Dans le cadre de son cours Projet intégrateur, le finissant au Mont-Sainte-Anne Emmanuel Dagenais s'est rendu en Guinée pour donner des cours de flûte à 200 enfants de 9 à 15 ans. Un projet qui est allé bien au-delà des exigences scolaires.

Changer le monde à la flûte à 16 ans

Il y a environ deux ans, Emmanuel Dagenais était couché dans son lit et réfléchissait. Et si Mozart n'avait pas eu accès à un instrument de musique, que serait-il devenu et qu'aurait été le monde sans ses compositions?
Le jeune Sherbrookois était persuadé qu'il y avait des jeunes, sur cette planète, doués de talents musicaux, mais qui n'avaient pas les ressources nécessaires pour les développer. L'idée ne l'a pas quitté et c'est pourquoi, lorsqu'un de ses enseignants de cinquième secondaire lui a demandé de réaliser un projet qui repousserait ses limites, l'adolescent de 16 ans a décidé de partir en Afrique, avec 200 flûtes à bec dans ses valises, pour offrir des cours de musique dans trois écoles de Conakry, capitale de la Guinée.
En prévision de ce périple, Emmanuel a travaillé tout l'été pour mettre de l'argent de côté. Il a aussi organisé des activités-bénéfices pour amasser les 6200 $ nécessaires à la réalisation de son projet scolaire. Des gens qui croyaient en lui ont aussi fait des donations et c'est grâce à tous ces efforts que le finissant au Mont-Sainte-Anne s'est envolé à la fin février pour un voyage de 18 jours en sol africain. C'est la première fois qu'un élève de l'école allait sur un autre continent pour mener à bien le projet scolaire. Son père Claude Dagenais l'a accompagné.
« Au départ, je voulais fonder une école, mais finalement les cours de musique étaient plus réalistes. On a enseigné la flûte tous les jours à trois groupes différents. À la fin du séjour, les quelque 200 enfants, âgés de 9 à 15 ans, ont fait un concert », raconte le jeune, qui joue lui-même de plusieurs instruments : piano, guitare, batterie et flûte, bien sûr.
« Jouer de la flûte, je l'ai appris pour le projet. Car la flûte est un instrument qui se transporte bien, s'apprend facilement et aussi, c'est peu couteux », précise Emmanuel.
« Partir de la base »
L'adolescent n'avait aucune expérience comme enseignant et il se rappelle que ses mains tremblaient légèrement au premier jour. Mais rapidement, il a pris ses aises. Il a dû partir de la base. Expliquer le Do Ré Mi Fa Sol La Si Do aux jeunes.
« Je voulais amener la musique à eux, car plusieurs études démontrent qu'avec la musique, l'apprentissage de toutes les autres matières est plus facile. Au départ, tout le monde était curieux, c'était nouveau et attrayant. Pour eux, c'était vraiment abstrait. Après quelques jours, certains qui trouvaient cela difficile se sont désintéressés, mais c'est pas grave. Je ne voulais pas les obliger à rien alors je leur ai dit qu'ils pourraient chanter s'ils préféraient. Parmi mes élèves, j'en ai même découvert un qui avait l'oreille absolue », raconte le jeune homme, qui était hébergé, avec son père, chez le directeur du complexe scolaire sur lequel les trois écoles étaient situées.
Réalités différentes
Le nouvel enseignant a aussi énormément appris lors de son séjour sur la culture et la réalité africaines.
« Leur vie ne ressemble pas du tout à la nôtre. Tous les jours, il y a des pannes d'électricité, qui s'étirent parfois sur 24 heures. Certains enfants ne boivent pas à leur soif tellement l'accès à l'eau est un problème. Ils vivent sans toutes nos technologies et sont beaucoup plus débrouillards que nous », souligne celui qui a appris à rien ne tenir pour acquis.
La Guinée, qui a été touchée récemment par l'ebola, a de nombreux défis. Emmanuel parle de la pauvreté, de la détresse humaine, des ordures éparpillées partout dans la ville et de la chaleur qui peut être insupportable. « Quand il y a de l'électricité, tu es vraiment reconnaissant pour chaque seconde que le ventilateur fonctionne », explique-t-il.
Emmanuel a aussi participé à une réunion avec un membre de l'équivalent de la commission scolaire guinéenne pour expliquer les bienfaits qu'aurait un programme musical dans les écoles.
La consigne du cours de cinquième secondaire était d'apprendre et se mettre au défi lors de la réalisation d'un projet. Emmanuel a atteint ses objectifs. 
« Changer le monde avec des flûtes, j'y crois. Et j'espère que mon séjour aura des répercussions à plus long terme », résume celui qui est inscrit en théâtre au cégep et qui aimerait, à l'avenir, faire d'autres voyages humanitaires. Pour enseigner la musique peut-être.
Et quelle pièce ont jouée les nouveaux musiciens africains à leur concert? « L'Hymne à la joie de Beethoven. » Bien oui, ce choix musical a du sens.