Le chant choral aurait un important effet thérapeutique sur les patients souffrant de maladie pulmonaire obstructive chronique. Les participants au projet de recherche ont pu offrir un concert, mercredi après-midi, aux résidents du CHSLD d’Youville.

Chanter pour mieux respirer

La maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC) sévère, mieux connue sous le nom d’emphysème, diminue grandement la qualité de vie des gens qui en souffrent. Cette maladie touche près de 20 % des Québécois de plus de 65 ans. Comme c’est une maladie dégénérative, il est impossible d’en guérir. Mais il est possible d’en freiner la progression et surtout, d’améliorer les conséquences de la maladie sur les activités des patients. Le chant choral pourrait faire une différence. Et même une différence importante.

C’est en tout cas ce que cherche à démontrer Louise Drouin, une doctorante en gérontologie de l’Université de Sherbrooke. L’an passé, Mme Drouin avait réussi à faire financer un projet de recherche qui avait été mis en place pour des Sherbrookois de plus de 50 ans souffrant de MPOC. À raison de deux séances de deux heures chaque semaine pendant 12 semaines, la vingtaine de patients a appris à chanter. La capacité respiratoire des patients a été mesurée avant le début des cours de chant ainsi qu’après.

Une deuxième cohorte vient de terminer son programme de 12 semaines.

Le chant choral améliore le contrôle respiratoire et la posture, ce qui permet aux participants de ressentir moins d’essoufflement à l’effort. La respiration diaphragmatique et les longues inspirations permettent une meilleure maîtrise de son souffle. L’apprentissage de techniques respiratoires par le chant aiderait les participants dans leur quotidien tout en leur permettant de réaliser une activité de groupe, d’éprouver du plaisir à chanter et à partager leurs conseils en se soutenant dans leur maladie.

Les résultats de la première cohorte, qui a chanté l’année dernière, n’ont pas pu être analysés encore. Ils le seront au cours des prochains mois. Les résultats des tests de la deuxième cohorte viendront prochainement s’ajouter.

N’empêche que dans la vie, les patients démontrent clairement que le chant choral a des impacts significatifs sur leur vie quotidienne.

C’est le cas de Marie-Paul Noël notamment, une dame de 57 ans qui vit avec un MPOC et un asthme sévères depuis une dizaine d’années. Des impacts concrets dans sa vie, en voici en voilà.

«Maintenant, ça va bien! »

« Je ne suis plus essoufflée quand je monte un escalier. Avant, j’avais de la difficulté à faire du lavage parce qu’il faut beaucoup se pencher. Je m’appuyais sur la laveuse et je me demandais comment j’allais m’en sortir. Maintenant, ça va bien! Je peux même suivre mon mari quand il va marcher. Je n’étais plus capable de faire ça avant », raconte avec un enthousiasme sincère Mme Noël.

Savait-elle chanter avant? Non, pas du tout. « Je fausse en parlant », dit-elle en riant. « Mais j’ai réussi à apprendre à chanter en faisant les exercices. »

Jean-Guy De Blois, lui, savait chanter. Sa mère était une soprano qui a beaucoup chanté à l’église. Il a été bercé par la musique. Il était donc partant quand on lui a proposé de participer au projet de recherche sur les bienfaits du chant choral sur les personnes souffrant de MPOC. Les exercices respiratoires ont eu un impact important pour lui.

Avec le reste de la chorale, il a participé mercredi à un spectacle devant plusieurs résidents du CHSLD d’Youville. La fierté était palpable.

« Avant de commencer le projet sur le chant choral, j’avais de l’oxygène 24 heures. Je me suis ramassé à l’hôpital en ambulance. C’était grave mon affaire. Maintenant ça va vraiment mieux. Ma bouteille d’oxygène est sous une chaise, là. Je la reprendrai seulement rendu chez moi. Je recommanderais à n’importe quelle personne vivant avec un MPOC de suivre ce programme », se réjouit M. De Blois.

Tenir une telle formation en période hivernale serait difficile, car les personnes souffrant de MPOC ont souvent de la difficulté à sortir par temps froids. La chorale est donc terminée pour cette année.

Louise Drouin, la passionnée de musique et de gérontologie qui est derrière ce projet, travaillera au cours des prochains mois à étudier les résultats de ses deux cohortes. « On espère avoir des résultats assez intéressants pour aller chercher du financement », dit-elle.

Objectif ultime

L’objectif ultime serait d’en arriver à implanter de telles chorales partout au Québec pour les patients touchés par le MPOC.

Mme Drouin est confiante d’y arriver même si trouver de l’argent, autant au niveau clinique qu’au niveau de la recherche, est très difficile dans le monde de la santé pour financer de nouveaux projets. « C’est une tendance dans le milieu de la santé de soigner les gens qui ont des maladies chroniques avec des moyens qui sont efficaces et moins coûteux », explique-t-elle.

Au Royaume-Uni, on retrouve actuellement 102 chorales comme celle qu’elle menait ici. La recherche sur les bienfaits du chant choral vont bon train dans ce pays. « Ils sont partis de zéro chorale, ils en ont maintenant 102! C’est ça que je veux moi aussi », espère Louise Drouin.