Rappelons que les cols bleus se montraient inquiets, la semaine dernière, que ce contrat soit attribué sans qu’une analyse sérieuse établisse les coûts d’une collecte réalisée en régie, comme c’est le cas pour les matières résiduelles et les matières compostables.

Collecte des matières recyclables: le privé choisi dans la discorde

Au terme d’une séance houleuse du conseil municipal mercredi midi, la Ville a octroyé le contrat pour la collecte des matières recyclables à une entreprise privée plutôt que de faire appel à ses cols bleus. Le contrat d’une durée de cinq ans, évalué à 10,3 M$, est attribué à Environnement routier NRJ.

Plusieurs élus ont signifié un inconfort devant l’attribution de ce contrat, à quelques jours de son entrée en vigueur, alors que la Ville n’avait véritablement aucune autre option. Dans un vote de 9 contre 5, les conseillers et le maire ont opté pour le privé après un débat où les arguments, de part et d’autre, ont été livrés dans une certaine confusion.

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Rappelons que les cols bleus se montraient inquiets, la semaine dernière, que ce contrat soit attribué sans qu’une analyse sérieuse établisse les coûts d’une collecte réalisée en régie, comme c’est le cas pour les matières résiduelles et les matières compostables. Ils s’appuyaient sur une donnée erronée diffusée dans les médias, mais jamais contestée par la Ville, selon laquelle la collecte des matières recyclables coûterait 2 M$ supplémentaires dans le nouveau contrat.

« Pour l’année 2019, le coût sera inférieur de 15 000 $ par rapport à celui de 2018. Nous avons fait une analyse comparative et ce contrat s’avère moins cher que si nous donnions le contrat aux cols bleus », a précisé Denis Gélinas, directeur à la valorisation des matières résiduelles.

M. Gélinas avance que la Ville aurait dû payer près de 1 M$ supplémentaires pour une collecte en régie, entre autres en raison de l’achat de nouveaux camions et l’embauche de chauffeurs additionnels. Il n’a toutefois pas présenté de documents le démontrant. « On a même parlé avec les syndicats. Ils étaient au courant qu’on allait avec ce type d’appel d’offres. [...] Il fallait aussi évaluer le coût de gestion du contrat s’il se faisait en régie. »

« Le coût unitaire moyen est pratiquement le même que nous avions obtenu en 2013, alors que le nombre d’unités a augmenté de 8,1 %. Au cours des cinq prochaines années, nous regarderons ce qu’il est possible de faire pour travailler au meilleur coût avec nos cols bleus », a pour sa part commenté la conseillère Chantal L’Espérance.

Il aura fallu plus d’une trentaine de minutes de débat avant que Guylaine Boutin, directrice du Service de l’entretien et de la voirie, mentionne que le choix de procéder par appel d’offres relevait du conseil précédent. « Pour acheter de nouveaux camions, il faut compter 15 mois parce qu’ils sont bâtis sur mesure. Pour les matières recyclables, on ne pouvait pas considérer [la collecte en régie] dans le contexte où on n’investissait pas dans notre flotte de camions. Il y a aussi beaucoup de gens qui partent à la retraite. Cet enjeu de personnel fait que nous ne pouvons pas aller de l’avant. »

Si les élus avaient rejeté le contrat, le conseil aurait pu prolonger le contrat en vigueur pour quelques semaines, ce qui aurait été largement insuffisant pour lancer un nouvel appel d’offres.

« La Ville n’avait pas la capacité de livrer. Le timing n’était tout simplement pas bon pour regarder la solution à l’interne », mentionne Mme Boutin.

Rémi Demers s’est dit satisfait de ce qui a été présenté. « Si on retourne en appel d’offres, on pourrait avoir une surprise et les coûts pourraient être plus élevés. »

Pierre Avard a suggéré un amendement en considérant la possibilité que les cols bleus acceptent de travailler en soirée, ou le vendredi et le samedi, pour la collecte des matières recyclables. « Aucune étude objective ou sérieuse ne valide l’hypothèse selon laquelle le travail en régie coûte plus cher. Je propose de limiter la période du contrat actuel à 6 mois avec une option de reconduction de 4,5 ans et d’accorder un mandat externe pour une étude sérieuse et indépendante qui identifierait les avantages et les inconvénients de la création d’un deuxième quart de travail des cols bleus. »

L’amendement était toutefois irrecevable puisque l’appel d’offres avait été rédigé pour une période de cinq ans. 

