Dr Richard Le Blanc, hématologue au CHUS Fleurimont, participe à un projet-pilote prometteur de consultation électronique pour les médecins de famille.

CIUSSS: les consultations électroniques pourraient exploser en 2018

Il faut souvent attendre plusieurs mois avant d’avoir un rendez-vous avec un médecin dans certaines spécialités médicales. C’est le cas au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, mais aussi partout ailleurs dans la province. Et si la consultation électronique permettait d’améliorer l’accès aux médecins spécialistes?

« J’ai déjà vu des patients qui étaient en attente d’un rendez-vous en hématologie depuis deux ans. La possibilité d’avoir un cancer les a inquiétés tout ce temps-là. Quand je finissais par les voir, ils me disaient que ça faisait trois semaines qu’ils ne dormaient plus tellement ils étaient inquiets. Et finalement, tout était correct, ils n’avaient rien! Je trouve ça désolant de voir tout ce que les patients ont vécu, pendant tout ce temps-là, pour absolument rien », mentionne le Dr Richard Le Blanc, hématologue au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS).

Le Dr Le Blanc a été un des pionniers de ces consultations électroniques. Sa spécialité, les maladies du sang, est basée principalement sur des résultats de laboratoire, ce qui facilite encore davantage l’analyse par le biais de la plateforme informatique.

« Dans les écoles de médecine, on nous apprend que 85 % du diagnostic se fait au questionnaire du patient et dans les analyses », ajoute Dre Stéphanie Boilard, médecin de famille et responsable du Groupe de médecine familiale du Haut-Saint-François.

Un projet-pilote est actuellement en cours au CHUS, tel que le dévoilait La Tribune en décembre dernier. Des médecins spécialistes se rendent disponibles pour répondre aux questions des médecins de famille via une plateforme de données sécurisées. Grâce à l’implantation de cette plateforme, les spécialistes pourront également consulter le dossier du patient afin d’avoir une vue d’ensemble précise de la problématique pour laquelle ils sont consultés.

Alors que le projet n’était qu’à ses balbutiements en 2017, il y a eu 121 consultations effectuées. L’hématologie a été le point de départ de ce projet-pilote, puis tranquillement, quelques autres spécialités se sont jointes au projet. Depuis peu, l’ensemble des spécialités que l’on retrouve au CHUS sont couvertes.

Le nombre de consultations électroniques pourrait donc exploser en 2018.

Le Dr Le Blanc a fait une démonstration d’une consultation devant La Tribune. Il a examiné le dossier d’une patiente et a répondu à la question toute simple que lui avait posée son médecin de famille : « Que dois-je faire? »

« Le médecin de famille a posé une question parce qu’il avait remarqué un résultat anormal dans la formule sanguine de sa patiente. J’ai regardé son dossier au complet, ses résultats, et j’en conclus qu’il n’y a aucune inquiétude pour cette patiente. Elle sera rassurée en quelques jours plutôt que d’attendre une consultation pendant plusieurs mois. Et pour moi, ça n’a pas été très long à faire, parce que grâce à la plateforme sécurisée, j’ai pu rapidement consulter le dossier entier de la patiente », mentionne le Dr Le Blanc.

Lorsqu’il fait voit un patient pour la première fois à la clinique externe, Dr Le Blanc doit inscrire 40 minutes à son agenda. « Les 20 premières minutes ne servent qu’à faire l’historique. Il y a une redondance et une perte de temps folle dans tout ça », soutient le médecin.

Formation en continue

« C’est aussi l’occasion de faire de l’enseignement pour les médecins de famille. J’ai inclus une fiche sur la différence entre gammopathie monoclonale et polyclonale. Le médecin peut inscrire 15 minutes de formation continue », précise le médecin spécialiste.

Pour le moment, les médecins spécialistes du CHUS qui offrent le service ne sont pas payés pour leur consultation, alors qu’ils le sont pour une consultation téléphonique ou pour rencontrer le patient en clinique. Éventuellement, ils le seront. Des économies sont là aussi à prévoir. « Lorsque je vois un patient en cabinet, je reçois 150 $. Pour une consultation téléphone, beaucoup moins efficace, je reçois 25 $. On pourrait penser qu’une consultation électronique pourrait rapporter environ 50 $. Ce serait beaucoup moins cher pour le système de santé, sans compter tous les avantages pour les patients : l’attente beaucoup moins longue, pas besoin de se déplacer au CHUS, entre autres », soutient Dr Le Blanc.

