Denis Bégin est heureux des liens qui se développent tranquillement entre lui et les membres de sa famille biologique. Il prévoit rencontrer la mari de sa mère prochainement. Possiblement de nouveaux cousins, cousines, tantes et oncles.

Changement de loi et retrouvailles

SHERBROOKE — Denis Bégin a toujours su qu’il avait été adopté, mais c’est seulement passé le cap des 40 ans qu’il amorce des démarches pour retrouver ses parents biologiques. Sans lui transmettre son identité, on lui apprend alors que sa mère est décédée. Le nom de son père n’est pas sur l’acte de naissance, alors les recherches tombent à plat. Puis, en juin dernier, entrent en vigueur les modifications concernant les règles de confidentialité entourant l’identité des personnes adoptées et celle de leurs parents biologiques. Ce changement de loi provinciale a chamboulé la vie de M. Bégin.

« Dès l’entrée en vigueur de la loi, j’ai rempli le formulaire pour obtenir l’information sur ma mère biologique. Le 24 août, j’ai su qu’elle s’appelait Pierrette Dufour », raconte le Sherbrookois de 51 ans, spécifiant qu’étant donné que sa mère était morte depuis plus d’un an, il était en droit d’obtenir son identité.

Trois mois après sa requête, M. Bégin rencontre, en septembre, sa demi-sœur. « On se ressemble, on rit de la même façon, on a les mêmes silences. C’est fou. J’ai appris que toute la famille était au courant de mon existence. Ma sœur m’a dit que ma mère parlait souvent de moi et que, jusqu’à son lit de mort, elle aurait aimé me rencontrer », explique-t-il.

Rappelons que les parents biologiques toujours en vie qui souhaitent demeurer dans l’ombre ont jusqu’au 16 juin 2019 pour s’inscrire dans un registre afin que le secret soit conservé. Sinon, leur nom sera disponible. Dans tous les cas, leur mort ouvrira les livres.

Placé dans une famille d’accueil à l’âge de trois mois, Denis Bégin a grandi dans les Hautes-Laurentides. Ses parents adoptifs, Philippe Bégin et Ida Beaudoin, ont été famille d’accueil pour une cinquantaine d’enfants au fil des ans. Le couple a eu deux filles naturelles et avait déjà adopté un garçon lorsque Denis est entré dans la famille.

« Quand ils sont venus me chercher en voiture, ma grande sœur de 15 ans a dit à ma mère ‘‘j’aimerais ça qu’on le garde celui-là’’. Ma mère me trouvait un peu jeune, car elle avait déjà 55 ans. Mais ma sœur a promis de l’aider alors ils m’ont gardé », note celui qui s’était trouvé une famille de cœur.

Enfance heureuse, études universitaires à Sherbrooke, la vie passe, ses parents adoptifs décèdent en 1995 et, plusieurs années plus tard, encouragé par son conjoint, M. Bégin amorce une réflexion sur ses origines. Le processus le mène sur les traces de Pierrette Dufour. Dès qu’il connait son nom, M. Bégin écrit un message sur les réseaux sociaux. Il cherche à avoir plus d’information sur sa mère biologique.

« J’ai vraiment été impressionné par les réactions. Les gens partageaient mon mot, m’offraient leur soutien et j’ai reçu une vague d’informations. »

Il apprend que sa mère biologique a grandi dans une famille de dix enfants à Saint-Aimé-du-Lac-des-Îles et qu’elle était sourde et muette. « Quand elle est tombée enceinte de moi, elle n’était pas mariée et on croit que c’est surtout son père qui l’a obligée, étant donné qu’elle était sourde et muette, à me donner en adoption. »

Toujours grâce aux réseaux sociaux, il reçoit une photo de la pierre tombale de sa mère. Il apprend alors que sa mère biologique s’est mariée après l’avoir donné en adoption. Son mari, qui est aussi sourd et muet, est toujours vivant et, de fil en aiguille, M. Bégin réalise que le couple a eu une fille. Il a donc une demi-sœur, Suzanne Chalifoux, qui n’est ni sourde ni muette.

« Je suis entré en contact avec elle et d’autres membres de la famille. C’est certain que ça brasse beaucoup d’émotion. Les gens réagissent pas tous de la même façon. Avec ma sœur, je crois que ç’a cliqué. Cliqué gêné. On s’observait. J’étais un peu sonné et elle, comme je ressemble beaucoup à ma mère, était très émotive », note M. Bégin ajoutant que sa demi-sœur le considère comme un frère, et non un demi-frère.

Sa sœur lui raconte alors que leur mère a tenté, après son mariage, de le retrouver, mais qu’on lui a répondu que l’enfant avait été adopté et qu’il n’y avait rien à faire. Au décès de sa mère en 1995, M. Bégin n’avait pas encore manifesté le désir de la rencontrer, donc les retrouvailles n’ont pas eu lieu. Mais la nouvelle sœur de M. Bégin lui a posé les questions que sa mère aurait probablement souhaité lui poser. « Elle m’a demandé si j’avais bien vécu, si j’avais eu tout ce dont j’avais besoin. Et la réponse est oui. »

M. Bégin est heureux des liens qui se développent tranquillement entre lui et les membres de sa famille biologique. Il prévoit rencontrer la mari de sa mère prochainement. Possiblement de nouveaux cousins, cousines, tantes et oncles. 

« J’ai su que ma mère était enjouée comme moi. Qu’elle était une bonne couturière. Qu’elle s’était beaucoup épanouie après son mariage. Ma sœur m’a aussi dit qu’elle devait être bien heureuse de nous voir, de là-haut, ensemble. »