Le chef de service à la Direction des ressources humaines au CIUSSS de l’Estrie, André Jalbert

CIUSSS de l'Estrie: moins d'employés vaccinés

Année après année, le gouvernement du Québec martèle l’importance de la vaccination contre l’influenza pour réduire les hospitalisations et la mortalité chez les personnes à risque. Plusieurs personnes travaillant dans le réseau de la santé côtoient au quotidien ces clientèles plus vulnérables. Or, la campagne interne du CIUSSS de l’Estrie semble avoir connu des ratés. En effet, 609 employés de moins comparativement à l’an dernier ont reçu le vaccin antigrippal. L’incapacité de « libérer » le personnel est notamment en cause.

Au total, 3636 employés du CIUSSS de l’Estrie se sont prévalus du vaccin contre l’influenza lors de la plus récente campagne, qui s’est échelonnée du début novembre à la mi-décembre. Ces chiffres représentent une baisse de 15 % relativement à 2017-2018, selon les données obtenues par La Voix de l’Est. « Le contexte de main-d’œuvre joue. [...] Un des premiers constats de notre bilan est le fait de ne pas pouvoir libérer les gens quand on se présentait aux endroits pour les vacciner », a indiqué en entrevue André Jalbert, chef de service à la direction des ressources humaines du CIUSSS de l’Estrie, précisant que le problème a été soulevé dans plusieurs CHSLD.

Les réseaux locaux de services (RLS) de la Haute-Yamaska (457) et La Pommeraie (231) ont respectivement enregistré des baisses de 13 % et 16 % du nombre d’employés vaccinés. Parmi les RLS en Estrie ayant connu les diminutions les plus marquées à ce chapitre, notons le Val-Saint-François, où 74 personnes ont été vaccinées l’an dernier, contre sept en 2018-2019, soit une chute de 90 %. Le personnel vacciné a également reculé de près de la moitié relativement à la précédente campagne dans le RLS de Coaticook (voir tableau).

Cible

Parmi les autres causes ayant mené cette année à la vaccination d’un moins grand nombre d’employés du CIUSSS, M. Jalbert a souligné que le personnel des hôpitaux et des CHSLD a été ciblé, sans toutefois que cela soit obligatoire.

Les recommandations nationales de santé publique vont en ce sens, a souligné le CIUSSS de l’Estrie. « Du point de vue des recommandations du Comité d’immunisation du Québec (CIQ), la vaccination volontaire de tout le personnel du réseau de la santé demeure indiquée, mais il est recommandé de se concentrer sur les intervenants qui sont en contacts étroits et répétés avec la clientèle vulnérable. Par contre, les preuves manquent quant à l’efficacité de la vaccination des travailleurs de la santé à réduire le fardeau de la grippe chez les patients en fournissant une protection indirecte aux patients. En l’absence de preuves scientifiques de qualité, le CIQ ne recommande pas la mise en place d’une politique obligatoire de vaccination contre la grippe pour les travailleurs de la santé. »

Pour la récente campagne contre l’influenza auprès de ses effectifs, le CIUSSS a également misé sur l’approche d’autovaccination. Dans ce cas, des infirmières ont principalement été formées dans certains milieux de travail pour vacciner leurs collègues.

De plus, la disponibilité des doses antigrippales n’a pas posé problème, a fait valoir le chef de service. La campagne d’information interne s’est aussi déroulée rondement, notamment en ce qui concerne l’affichage et la sollicitation des gestionnaires et des infirmières, a affirmé M. Jalbert. « Il va falloir se pencher pour la prochaine année à voir comment on va réajuster en fonction du contexte, a-t-il dit. [...] Aux endroits où il y a eu moins de monde [vacciné], on va voir si on doit changer notre offre. On remet en question nos façons de faire chaque année pour essayer d’avoir des résultats. »

Perception

De son côté, la directrice de la santé publique en Estrie, Dre Mélissa Généreux, dresse un constat somme toute positif de la récente campagne de vaccination auprès des employés. « Si je regarde cette année, l’idée n’était pas d’enlever des ressources pour sauver en vaccination. De façon générale, on met l’effort, nos vaccinateurs au bon endroit pour avoir le plus d’impact pour protéger la santé de la population. »

Elle croit néanmoins qu’il y a place à amélioration. « Est-ce que les gens ont perçu dans le message que la vaccination est moins importante qu’avant ? s’est-elle questionnée. [...] Il faut que la motivation aussi soit au rendez-vous. Il faut que les gens perçoivent qu’il y a un risque et que le vaccin va les aider. Je pense que c’est un des volets à travailler. »

Par ailleurs, les plus récentes données semblent indiquer que le pic d’influenza est derrière nous en Estrie. Selon le CIUSSS de l’Estrie, 67 cas de grippe ont été enregistrés au cours de la dernière semaine, alors qu’une centaine de cas ont été recensés précédemment.