La docteure Mélissa Généreux, directrice de Santé publique du CIUSSS de l'Estrie - CHUS.

Cannabis: une population plus vulnérable en Estrie

La tournée de consultations sur l'encadrement du cannabis était de passage vendredi à Granby. En après-midi, une dizaine de représentants des organisations issues du domaine de la santé, du traitement des dépendances, de la production de cannabis à des fins thérapeutiques et de futurs aspirants commerçants de vente de cannabis ou de ses produits dérivés ont présenté leur mémoire à la ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie, Lucie Charlebois, qui préside cette série de consultations publiques en compagnie du docteur Horacio Arruda, directeur national de la santé publique.
La population estrienne présente certaines caractéristiques qui augmentent potentiellement sa vulnérabilité aux effets du cannabis sur la santé. Un trouble mental est diagnostiqué chez environ une personne sur sept, selon le Direction de la santé publique en Estrie.
« Il y a une association entre les deux, affirme la docteure Mélissa Généreux, directrice de Santé publique du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Estrie - Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS). Ceux qui consomment du cannabis toutes les semaines sont plus enclins à présenter des troubles de santé mentale. »
La consommation de cannabis est d'ailleurs associée à la dépression chez les adolescents et les jeunes adultes, aux troubles anxieux et à la schizophrénie. Ce sont principalement les grands consommateurs réguliers qui sont touchés, explique-t-elle dans le mémoire déposé à la consultation régionale sur l'encadrement du cannabis.
La région administrative de l'Estrie affiche une prévalence de troubles mentaux supérieure à l'ensemble du Québec, ce qui augmente potentiellement sa vulnérabilité aux effets du cannabis sur la santé de sa population.
Une enquête de santé populationnelle estrienne réalisée en 2014-2015 démontre que 14,4 % des hommes ont consommé au moins une fois du cannabis au cours des 12 derniers mois, alors que cette proportion est de 7,3 % chez les femmes. C'est chez les 18-24 ans que la consommation occasionnelle (au moins une fois au cours des 12 derniers mois) est la plus élevée à 28,7 %. Et ils sont 8,3 % à en avoir consommé au moins une fois par semaine.
Cette même enquête démontre que la consommation régulière de cannabis, c'est-à-dire sur une base hebdomadaire, est près de quatre fois plus élevée chez les personnes souffrant de troubles de l'humeur que les autres personnes à 11,6 % contre 3,1 %.
Dix recommandations sont formulées par la docteure Généreux dans le mémoire, notamment en matière de prévention, pour limiter les points de vente, interdire la vente dans les milieux trop à risque, notamment près des écoles, et outiller les médecins et intervenants au dépistage.
Le mot d'ordre, ajoute la directrice de la santé publique en Estrie, est d'éviter de tomber dans le piège des profits générés par les activités de légalisation du cannabis. « Le but n'est pas du tout de devenir dépendant de ces profits-là, dit-elle. Le but est de mieux contrôler la substance et de mieux protéger ceux qui la consomment. »