Des RSE lors de la grève tournante qui a touché l’Estrie, la semaine dernière.
Des RSE lors de la grève tournante qui a touché l’Estrie, la semaine dernière.

Casse-tête en vue pour les parents

Isabelle Pion
Isabelle Pion
La Tribune
SHERBROOKE — La grève générale illimitée déclenchée dans les services de garde cause tout un casse-tête pour les parents. En Estrie, près de 4000 familles sont touchées.

Préposée aux bénéficiaires à Magog, Stéphanie Leblanc travaille de nuit... et son conjoint de jour. À part écourter ses heures de sommeil pour s’occuper de sa fillette de trois ans, elle ne voit pas beaucoup d’autres solutions. « Tout le monde travaille », remarque la mère de trois enfants, en soulignant que sa mère a un système immunitaire faible.

La Magogoise s’inquiète que le conflit s’étire : elle ne sait pas combien de temps elle sera en mesure de tenir le coup. Elle ou son conjoint devra alors s’absenter pour rester à la maison, envisage-t-elle. « J’adore ma gardienne. Je n’ai pas envie d’en chercher une autre. Ma fille adore sa gardienne, c’est comme sa deuxième mère. » 

Touchée par la situation que vivent ces parents, une maman de Sherbrooke en congé ces jours-ci a lancé un appel à tous sur Facebook pour dépanner les parents qui se retrouvent sans ressource. 

« Je lançais un peu une perche, souligne la Sherbrookoise, dont la fille va à l’école. En ce moment, avec la COVID, on entendait dire, à l’école ou à la garderie, que les enfants n’ont plus beaucoup de congés à cause de ce qui s’est passé... Tout le monde est sous pression. » La mère de famille a dit tendre la main sur Facebook, sachant qu’elle a des amis qui ont des enfants en bas âge et à qui elles ne parlent pas nécessairement souvent.

En incluant les secteurs de Granby et d’Acton Vale aussi représentés par l’Alliance des intervenantes en milieu familial de l’Estrie (ADIM-Estrie), ce sont environ 4600 familles qui sont touchées, précise la présidente Marlène Carbonneau.

En Estrie, ce sont près de 800 responsables en services éducatifs (RSE) qui se retrouvent en débrayage. 

« On a tenté depuis vendredi de trouver une voie de passage pour éviter la grève générale illimitée. Depuis juin qu’on avait annoncé la GGI, on a laissé toutes les chances pour l’éviter », indique Mme Carbonneau. « Je demande aux parents d’appuyer leurs éducatrices, elles nous disent qu’elles ont leur appui. C’est probablement eux qui vont faire une différence. Je les invite à porter plainte au ministre (de la Famille, Mathieu Lacombe), c’est le seul qui peut régler le conflit... »

Une journée de grève a eu lieu la semaine dernière en Estrie, dans le cadre d’une grève tournante provinciale amorcée le 1er septembre.

En raison du conflit de travail, les parents n’ont pas à payer la somme de 8,35 $ par jour. Selon Mme Carbonneau, les RSE n’ont pas de fonds de grève et donc, pas de revenu. 

La députée solidaire de Sherbrooke, Christine Labrie, a plaidé pour une amélioration des conditions de travail de ces travailleuses. 

« Le ministre de la Famille qualifie d’exagérées les demandes de la FIPEQ, mais ce qui est déraisonnable, c’est qu’il persiste à traiter ces femmes comme de simples gardiennes, alors qu’elles ont en main l’éducation de nos enfants. Québec solidaire sera présent pour les appuyer dans leurs revendications. Il est plus que temps que le gouvernement écoute les éducatrices et reconnaisse une fois pour toutes l’importance de leur travail, qui se manifeste de manière encore plus flagrante en temps de crise », affirme Christine Labrie, députée de Québec solidaire responsable du dossier de l’éducation.