Régine Laurent
Régine Laurent

Commission Laurent: pour un directeur national de la DPJ

La Presse canadienne
Dans son rapport préliminaire, la Commission Laurent recommande de remettre le meilleur intérêt de l'enfant au c?ur de toutes les interventions faites à son sujet.

Et, pour l'aspect politique, elle recommande de créer immédiatement un poste de Directeur national de la protection de la jeunesse. Celui-ci, qui aura un statut de sous-ministre, devra voir à rendre plus cohérentes les interventions en matière de protection de la jeunesse.
En conférence de presse lundi à Montréal, la présidente de la commission, Régine Laurent, a illustré ce besoin de cohérence par une statistique révélatrice: selon la région du Québec, la proportion de dossiers jeunesse qui sont judiciarisés varie de 30 % à 70 %. L'interprétation donnée à la Loi sur la protection de la jeunesse doit donc être clarifiée, rendue plus uniforme, a-t-elle plaidé.
Déjà, le ministre responsable du dossier, Lionel Carmant, a accueilli «avec le plus grand intérêt» cette recommandation de la commission, présidée par l'ancienne syndicaliste Régine Laurent.
Quant à la grande orientation du rapport voulant que le meilleur intérêt de l'enfant soit toujours ce qui prime lors de la prise de décision au sujet de celui-ci, Mme Laurent a précisé ce que cela signifierait concrètement. L'enfant devra être consulté, écouté, entendu quant à son présent et à son avenir et sa parole valorisée. «Ses droits doivent être réaffirmés», a-t-elle martelé.
Elle a plusieurs fois évoqué la nécessité de la continuité et de la stabilité pour ces enfants, trop souvent promenés d'une famille d'accueil à l'autre.
Travailleuses du réseau
Mme Laurent, une ancienne syndicaliste, a eu plusieurs bons mots pour les travailleurs du réseau des services sociaux, qu'elle dit surchargés de travail et vivant une forte pression.
«Les intervenantes sont également en détresse. Elles estiment que les conditions de pratique ne leur permettent pas de dispenser des services de qualité, au bon moment et à la hauteur des besoins», a rapporté Mme Laurent, qui a entendu 335 témoins en audiences publiques.
Autres communautés
Bien que l'ensemble de ses recommandations attendra le rapport final, maintenant prévu en avril prochain, Mme Laurent a laissé entrevoir des pistes de solution qu'elle envisage.
Entre autres, elle a évoqué le fait que les interventions de la Direction de la protection de la jeunesse auprès des communautés noires et autochtones devraient être mieux adaptées aux réalités de ces communautés.
Comme elle l'avait fait lors des audiences, elle a une fois plus de plus déploré la surreprésentation de ces familles dans le système de protection de la jeunesse.
Après 18 ans
De même, Mme Laurent a évoqué le fait de «reporter l'âge au-delà de la majorité», soit 18 ans, pour les enfants qui «sortent» du système de protection de la jeunesse. À l'heure actuelle, à 18 ans, ceux-ci se retrouvent soudainement seuls, sans beaucoup de ressources pour subvenir à leurs propres besoins.
Ces jeunes se retrouvent aussi souvent sous-scolarisés, isolés, parfois mal adaptés à la vie en société sans les règles du système de protection de la jeunesse. Ce stade de «passage à la vie adulte» fera sûrement l'objet de recommandations plus formelles dans son rapport final.
La présidente de la commission a également plaidé pour que les familles d'accueil soient «davantage reconnues et soutenues» par le système.
La commission a reçu 233 mémoires et entendu 1526 intervenants lors de 42 forums régionaux, a-t-elle précisé.
Le ministre Carmant, de son côté, a promis d'analyser le rapport «en profondeur» dans le but d'«orienter les efforts déjà en cours afin d'améliorer l'ensemble de services offerts aux enfants en difficulté et à leur famille».