En mode pandémique, le centre de crise serait encore plus pertinent, selon la directrice générale de JEVI, Tania Boilard.
En mode pandémique, le centre de crise serait encore plus pertinent, selon la directrice générale de JEVI, Tania Boilard.

Centre de crise : pas de pelletée de terre 18 ans plus tard

Tommy Brochu
Tommy Brochu
La Tribune
Près de deux décennies après que le milieu communautaire en ait soulevé le besoin, le projet de centre de crise en santé mentale est encore sur les rails, selon les propos de la députée de Sherbrooke Christine Labrie. Celle-ci a été invitée à une rencontre par le CIUSSS de L’Estrie-CHUS pour en discuter dans deux semaines.

« Je ne sais pas quel est le nouvel échéancier, j’espère bien l’apprendre [à la rencontre] », exprime Mme Labrie, qui n’avait pas encore reçu l’ordre du jour de la rencontre. 

« J’ai parlé avec M. Tremblay [NDLR : Stéphane, PDG du CIUSSS de L’Estrie-CHUS] et le président du CA du CIUSSS, continue Mme Labrie. C’est à ce moment qu’il m’a réitéré leur engagement de faire engager le projet. À ce moment, ils n’étaient pas en mesure de me présenter un échéancier. J’ai su que le dossier avait été remis à une nouvelle organisatrice communautaire. »

Rappelons qu’en novembre 2002, la Table de concertation sur l’itinérance à Sherbrooke réclamait d’urgence un centre de crise, écrivait La Tribune. Dix-huit ans plus tard, ce centre n’a toujours pas été érigé. 

Mme Labrie juge d’ailleurs que ce projet est un besoin depuis plusieurs années

« Ce ne sont pas des éléments d’actualité qui devraient jouer sur ce besoin. Ce sont plutôt les données globales qu’on a comme indicateur. On a des études qui ont été faites dans les derniers mois qui nous ont donné un éclairage sur l’importance en augmentation de ces problèmes dans la communauté », pense la députée de Québec Solidaire.

Mais que manque-t-il pour réaliser ce projet? « De l’argent, déplore Tania Boilard, une porteuse de ce projet et directrice générale de JEVI. C’est désolant, mais c’est ça. Plusieurs organisations sont en place, sont fonctionnelles et répondent à des besoins. »

En 2014, Mme Boilard et son équipe avaient soumis le plan d’un centre de crise, qui aurait coûté environ 893 000 $. « On a déposé un projet modifié à l’automne 2019 pour faire état de la nouvelle Estrie. On a revu le projet pour le remettre au goût du jour avec les ressources financières actualisées. Au début de l’an 2020, on a eu des rencontres avec le CIUSSS de l’Estrie-CHUS pour voir si ce projet est soutenu, si on doit le modifier. On a eu de belles rencontres de travail », mentionne-t-elle, exprimant que les députées Hébert et Labrie soutiennent le projet.

« Est arrivée la COVID-19. Les rencontres de travail ont cessé, raconte Mme Boilard. Ce que j’entends parler et ce qui me questionne, il semblerait que les travaux se sont poursuivis sans nous. On n’a jamais été interpellés depuis février 2020. Ce que j’entends, c’est que le processus se poursuit, mais je n’ai aucune idée de ce qui est envisagé par le CIUSSS. On n’a jamais été mis au courant de la reprise des travaux. »

Ce projet, alors soumis au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, était estimé à 976 000 $.

Cependant, Mme Boilard estime qu’il commence à être difficile de garder espoir. « Je pense qu’il y aura une offre de service créée en ce sens, mais je ne crois pas que ça ait la forme d’un centre de crise tel qu’on l’a proposé et tel qui existe dans les autres régions. C’est vraiment une impression. »

Christine Labrie

Besoin

En mode pandémique, le centre de crise serait encore plus pertinent, selon la directrice générale de JEVI. « Je pense que la détresse ne va pas en diminuant, au contraire. Il y a d’autres centres de crise qui fonctionnent en temps de COVID. Ça devient un milieu de vie » dit-elle, ajoutant que le rapport du Service de police de Sherbrooke présenté au conseil municipal lundi « vient démontrer qu’on doit réagir et qu’on doit mettre des mesures en place ».

Rappelons qu’un centre de crise est un milieu tampon entre la maison et l’hôpital. « Le centre de crise répond au besoin de plusieurs personnes qui ne sont pas assez en sécurité pour rester seules à la maison, mais pas assez en danger pour devoir se retrouver en psychiatrie. La personne peut venir résider durant un certain moment. Il y a des intervenants 24 h sur 24 et 7 jours sur 7. Des interventions sont réalisées quotidiennement pour que la personne puisse ressortir du centre de crise en meilleure posture qu’elle est rentrée »

« Comme on n’a pas ça en Estrie, quand les gens ne sont pas assez bien pour rester à la maison, la seule autre place, c’est l’hôpital », précise Mme Boilard. 

« Tous les indicateurs en santé mentale sont à la hausse, renchérit Mme Labrie. Ça fait plusieurs années que le SPS s’est positionné pour un centre de crise. Ce qu’on voit, en particulier depuis 2015 avec les mesures d’austérité, il y a eu un sous-financement du milieu communautaire. Ç’a engendré toute une série de problèmes sociaux qui étaient moins pris en charge et ç’a augmenté la pression sur le SPS. »

Rappelons également que les ressources d’aides comme JEVI sont toujours ouvertes en temps de pandémie. Les personnes en ressentant le besoin peuvent contacter un intervenant au 819 564-1354.