La compagnie Casella Waste Systems continue à vouloir acheminer du lixiviat provenant de Coventry à Newport, et ce, en dépit des protestations émises par de nombreux intervenants des deux côtés de la frontière canado-américaine et de l’interdiction qui s’appliquera sous peu.

Casella a encore Newport dans sa mire

La compagnie Casella Waste Systems continue à vouloir acheminer du lixiviat provenant de Coventry à Newport, et ce, en dépit des protestations émises par de nombreux intervenants des deux côtés de la frontière canado-américaine et de l’interdiction qui s’appliquera sous peu. Une nouvelle étude technique tend d’ailleurs à démontrer que cela permettrait à l’entreprise d’effectuer d’importantes économies.

Préparée à la demande de l’Agency of Natural Resources, l’étude en question a été dévoilée au cours des derniers jours. Elle présente une série d’options s’offrant à Casella Waste Systems pour le traitement du lixiviat de son site d’enfouissement à Coventry. Rappelons que ce type de liquide contient de nombreux contaminants relâchés par des matières enfouies dans le sol.

Le document émanant de chez Brown & Caldwell Engineers suggère notamment de transporter le « jus de poubelle » de Casella vers les usines d’épuration des eaux de Newport, une municipalité située en bordure du lac Memphrémagog, et de Montpelier, une autre localité du Vermont.

À compter du 23 octobre, l’usine d’épuration des eaux de Newport devra cesser de traiter du lixiviat en provenance de Coventry afin de répondre à une exigence posée par la commission environnementale du district sept du Vermont. Mais cette restriction pourrait être supprimée, advenant que les équipements de traitement de la municipalité devenaient plus performants.

Justement pour améliorer l’efficacité de l’usine d’épuration de Newport, Brown and Caldwell Engineers propose d’ajouter une étape au procédé de traitement de cette dernière. Le recours au « charbon activé et/ou à la résine d’échange ionique » est ainsi suggéré.

Sur une période de 20 ans, le coût de traitement serait de 13 à 30 millions $ pour Casella, si on lui permettait de recommencer à acheminer du lixiviat aux abords du lac Memphrémagog et que la municipalité de Montpellier recevait l’excédent.

Par ailleurs, Brown & Caldwell estime que le recours à une méthode de traitement par « osmose inversée » constituerait une option intéressante, advenant qu’on choisisse de traiter le lixiviat directement au site d’enfouissement de Coventry. Les résidus obtenus au terme du procédé devraient dans ce cas être « évaporés, stabilisés et incinérés ». Des rejets liquides aboutiraient néanmoins dans le réseau hydrographique local.

Le coût estimé pour ce second scénario se situe entre 32 et 80 M$, ce qui est nettement supérieur à l’autre option. Il s’agit à nouveau d’une évaluation pour une période de 20 ans.

Les réactions locales

La possibilité que du lixiviat continue à être traité pendant de nombreuses années encore à Newport déplait à plusieurs intervenants en Estrie. Pour mieux comprendre, il faut savoir que l’usine d’épuration de cette municipalité envoie son rejet liquide presque directement dans le lac Memphrémagog, un réservoir d’eau potable pour plus de 150 000 personnes en Estrie.

« Dans le fond, le traitement à Newport est le modèle idéal pour Casella. Si jamais il y avait un jour des poursuites pour la contamination du lac Memphrémagog, ce ne serait pas elle qui serait responsable. Et, en plus, les contaminants éventuels s’écoulent vers un autre pays, le Canada », déplore le député d’Orford, Gilles Bélanger.

Président de Memphrémagog conservation inc., Robert Benoit a quant à lui appris à se méfier de la compagnie. Il estime normal que, selon la logique de cette dernière, le lixiviat doive être traité dans une station d’épuration peu éloignée de Coventry.

« Je ne suis pas surpris de voir que Newport reste dans la mire de la compagnie. Et ce qui est désolant en plus, c’est qu’on coure le risque qu’un jour la quantité de lixiviat envoyée en direction de cette ville soit plus grande que maintenant. Bon, on sait que les équipements de traitement seraient améliorés sur place, mais il y a 70 000 produits chimiques alors c’est difficile de tous les retirer », note M. Benoit.

Pour sa part, la présidente du comité de développement durable de la MRC de Memphrémagog, Lisette Maillé, juge qu’il est temps de rassembler tous les acteurs du dossier à une même table.

« Ce serait bien que tous les ordres de gouvernement impliqués, des deux côtés de la frontière, soient regroupés dans un nouveau comité. L’idée, ce serait d’être mieux informés et de peut-être influencer les décisions dans ce dossier. Il faut se préparer, car Casella voudra sûrement agrandir à nouveau son site d’enfouissement à Coventry dans le futur », explique Mme Maillé.