacs, ça ne fonctionnera pas très bien et on n’avancera pas. On veut bien aider la nature, mais on juge que le citoyen en fait déjà beaucoup en ce qui concerne les matières résiduelles avec les trois bacs différents. »

Aussi maire de Sainte-Catherine-de-Hatley et préfet de la MRC de Memphrémagog, Jacques Demers est d’autant plus surpris de la directive touchant la Régie de Coaticook « qu’aucune plainte liée aux odeurs n’a été rapportée à Coaticook. »

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Gare aux sacs de plastique dans les bacs de compost

Les Sherbrookois posent-ils les bonnes actions quand ils déposent leurs résidus de table dans leurs bacs bruns? La réponse est oui, assure Denis Gélinas, directeur à la valorisation des matières résiduelles à la Ville de Sherbrooke.

Un problème demeure toutefois, celui de la présence de sacs de plastique dans les bacs de compost. « Les gens utilisent beaucoup les sacs dans lesquels on dépose les fruits et légumes à l’épicerie. Même s’il s’agit d’un plastique fin, ça reste un plastique. Il ne faut pas utiliser non plus les sacs de lait, de pain ou de magasinage », ajoute-t-il.

Même chose pour les sacs « oxobiodégradables », qui sont souvent confondus avec des sacs biodégradables. « Ces sacs sont conçus pour se défaire en petits morceaux avec le temps, comme s’il s’agissait de petits morceaux de chips cassés. Mais même en petits morceaux, c’est du plastique et c’est un contaminant », souligne Denis Gélinas.

Tout n’est pas perdu cependant même si le compost devait se trouver dans un sac non conforme. « À la fin du processus de compostage, l’entreprise Englobe à Bury effectue un tamisage, ce qui permet d’extraire une partie des contaminants », souligne le directeur à la valorisation des matières résiduelles.

« Le processus de compostage d’Englobe permet l’utilisation des sacs compostables certifiés BNQ (Bureau de normalisation du Québec). On peut facilement en trouver les caractéristiques sur le site www.bnq.qc.ca », souligne Denis Gélinas.

Englobe peut encore aujourd’hui travailler sur les anciennes normes dictées par le gouvernement provincial. Si l’entreprise devait éventuellement faire des travaux sur son site, elle devrait travailler avec les nouvelles normes.

« À ce moment-là, l’ouverture des sacs devrait se faire au début du processus, ce qui est beaucoup plus compliqué », souligne Denis Gélinas.

Avec les matières résiduelles collectées dans les bacs bruns des Sherbrookois, Englobe produit trois sortes de composts, soit « composol tamisé », « compost MTQ » et « compost végétal ».
Marie-Christine Bouchard