Le greffier Lucas Matczenko, l’enseignante Marjan Heidinga, et le nouveau Canadien Omid Nazaré sont tous des Canadiens arrivés de différents pays.

Cérémonie d'assermentation : «Je suis le travail que vous avez accompli»

Lorsqu’il est arrivé à Sherbrooke en 2005, Lucas Matczenko était loin de penser qu’il serait le greffier d’office à la cérémonie d’assermentation des nouveaux Canadiens, 14 ans plus tard. C’est ce qui s’est produit, lundi. M. Matczenko a fait son travail, mais a également rendu hommage à Marjan Heidinga, sa toute première enseignante à l’école Le Ber.

« Sherbrooke, c’est une très belle ville, très spéciale dans mon cœur. Ça fait 15 ans que j’ai quitté mon pays pour venir ici. Aujourd’hui, j’aimerais vous présenter quelqu’un de très spécial pour moi, ma toute première enseignante. [...] Mme Marjan, vous avez cru en moi, vous avez été patiente dans vos classes et il fallait être patient avec moi. Vous êtes quelqu’un de dévoué envers vos élèves. Vous êtes quelqu’un qui enseignez avec amour. Mon intégration dans un nouveau pays et l’apprentissage d’une nouvelle langue ont été rendus faciles grâce à votre travail, votre passion. En quelque sorte, je suis le travail que vous avez accompli il y a 15 ans », a souligné M. Matczenko sous les applaudissements de la foule.

Cet hommage a tiré quelques larmes à l’enseignante, qui enseigne à Le Ber depuis une vingtaine d’années. « Ça n’arrive pas souvent dans une vie d’enseignante d’avoir un si bel hommage, devant autant de dignitaires en plus! J’ai pincé ma collègue. Une chance qu’elle était là, personne ne m’aurait cru! Ça m’a émue. On ne sait pas la trace qu’on lègue aux élèves », avoue-t-elle.

« Je suis fière de mes élèves, poursuit Mme Heidinga, native des Pays-Bas. Ils progressent très bien et cheminent bien. Je ne viens pas toujours les voir [à leur assermentation]. Lorsque j’ai fait mon examen pour devenir citoyenne canadienne, j’étais avec l’un de mes élèves. Jamais il n’aurait pensé faire un examen si important avec son enseignante! » dit celle qui est arrivée en 1991 lors d’un échange étudiant.

Mme Heidinga, elle, rend hommage aux efforts que déploient ses élèves. « Ces élèves travaillent vraiment fort. On tient des choses pour acquises, mais ce n’est pas si logique que ça. Ça semble facile lorsqu’on les entend parler français, mais c’est beaucoup de travail et de volonté pour se rendre là », assure la dame qui enseigne depuis une vingtaine d’années en classe d’accueil.

De beaux souvenirs

De son côté, Lucas Matczenko a de beaux souvenirs de son arrivée au Canada. « On s’est installé à Sherbrooke et deux semaines plus tard, j’ai commencé à l’école Le Ber en classe d’accueil. J’ai eu ma citoyenneté en 2009, ça fait déjà 10 ans. Aujourd’hui, c’est moi qui donne la citoyenneté, je signe pour les nouveaux arrivants. Je tenais à faire un discours pour ma prof », commente le greffier qui travaille à Montréal.

Même s’il n’a habité que cinq ans à Sherbrooke, M. Matczenko apprécie grandement la ville. « Quand on me demande d’où je viens, je dis que je viens d’Argentine et de Sherbrooke. C’est une belle ville, j’aime ça! » avoue celui qui donne la note à l’examen de citoyenneté, qui assermente et qui prend des décisions par rapport aux dossiers depuis un an et demi.

« C’est quand même une réussite après tant d’années d’efforts et de travail, continue-t-il. Ici au Canada, si on s’investit, si on travaille fort, si on étudie, on est capable de réussir et de se rendre loin. J’invite tous les gens qui deviennent citoyens canadiens aujourd’hui et ceux qui vont le devenir à s’investir dans la société, à faire du bénévolat, d’aller loin dans les études et de faire des sacrifices. Ça compte. On réussit à aller loin. »

La roue tourne

En plus de voir son ancien élève lui rendre hommage, Marjan Heidinga a eu l’occasion de voir l’un de ses élèves recevoir sa citoyenneté. En effet, Omid Nazaré, 23 ans, s’est fait assermenter lundi.

« Il y a sept ans que je suis arrivé avec ma famille. J’étais si content lorsque j’ai su qu’on venait au Canada. Quand j’ai reçu la citoyenneté, j’étais très content », dit celui qui est natif d’Afghanistan.

« C’était un chemin qui n’était pas facile, poursuit-il. On apprend le français alors qu’on ne le connaît pas du tout. On commence à découvrir le Canada, si vaste. C’est difficile, mais possible. Aujourd’hui, je suis un citoyen canadien officiel », se réjouit le jeune homme.