Laura Cotnoir, Kim Vincent et Mélyssa Roy.

« Comme une bombe à retardement »

L'anxiété de performance, Kim Vincent connaît : elle a elle-même ressenti les effets. Cette finissante de l'école internationale du Phare a décidé de sensibiliser d'autres jeunes de son école à cette question dans le cadre de son projet personnel.
« Je voulais un projet qui allait aider les autres. Moi-même, je vis un peu d'anxiété de performance. C'est ce qui m'a mené à choisir ce projet-là. J'ai décidé de faire une vidéo avec un dépliant pour sensibiliser les élèves. Il y a de l'anxiété dans toutes les sphères de la vie, mais je parle surtout de l'école et du sport », explique la finissante inscrite au programme d'éducation internationale.
Kim pratique la gymnastique artistique, qu'elle qualifie de « sport de perfection ». Mais c'est davantage à l'école qu'elle se met beaucoup de pression.
Comment l'anxiété de performance s'est-elle manifestée?
« Moi, c'était des pensées irrationnelles. » Elle s'imaginait échouer même en ayant beaucoup étudié; elle a aussi eu des sueurs froides et a connu un ou deux épisodes de crise de panique. « Dans ces cas-là, il faut que tu respires, tu te calmes, tu penses à de belles choses... »
Pour diminuer le stress à l'école, Laura Cotnoir a commencé à faire de la méditation ce printemps, l'une des solutions suggérées par Kim dans sa vidéo.
« Avec tous les examens qui s'en viennent, j'ai commencé à stresser plus. C'est ma dernière année au secondaire, mon année est décidée dans les deux prochaines semaines. J'ai commencé à faire plus de méditation, à m'entraîner plus... Ça aide pour vrai. »
« La suggestion principale, c'est d'en parler. Sinon, c'est comme une bombe à retardement qui va exploser n'importe quand », indique Kim.
« Au niveau scolaire, je suis assez intense », lance Mélyssa Roy, en faisant éclater de rire ses deux amies. Depuis secondaire un, je mets beaucoup de pression sur mes notes, ça devient un gros fardeau à porter de vouloir toujours mieux faire et de garder le rythme. D'année en année, ça amplifie. »
Il y a aussi le piège de la comparaison, soulèvent les filles. « Tu compares tes notes, tu compares tes capacités », souligne Kim. « La comparaison, c'est quelque chose contre lequel on se bat depuis plusieurs années. C'est assez particulier », commente l'enseignante en anglais Marie-Claude Codère, qui ne donne plus la moyenne d'un examen. Mme Codère est aussi coordonnatrice des projets personnels.
Elle estime qu'on ne ressentait pas autant le stress chez les jeunes il y a plusieurs années. Comment expliquer cela? « Ce n'est pas nécessairement juste les parents en arrière; c'est vraiment les élèves eux-mêmes. » Elle a l'impression que la vapeur s'est renversée au fil du temps, et que ce sont davantage maintenant les élèves qui se mettent de la pression.
Isabelle Côté, psychoéducatrice au Collège du Mont Notre-Dame. -
Visualiser, méditer, respirer
L'anxiété de performance semble prendre de plus en plus de place chez les jeunes... mais la bonne nouvelle, c'est qu'on peut tenter de la prévenir et de l'éviter.
C'est ce que tente de faire Isabelle Côté, psychoéducatrice au Collège du Mont Notre-Dame, avec le programme Funambule : pour une gestion équilibrée du stress. Depuis cinq ans, cette initiative se déploie auprès de sous-groupes de jeunes présentant des niveaux de stress modéré à élevé.
« Il est d'abord conçu pour le deuxième cycle, et je l'anime depuis cette année en secondaire un et deux, car on perçoit que nos jeunes arrivent de plus en plus stressés du primaire. On veut travailler le plus rapidement possible pour les outiller. »
Qu'est-ce qui fait que les enfants sont stressés en arrivant du primaire? « Elles appréhendent beaucoup les notes. Elles ont l'impression qu'en première secondaire elles jouent leur vie, elles jouent leur carrière... Elles sont insécures. »
« On les amène à reconnaître leur perception par rapport au stress, quelle est leur philosophie de vie : ont-elles tendance à voir les situations auxquelles elles sont confrontées comme une menace ou comme un défi? Si je perçois mon examen ou une relation comme une menace, le perçois comme un danger; j'envoie un signal à mon cerveau qu'il y a quelque chose qui ne va pas bien. Si je le vois comme un défi, je le vois plus comme une possibilité de me dépasser. Juste ça, ça fait une grande différence chez nos jeunes. »
Funambule propose différentes mesures concernant la visualisation, la méditation et la respiration. « Ces techniques sont utiles tout le temps. »
Isabelle Côté travaille avec les élèves sur les pensées, et sur les comportements qu'elles peuvent engendrer, mais aussi sur les plans B.
Les jeunes ont souvent très peur de se tromper; c'est une caractérique de cet âge. « À l'adolescence, il y a beaucoup de nouveautés, ce sont des transitions tout le temps. L'ego est très menacé; ils sont en train de forger leur ego, leur identité.
Les facteurs de stress et d'anxiété sont multiples : les parents sont eux-mêmes stressés, il y a les facteurs environnementaux, etc.
Certains jeunes vont avoir la croyance que l'amour du parent va être conditionnel aux résultats, indique Mme Côté.
« Certains parents en mettent de la pression. Est-ce que tous les parents en mettent? Non. Il y a beaucoup de jeunes qui se mettent eux-mêmes de la pression sur les épaules. »
La volonté de performer se fait sentir pas seulement à l'école, mais dans d'autres sphères de leur vie : au travail, sur la scène sportive. Les adolescents en ont beaucoup à gérer... malgré leur jeune âge. Et puis, les médias sociaux sont aussi montrés du doigt.
« Tout ce que l'on met sur les médias sociaux, c'est tout ce qui nous avantage habituellement. » Ainsi, un adolescent dont la photo suscite peu de réactions sur Facebook (un faible nombre de j'aime) peut avoir un impact sur son estime de soi. « Ils vont en contrepartie avoir le sentiment que tout le monde a une vie parfaite autour. Même nous les adultes, nous pouvons nous y prendre. Les médias sociaux exposent ce qu'on veut bien exposer... »
En outre, les adolescents sont tellement connectés que cela influence leur sommeil, ce qui a aussi un impact sur la gestion du stress.
Que conseiller aux parents? Écouter les jeunes et tenter de dédramatiser... souligne la doctorante en psychologie Sara Letellier. Et ce, sans tomber dans les phrases comme « T'en fais pas, ça va être facile. »
Et pour les élèves, certains conseils qui peuvent sembler simples restent toujours bons : se préparer, apprendre à se comparer à soi-même, s'attarder sur la matière qui peut sembler la plus importante.