Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau
Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau

Ce serait une «erreur» des États-Unis de cesser d’exporter au Canada, dit Trudeau

Catherine Lévesque
La Presse canadienne
OTTAWA — Justin Trudeau dit que ce serait «une erreur» si les États-Unis décidaient de cesser d’exporter du matériel médical vers le Canada, comme c’est l’intention de l’administration Trump.

En fin de journée vendredi, le président Donald Trump a ordonné à la FEMA (Agence fédérale des situations d'urgence) d'empêcher l'exportation de masques N95 et de gants chirurgicaux en vertu de la Defense Production Act.

Donald Trump affirme que cette décision est nécessaire pour garantir que les fournitures médicales sont disponibles pour un usage intérieur.

La compagnie américaine 3M, qui fabrique des masques et des respirateurs, avait confirmé vendredi matin avoir reçu une demande de l'administration afin de cesser d'en exporter au Canada et dans les marchés de l'Amérique latine. L'entreprise s'est inquiétée des «implications humanitaires significatives» d'une telle mesure si elle était mise en oeuvre.

En point de presse devant sa résidence, vendredi, M. Trudeau a assuré que son gouvernement travaille «très étroitement» avec les États-Unis pour éviter que ce scénario se concrétise et a semblé servir un avertissement à nos voisins du sud.

«Il y a des milliers d'infirmiers, d'infirmières à Windsor qui travaillent à Detroit à chaque jour sur lesquels les Américains dépendent. Il y a des produits médicaux et essentiels qui vont dans les deux sens à travers notre frontière et ce serait une erreur pour nos deux pays de limiter l'accès de l'un et l'autre à des produits et du personnel nécessaires de l'autre côté de la frontière», a-t-il déclaré.

Pressé de questions sur de possibles représailles, le premier ministre est demeuré vague.

«On dépend tous les deux du commerce et des échanges de biens et de services essentiels de chaque côté de la frontière et nous allons travailler pour s'assurer que ça continue à être possible et de l'encourager dans ces moments de difficulté», a-t-il dit.

La vice-première ministre Chrystia Freeland a remercié la compagnie 3M pour sa prise de position publique et a assuré que le premier ministre, ses ministres et les premiers ministres des provinces participent à l'effort collectif.

«Je peux vous assurer que le Canada va continuer de travailler fort pour résoudre ces enjeux, comme on a travaillé fort pour résoudre l'idée d'avoir des militaires américains à la frontière canadienne», a insisté Mme Freeland.

Le premier ministre n'a pas précisé s'il allait s'entretenir directement avec le président américain Donald Trump.

Annonces du jour

Ottawa se tourne vers une multinationale pour acheminer du matériel médical aux provinces et territoires en temps de crise.

M. Trudeau a confirmé que c'est Amazon Canada qui s'occupera de cette opération. Il a par la suite précisé via Twitter que cette distribution se fera «à travers Postes Canada et d'autres services de livraison».

«Amazon utilisera son grand réseau de distribution pour assurer la livraison d'équipement médical là où on en a le plus besoin», s'est réjoui le premier ministre, vendredi matin.

Autre annonce, le fédéral devance le versement du crédit de la TPS pour les Canadiens à faible revenu. Il était initialement prévu en mai.

M. Trudeau a finalement confirmé que l'argent sera livré ce mois-ci. Les adultes admissibles pourraient recevoir jusqu'à 300 $ et les parents pourraient recevoir jusqu'à 150 $ par enfant.

L'Ontario sur le radar

Les autorités de la santé publique en Ontario disent qu'entre 3000 et 15 000 personnes dans la province pourraient mourir pendant la durée de la pandémie même avec les mesures restrictives en place.

Mais les administrateurs de la santé publique du Canada mettent en garde contre ces projections.

«Quand les gens voient ces modèles, rappelez-vous que ce ne sont pas des données réelles. Ce sont des projections à des fins de planification», a déclaré Dre Theresa Tam qui convient que ces chiffres sont utiles pour les provinces qui préparent leur système de santé au pire.

Son adjoint, Dr Howard Njoo, a souligné que ces projections se basent sur des données d'il y a deux, trois, voire même quatre semaines.

La bonne nouvelle, toutefois, est que l'Ontario semble s'en tirer mieux qu'ailleurs à travers le monde. Même si ces chiffres semblent «très, très élevés», selon Dre Tam, la courbe se situerait sous la ligne imaginaire qui illustre la capacité du système de santé.

«C'est ce qu'il faut retenir», a dit l'administratrice en chef.

D'autres provinces suivront l'exemple de l'Ontario. Le Québec et le Nouveau-Brunswick vont dévoiler leurs projections la semaine prochaine.

Le fédéral devrait suivre «dans les prochains jours», selon la ministre de la Santé, Patty Hajdu.

Nombre de cas

Le Canada compte 12 547 cas confirmés ou probables de la COVID-19 et déplore 187 décès.

Distribution des cas confirmés au pays, selon les plus récents bilans provinciaux disponibles: 6101 au Québec, dont 61 décès; 3255 en Ontario, dont 67 décès; 1174 en Colombie-Britannique, dont 35 décès; 1075 en Alberta, dont 18 décès; 220 en Saskatchewan, dont trois décès; 207 en Nouvelle-Écosse; 195 à Terre-Neuve-et-Labrador, dont un décès; 164 au Manitoba, dont deux décès; 95 au Nouveau-Brunswick; 22 à l'Île-du-Prince-Édouard; six cas au Yukon; deux cas dans les Territoires du Nord-Ouest. On n'a rapporté aucun cas au Nunavut.

Plus de 290 000 personnes ont été testées au pays depuis le depuis de la pandémie.

Message du jour

«Les banques alimentaires et les organismes de bienfaisance font un travail incroyable pour nos communautés à l'année longue. (...) Si vous avez le temps et les moyens d'aider ces jours-ci, je vous invite donc à communiquer directement avec les organismes autour de chez vous. Ils ont besoin de votre aide», a déclaré Justin Trudeau.

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DES REVENDEURS DE MASQUES EN COLOMBIE-BRITANNIQUE SONT PRIS SUR LE FAIT

La police à Delta, en Colombie-Britannique, a intercepté deux personnes cette semaine qui auraient fait de la revente de boîtes de respirateurs et de masques chirurgicaux à des prix fortement gonflés, qualifiant la situation de «troublante».

La police a affirmé dans un communiqué qu'un agent avait découvert une publicité en ligne offrant des masques N95 à un prix de 15 $ la pièce, en plus de frais de livraison de 300 $.

Le policier a organisé une rencontre pour acheter 60 masques à un prix total de 1200 $, jeudi.

Vendredi, la police a orchestré une rencontre avec un autre vendeur pour 3000 masques chirurgicaux à un prix de 2200 $.

Les deux vendeurs ont reçu des amendes de 500 $ en vertu de règlements et ont remis volontairement les fournitures médicales à la police, le second rendant 2300 masques additionnels.

La police de Delta a affirmé qu'elle collaborerait avec la santé publique de Fraser pour déterminer l'usage approprié pour ces produits.

Le 26 mars, le ministre de la Sécurité publique de la Colombie-Britannique, Mike Farnworth, a publié une ordonnance en vertu d'une loi sur les situations d'urgence interdisant la revente de fournitures médicales et d'équipement de protection individuelle.

«Il est troublant de voir des gens tenter de bafouer un décret durant cette pandémie», a affirmé le porte-parole de la police, Cris Leykauf. La Presse canadienne