Mais que faudra-t-il pour que le projet explose et devienne permanent, et qu’il s’étende au-delà du projet-pilote actuel au CHUS?

« Aux États-Unis, ces changements sont déjà en place et il y a eu des économies importantes et une diminution des listes d’attente. Avec la première ligne bien organisée que nous avons en ce moment au Québec, nous sommes en bonne position pour que ça bouge », soutient Richard Le Blanc.

À l’avantage des patients et des médecins de famille

La Dre Stéphanie Boilard est la première médecin qui a utilisé la plateforme sécurisée pour poser une question à un médecin spécialiste. Le premier échange électronique entre deux médecins, l’un omnipraticien l’autre spécialiste, a donné lieu à un coup de circuit.

Dre Boilard raconte le cas de son patient de 59 ans qui l’a consulté pour « fatigue ». Son histoire était complexe. La médecin de famille s’est creusé la tête pour réussir à trouver des réponses pour ce patient. Elle a pensé envoyer son patient en consultation en hématologie, mais elle n’était pas encore certaine que son patient en avait réellement besoin.

« Je me suis dit : ouf! Il y a une liste d’attente de trois ans. Ça ne vaut pas la peine! » Or, Dre Boilard connaissait l’existence du projet-pilote en hématologie : le Dr   Richard Le Blanc, hématologue, acceptait de répondre à des questions par le biais de la plateforme sécurisée. Elle lui a écrit. Et la réponse est tombée : son patient était à haut risque d’avoir un cancer du sang, un cancer qui, s’il n’est pas détecté tôt, est incurable.

Le cas de ce patient est certainement parmi les plus complexes et les plus concrets pour illustrer les avantages que les médecins de famille puissent collaborer plus efficacement.

Mais des exemples, Dre Boilard en a plusieurs autres en banque. Stéphanie Boilard fait partie des médecins qui ont travaillé à mettre en place ce projet en compagnie de son frère, Xavier Boilard, président-directeur général d’Omnimed, l’entreprise qui conçoit la plateforme sécurisée qui permet ces échanges entre médecins.

« Nous les médecins de famille, nous avons toujours à rassurer nos patients sur mille affaires qu’on ne connait pas toujours bien », avoue-t-elle.

Envoyer une requête pour une consultation chez un médecin spécialiste? Bien sûr qu’elle réfère ses patients. Mais ce n’est pas toujours pertinent.

« Il y a trois catégories de situations. Il y a les cas où les consultations sont inévitables. Mais en attendant que le patient ait son rendez-vous, je peux débroussailler, demander les bons tests pour que le spécialiste ait tout en main lors du premier rendez-vous. Les médecins de famille ont souvent peur de manquer quelque chose, alors ils demandent plus de tests que nécessaire, ce qui alourdit le travail du spécialiste et augmente les coûts pour le système de santé.

« Ensuite, il y a les cas où le médecin de famille n’est vraiment pas certain de la marche à suivre. Il y a des choses qu’on n’a jamais vues de notre vie. Oui on peut aller lire, se documenter, mais ça peut être complexe, alors que ça fait partie de la pratique courante d’un spécialiste. Je l’ai fait avec un patient en cardiologie par exemple. J’ai demandé au cardiologue si ma prescription était juste et il m’a répondu oui, de dormir sur mes deux oreilles. C’est très rassurant pour moi et pour mon patient », ajoute-t-elle.

« Finalement, il y a un volet de formation continue. Les connaissances évoluent rapidement en médecine. Quand je pose une question précise, ça applique les connaissances sur un cas concret et ça m’aide à apprendre. Je ne peux pas avoir réponse à tout comme médecin de famille. Avec un accès direct à un expert, j’en ressors meilleure, à l’avantage de mon patient », ajoute Dre Boilard.