Pierre McCann

Communauté LGBTQ+ : faire la lumière sur les violences sexuelles

Les violences sexuelles vécues par les communautés lesbiennes, gaies, bisexuelles, trans et queer (LGBTQ+) se retrouvent sous la loupe d’un projet national.

Lexic2, une initiative chapeautée par l’Association étudiante du Cégep de Sherbrooke (AÉCS), vise à contrer les violences sexuelles vécues par ces communautés, pour lesquelles le taux de dénonciation est très bas.

Le projet émane de l’AÉCS, qui a travaillé sur la campagne de prévention et de sensibilisation Ni viande ni objet. Les artisans de la campagne ont constaté que les membres de la communauté LGBTQ+ se sentent plus ou moins interpellés par les outils mis en place.

« La thématique des violences sexuelles, en ce moment, est très genrée (...). Il reste que les personnes LGBTQ+ sont surreprésentées dans ces réalités-là », commente Pierre McCann, coordonnateur du projet.  

L’association voulait donc créer quelque chose qui s’adresse spécifiquement à elles.

Une étude menée par les professeures Geneviève Paquette et Alexa Martin-Storey de l’Université de Sherbrooke a permis de montrer que les personnes provenant de minorités sexuelles et de genre sont beaucoup plus à risque de violence sexuelle au sein des établissements universitaires. La problématique déborde évidemment du cadre des campus.

« Il n’y a pas eu une tonne d’études, mais il y en a quelques-unes en cours de production. Celles qui ont été produites tant aux États-Unis qu’au Canada disent que les personnes LGBTQ+ ont trois fois plus de chances de vivre une violence sexuelle, ce qui est vraiment énorme. Ce chiffre-là augmente pour certaines populations au sein des communautés, particulièrement pour les personnes trans... Les femmes sont particulièrement vulnérables au sein des communautés. Il y a aussi les personnes bisexuelles et pansexuelles qui sont dans un espèce d’angle mort. Elles sont surreprésentées, mais on n’en parle pas vraiment... »

« Réalités différentes »

Une consultation menée en 2017 par le Conseil québécois LGBT a permis de montrer que les victimes issues de ces communautés utilisent peu les services existants.

« Dévoiler les violences sexuelles subies, son orientation sexuelle minoritaire et parfois son identité de genre peut générer un stress énorme et un sentiment de honte chez la personne. Trop souvent, elle n’ira tout simplement pas chercher de l’aide... »

C’est une situation semblable qu’a vécue Claude (nom fictif), qui ne s’identifie pas à un homme ni une femme, et qui a été agressé(e) à deux reprises, à 13 ans et à 17 ans.

Claude préfère ne pas s’avancer sur le sexe qu’on lui a désigné à la naissance. Iel — le pronom d’usage suggéré par Claude — se décrit comme une personne trans non binaire. « Je ne suis ni un gars ni une fille. » Cette réalité, combinée à l’aide recherchée pour les agressions sexuelles subies, place dans une situation de « double vulnérabilité », indique Claude.

Un des objectifs de Lexic2 est justement de développer des outils destinés aux intervenants des organismes ou de différents milieux.

Claude se réjouit pour sa part d’une telle initiative. « C’est difficile lorsqu’il n’y a pas une éducation de base qui se fait auprès des organismes. Il faut les exposer à des réalités différentes (...). »

Le projet financé par le programme de Lutte contre l’homophobie et la transphobie du ministère de la Justice doit s’étirer jusqu’en mars, mais son coordonnateur aimerait qu’il y ait une suite. « Il y a tellement de choses à faire, c’est incroyable », plaide Pierre McCann.

Un forum réunissant une centaine d’intervenants aura lieu au Cégep de Sherbrooke les 24 et 25 novembre prochains. L’événement permettra d’identifier les enjeux et les actions à prioriser. Le groupe de travail rassemble plusieurs intervenants, dont la professeure Geneviève Paquette de l’UdeS et Marie-Pier Boisvert, directrice générale du Conseil québécois LGBT.

Invisibles dans un rapport

Le Conseil québécois LGBT et les membres du projet Lexic2 s’indignent par ailleurs de l’invisibilité des communautés LGBTQ+ dans le nouveau rapport du directeur national de santé publique La prévention de la violence au Québec : une responsabilité individuelle et collective.

« On trouve que c’est très dommage et que ça a été une belle occasion ratée par le directeur de la santé publique pour s’attaquer au problème des violences infligées aux membres de la communauté LGBTQ+ et de proposer des pistes de solutions », commente Pierre McCann, coordonnateur du groupe de travail Lexic².

M. McCann ne nie toutefois pas la brève mention des membres de cette communauté dans le rapport. « Mais c’est à peine effleuré, ajoute-t-il. On ne propose aucune action structurante pour se pencher sur le problème. »

Le document en question, dans son premier chapitre, divise les violences en sept catégories : la maltraitance des enfants et des jeunes, la violence dans les relations amoureuses des jeunes, la violence conjugale, la maltraitance envers les personnes aînées, les agressions sexuelles, la violence au sein des populations autochtones et la violence dans les contextes scolaire, sportif et du travail. 

La mention d’une partie de la communauté LGBTQ+ se trouve plutôt dans la liste des facteurs liés au risque d’être victime d’une agression sexuelle, où on peut lire : « orientation homosexuelle ou bisexuelle ». 

C’est justement cette prédisposition de la communauté LGBTQ+ (qui va au-delà de l’homosexualité et de la bisexualité) aux violences, particulièrement les violences sexuelles, qui poussent les membres de Lexic2 et du Conseil québécois LGBT à s’inquiéter que le problème ne soit pas davantage traité. 

« C’est sur qu’il y a des actions contenues dans le Plan d’action gouvernemental de lutte contre l’homophobie et la transphobie. Cependant, je trouve qu’on a souvent tendance à nommer le problème, sans nécessairement prendre des actions et des moyens pour y remédier », ajoute M. McCann.  

« Je suis toujours sidéré de voir que la presque totalité des gens LGBTQ+ que je connais ont vécu quelconque forme de violence sexuelle dans leur vie, déplore-t-il. C’est comme si c’était une fatalité. On a besoin d’outils de sensibilisation pour leur faire comprendre que ce n’est pas acceptable de subir des violences sexuelles et qu’il ne faut pas le tolérer, juste parce qu’on fait partie de la communauté LGBTQ+. »

Les violences sexuelles, selon la définition du groupe, englobent le harcèlement sexuel, les comportements sexuels non désirés et la coercition sexuelle (ex. : chantage incitant à un acte sexuel).

Le 23 août, au cabaret Les Grands ducs de Wellington, dans le cadre de Fière la fête, Pierre McCann, Marie-Pier Boisvert et plusieurs autres invités tiendront une conférence-discussion entourant les violences sexuelles vécues par les personnes LGBTQ +.