« La seule analyse que nous avons démontre les inconvénients du travail à l’interne, soit le bruit et le fait qu’il n’y aurait pas assez de personnel. C’est aberrant. Je me sens pris. Je sens qu’on n’a pas le choix. Nous devrions rejeter ce contrat », a ajouté Pierre Avard.

Pierre Avard

Pierre Tremblay, Paul Gingues, Karine Godbout et Évelyne Beaudin se sont rangés derrière lui et ont voté contre l’adjudication du contrat.

Pierre Tremblay estime que le contrat est octroyé sans négociation avec les cols bleus. « Je regarderai pour que ça ne se reproduise plus. Je suis gêné. Je ne voudrais pas être assis devant les cols bleus aujourd’hui. »

Évelyne Beaudin dénonçait la position inconfortable dans laquelle se trouvaient les élus en ayant à voter à quelques jours de l’entrée en vigueur du contrat. « On termine un contrat de cinq ans. On savait qu’il prendrait fin. Pourquoi avoir attendu à la dernière minute? Ça donne l’impression qu’on voulait nous garder dans l’ignorance. » 

Karine Godbout n’était pas satisfaite du processus. « J’aurais aimé qu’on explore d’autres solutions. Y a-t-il d’autres solutions? »

La greffière Line Chabot a indiqué que la seule piste résidait dans un accord du ministère pour donner un contrat sans appel d’offres, ce qui semblait peu probable.

Le maire Steve Lussier insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un désaveu envers les cols bleus. « On a de très bons employés. Avoir eu les équipements, nous aurions peut-être pris une décision différente. On se prendra plus de bonne heure la prochaine fois. »

Les cols bleus s'en remettent à des experts

À la lumière de la décision de la Ville de Sherbrooke de confier la collecte des matières recyclables au privé, les cols bleus effectueront des analyses pour savoir s’ils sont mesure d’offrir le même service à moindre coût.

« Je vais m’en remettre à nos experts quand nous aurons les documents officiels sur le contrat pour regarder comment nous aurions pu coûter à l’interne. Nous avons l’ouverture de certains conseillers de s’asseoir avec nous pour regarder ça », commente Benoit Labonville, président du syndicat des cols bleus. 

« Ce que nous demandions, c’était simplement de faire une analyse judicieuse de la possibilité d’effectuer le travail à moindre coût à l’interne. Je ne suis pas économiste ou actuaire. Démontrez-moi que je suis dans le tort dans mon inquiétude que ça coûte plus cher de donner le contrat à l’externe. »

M. Labonville est ouvert à l’idée de Pierre Avard d’effectuer des collectes le soir ou les fins de semaine. « Je ne suis pas contre la possibilité de donner du travail aux bleus, de donner la possibilité à la population de joindre notre équipe. Ce sont de bons emplois à la Ville. Pourquoi ne pas multiplier l’employabilité? »

Le directeur à la valorisation des matières résiduelles, Denis Gelinas, croit qu’il s’agit d’une porte ouverte pour la négociation à venir d’une nouvelle convention collective. « Oui ça peut être souhaitable, mais on reçoit comme message que ce n’est pas nécessairement la volonté de tous les employés de travailler le soir ou les fins de semaine. On s’est engagé à regarder ça en considérant aussi les modifications de la Politique québécoise des matières résiduelles, qui donneront sans doute plus de responsabilités aux villes. Nous devrons probablement inciter les gens à utiliser plus les bacs verts et les bacs bruns. Peut-être qu’il faudra alors réduire la fréquence des collectes des bacs noirs. En faisant ça, on change la dynamique de collecte et ça peut faire en sorte qu’on déploie les services différemment. »

Benoit Labonville affirme qu’il ne savait pas que la Ville avait choisi d’aller en appel d’offres. Il n’a pas de souvenirs d’une rencontre que la Ville dit avoir tenue en juin à ce sujet.