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«On n’a pas les moyens des coûts de la maltraitance», a dit en point de presse lundi la présidente de la Commission des droits de l’enfant, Régine Laurent.
«On n’a pas les moyens des coûts de la maltraitance», a dit en point de presse lundi la présidente de la Commission des droits de l’enfant, Régine Laurent.

Commission Laurent: «C’est un projet ambitieux»

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
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Le rapport final de la Commission Laurent sur les droits de l’enfant, dévoilé lundi, est accueilli avec optimisme par l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) en Estrie. L’avocate spécialisée en droit de la jeunesse, Me Valérie Assouline, reste toutefois sur son appétit.

Le dossier de la mort tragique, en avril 2019, de la fillette de Granby a donné naissance à la Commission présidée par l’ancienne syndicaliste Régine Laurent. Ce décès est «notre échec collectif», a-t-elle dit en point de presse, évoquant un vaste, mais incontournable «virage prévention». Me Assouline, qui représente la mère biologique de l’enfant retrouvée bâillonnée et ligotée, est d’avis qu’un tel coup de barre est peu probable. «C’est un projet ambitieux.»

Selon la procureure, le rapport de la Commission met en lumière d’intéressantes propositions, notamment le fait de «favoriser la médiation», «d’humaniser les salles de cour» et de favoriser la formation des intervenantes de la DPJ. La «valorisation des parents» et le «travail en amont» sont aussi des points positifs. L’avocate met toutefois un bémol. «Plusieurs de ces énoncés, de ces principes sont déjà prévus à la loi de protection de la jeunesse. Il n’y a que les cas d’exception qui doivent être à la DPJ. Pourtant, ce n’est pas ce qui se passe. Je n’ai pas vu quelque chose qui fera la différence sur le terrain pour les familles qui sont déjà avec la DPJ. Qu’est-ce qui amènera un changement de culture? Je ne vois pas.»

Parmi les nombreuses recommandations de la Commission, on préconise la création d’un poste de Commissaire au bien-être et aux droits de l’enfant. Rappelons que l’on a déjà nommé une Directrice nationale de la protection de la jeunesse en mars dernier. Encore une fois, Me Assouline ne voit pas en quoi l’ajout de ces deux postes fera une différence significative. «Un commissaire qui fait une vigie, qui est au-dessus de tout, mais qui n’a pas de pouvoir, ça sert à quoi?»

Délais

Questionnée à propos de l’enveloppe budgétaire à consentir par Québec pour appliquer les recommandations de la Commission, sa présidente est demeurée à la fois évasive, mais ferme. «On n’a pas les moyens des coûts de la maltraitance.» Idem en ce qui concerne les délais pour les mettre en branle. «On n’a pas de baguette magique.»

Me Valérie Assouline, spécialiste en droit de la jeunesse.

À ce chapitre, Me Assouline estime qu’il faut abolir les barrières pour agir plus rapidement. «Il faut que ce soit concret, du gros bon sens. Il fallait que ce soit hier que ça se passe. On ne peut pas encore attendre. Il y a des enfants brisés, des familles dont l’ADN est changé. Il faut les soulager maintenant.»

Selon l’avocate spécialisée en droit de la jeunesse, une des pistes de solutions réside dans l’imputabilité des gens dans toutes les sphères qui gravitent autour des jeunes et des familles.

Ressources humaines

L’APTS voit d’un bon oeil la majorité des changements proposés par la Commission, a dit en entrevue le représentant de l’organisation en Estrie, Danny Roulx.

Selon la Commission, il faut miser davantage sur les services de première ligne. «Les signalements [à la DPJ], ça ne règle pas tout. (...) La protection de la jeunesse, ce sont les soins intensifs», a dit Régine Laurent. De son côté, M. Roulx concède que le nombre de signalements à la DPJ est beaucoup trop élevé.

«Il faut briser le travail en silo», a souligné la présidente de la Commission, spécifiant qu’il faut mieux organiser les services autour des besoins des enfants et des familles. Par ailleurs, elle a déploré la «continuité déficiente» des services, notamment entre les CLSC, les organismes communautaires et la DPJ. «Dans les grosses structures, le psychosocial a été noyé avec tout ce qu’il y a d’autre dans les hôpitaux», a imagé Mme Laurent.

Danny Roulx, conseiller national de l’APTS en Estrie.

M. Roulx voit par ailleurs positivement l’amélioration de la reconnaissance des membres de l’équipe de la DPJ. «Il faut ouvrir les voies à utiliser ces professionnels qui ont une expertise, de faire confiance à leur jugement et éviter de retomber dans une hiérarchie [lourde]. On doit mettre tout le monde à contribution.»

Il faut également mieux former les intervenants qui oeuvrent auprès des enfants, tout en diminuant leur charge de travail, a insisté Mme Laurent. Selon M. Roulx, ces recommandations permettront entre autres de contrer «l’exode de personnel d’expérience» à la DPJ, tout en rendant ce type d’emploi plus attrayant pour de nouveaux candidats.

Selon M. Roulx, il manque «minimalement» une quarantaine d’agents de relation humaine dans l’ensemble des différentes équipes de la DPJ en Estrie pour assurer les services adéquats.